Le capitalisme tuera-t-il le capitalisme ?

Comme d'autres, Drahi continue d'accroître sa puissance en achetant entreprises sur entreprises, sans en avoir les moyens, avec l'assistance intéressée des banques qui accordent leur soutien en dehors de toute prudence financière. Comme si les banques n'avaient pas pris assez de gamelles ces dernières années. 

Les pratiques de Drahi et des autres sont la plaie du capitalisme, qui pourrait un jour en faire sa perte.
Déjà l'annonce à la télévision du rachat par son holding Altice d'un important cablo-opérateur américain s'est faite sans tambour ni trompettes, loin de la fanfaronnade rocardienne, qui annonçait comme une grande nouvelle pour la France la fusion du canadien Alcan et du français Péchiney, qui mènera ce dernier à la mort. Pas de cocorico à l'annonce du gonflement de la grenouille, mais des interrogations sur le montant de l'endettement du holding français, sur l'attitude des banques prêtes à transgresser toutes les règles financières dès lors que le prêt se chiffre en milliards, sur l'avenir des entreprises rachetées, qui seront pressées comme des citrons pour dégager les disponibiltés nécessaires au remboursement du prêt.

Dans des temps anciens, on économisait avant d'acheter.
Puis on s'est mis à emprunter, et à rembourser sur les revenus dégagés par le surcroit d'activité et de rentabilité dégagé par l'investissement objet du prêt.
Avec le LBO, on emprunte et on rembourse par ponction sur l'entreprise rachetée, non pas permise par les fruits d'investissements et d'une activité supplémentaire, mais par des licenciements et une pression accrue sur les chanceux conservés.

Ces pratiques sont le pire du capitalisme.
Elles détruisent les entreprises rachetées en arrêtant tout développement puisqu'elles n'ont plus de ressources à lui consacrer. Au bout de quelques années, elles sont revendues car obsolètes, et si elles ne trouvent pas un redresseur miracle, disparaissent purement et simplement.

Elles contribuent à l'augmentation du chômage.
Elles démobilisent ceux qui restent, choqués d' avoir été "achetés" comme on achète des serpillères, stressés à l'idée de faire partie du prochain convoi de licenciés, convaincus qu'ils ne sont perçus par la direction que comme des centres de coûts et non de création de valeur. Pendant ce temps-là le repreneur et ses acolytes s'en mettent plein les poches.
Elle n'apportent rien aux clients, absents des motivations de ces opérations, qui auront désormais en face d'eux des salariés déstabilisés dans des entreprises aux moyens devenus limités.

Aucune création de valeur donc pour ces opérations financières qui n'ont d'autre objet qu'une quête inépuisable et honteuse de richesse et de pouvoir.

Un jour, elles seront mises au ban des pratiques du capitalisme. Sinon, elles dégouteront les populations du travail salarié, la valeur travail sur laquelle sont fondées nos sociétés libéralo-capitaliste s'effondrera. Elle videront de sens le travail, l'entreprise, le système. 
Ce jour-là, l'avenir sera imprévisible, en mieux ou en pire.

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