Mais quelles valeurs ?

Le 19/07/2022

Dans Humeurs

L'Occident a la prétentieuse tendance à faire la leçon au monde en mettant en avant à tout bout de champ ses valeurs. Pourtant elles sont allègrement bafouées, et n'ont guère réussi à maîtriser le principal moteur de l'histoire, la cupidité.

La religion a échoué à maîtriser la cupidité

 

Depuis que les hommes ont quitté la vie tribale et son organisation collective, c'est la cupidité qui a été, est, sera, le moteur de l'histoire, c'est à dire la quête de pouvoir et d'argent.

Les religions ont bien tenté d'apporter un peu d'humanité pour donner un peu d'âme et de coeur à la domination des cupides, mais en vain. Soit, le plus souvent, elles se sont associées aux pouvoirs en place, lui apportant sa légitimité et recevant en contrepartie elles aussi pouvoir et argent, soit elles ont laissé faire, par force ou par choix.

Dans toutes les sociétés, le pouvoir est détenu par ceux qui l'ambitionnent, c'est à dire les mâles dominants  aimant la puissance et l'argent, jamais par les compatissants, les charitables, les sensibles aux difficultés des plus faibles.

 

L'Histoire n'est que la domination des cupides

 

Les occidentaux ne se distinguent pas du reste de la planète, et leur histoire n'est guère plus éthique.

Elle a été marquée, comme ailleurs, voire plus, par des siècles de guerre de conquête, par la collusion du pouvoir religieux et politique, par un pouvoir religieux hypocrite, "faites ce que je dis, pas ce que je fais", à l'origine des croisades, de l'inquisition, des missions, des pressions morales. La cupidité a gagné la hiérarchie du christianisme contre les valeurs qu'il était censé promouvoir.
C'est l'Occident qui est à l'origine des guerres les plus destructrices de l'humanité, c'est encore lui qui a inventé la bombe atomique, et c'est lui qui a été le premier, et le seul, à l'utiliser.
C'est l'Occident qui a été le plus grand colonisateur du monde.

L'hérédité des conditions a maintenu dans l'infériorité sociale la plus grosse partie des populations, maintenant d'abord la paysannerie, puis ensuite la classe ouvrière, dans un état proche de l'esclavage.
Le développement économique au XIX ème siècle a donné naissance au capitalisme et à l'exploitation sociale qui imprègne toujours nos sociétés d'aujourd'hui : le salaire minimum pour le maçon de l'entreprise du bâtiment ou du conseiller de clientèle des banques, des salaires élevés pour les "tueurs de coûts" et les "y a qu'à faut qu'on" de tout acabit, des fortunes pour les directions générales et les actionnaires. Aux uns, des contraintes de productivité toujours croissantes pour des rémunérations stagnantes, aux autres des hausses de salaires et des participations aux profits. Aux uns les suppressions de postes, aux autres le confort de postes présumés essentiels. 

L'argent a été élevé au rang de valeur suprême, et pouvoir et réussite appartiennent non aux plus compétents, mais aux moins scrupuleux
Le résultat aujourd'hui est le recul de la valeur travail,  qu'illustre la vacance de postes indispensables mais mal payés et mal reconnus.  

 

La société connaît une régression sociale

 

Malgré l'affichage de nos valeurs morales universelles, on voit dans la société se réduire l'égalité des chances, le communautarisme se développe, le racisme renaît. La société se cloisonne, les pouvoirs restent entre les mains de la même frange étroite de la population, les grandes écoles qui forment les élites au pouvoir sont toujours dans la réalité fermées aux classes populaires. 
Les élites se protègent, s'auto-complimentent, s'auto-gratifient, pendant que la masse nourrit Pôle Emploi. 

 
 

Alors oui, on élit nos députés et parfois nos chefs d'Etas, la séparation des pouvoirs n'est pas un vain mot, la guerre de conquête est obsolète, l'égalité des droits est un principe en place, l'assistance est promise à tous et aux plus pauvres.

Mais le capitalisme forcené qui s'est installé depuis le début des années 90 à rogné les progrès des années précédentes, en amenant aux commandes  des ambitieux à la soif inextinguible de pouvoir et d'argent, règlant leur compte à bien des valeurs qui faisaient notre fierté.

L'intérêt des entreprises a pris le pas sur celui des hommes. Ce serait un moindre mal si le profit engendré était justement partagé entre tous. C'est un malheur qu'il soit accaparé par les dirrigeants et actionnaires au détriment de ceux qui en sont à l'origine, les salariés.  

La société perd son sens, des pompiers volontaires riquent leur vie pour quelques centaines d'euros pendant que des pdg souvent peu efficients gagnent des millions pour faire suer le burnou à des salariés mal récompensés.

Le capitalisme a échoué à donner du sens à la société et à donner vie à une société juste et motivante. Bien au contraire, avec la course sans fin à la puissance et aux profits, il conduit la planète Terre à sa perte. 

On peut douter qu'il saura évoluer pour fonctionner sur la base des valeurs collectives et désintéressées indispensables au sauvetage de la Terre, puisque les valeurs sur lesquelles il repose sont à l'opposé du désintéressement. Le risque est fort qu'il ne veuille et ne puisse aller au-delà d'un green bashing de bonne conscience.