Des raisons d'espérer?

Le néo-libéralisme et la globalisation désespèrent le monde et font naître partout le populisme et l'autoritarisme qui lui succède généralement. Mais de plus en plus d'économistes refusent la fatalité du déclin, du chômage et de la précarisation, et défendent le modèle social occidental en affirmant qu'il y a d'autres politiques possibles que l'austèrité.

Désespérance et populisme

Il est bien loin le temps des 30 glorieuses (qui ne le sont qu'a posteriori), partout le monde occidental est hanté par le sentiment d'un déclin inéluctable, et frappé par le chômage et la paupérisation. La bien pensance politique et économique n'a que l'austérité comme réponse, avec son cortège de hausse d'impôts, réduction des dépenses d'investissement de l'Etat, baisse du coût du travail et de la protection sociale, désendettement de l'Etat. Partout ces politiques ont débouché sur des taux de chômage insupportables, mettant en péril la qualité de vie des personnes, la survie des entreprises, et le consensus social. Tsipras a dû céder aux technocrates européens, qui voit dans l'indifférence égoïste la Grèce s'enfoncer dans la pauvreté et la précarité. 
Les politiques sont hébétés, et n'ont d'autre discours que celui néo-libéral d'abaisser les deficits et les coûts. Supprimons des fonctionnaires, diminuons les charges sociales, assouplissons les politiques salariales - c'est à dire baissons les plus bas salaires, pas ceux des élites, évidemment -, réduisons l'interventionisme de l'Etat, et tout sera dans le meilleur des mondes possible! Comme la droite et la gauche appliquent cette même politique avec la même absence de résultats, les populations sont de plus en plus nombreuses à se laisser tenter par le populisme, dont le discours paraît prendre en compte les gens, et pas seulement deux ou trois concepts miracles.
Le plus étonnant n'est-il pas ce qui se passe aux EU où les deux candidats actuellement les plus en vogue sont un populiste caricatural à l'excès et un "socialiste" totalement incongru dans le paysage américain? Le plus grand pays du monde, fier de ses valeurs, de son économie, de son système, est lui aussi envahi par le doute et la peur du lendemain. 

Des économistes se lèvent

Des économistes se dressent pour lutter contre la bien pensance dictée par les institutions financières et internationales, pour crier qu'il y a une autre politique possible, et que, non et non, le modèle social occidental n'est pas à jeter.
Pierre Larrouturou est, avec d'autres, à l'origine de la fondation du collectif Roosevelt, qui milite notamment pour l'aménagement du temps de travail. Il faisait partie des partisans des 35h, tant décriées aujourd'hui. Pourtant, l'explosion de l'automatisation et de la robotisation qui suppriment les emplois des hommes, doivent nous amener à réfléchir sur d'autres modalités du partage du travail.
L'économiste Thomas Piketty refuse de se soumettre à la seule loi du profit, et propose d'autres voies. Un collectif de 80 économistes à publié dans le Monde du 9 février un article promouvant une autre politique, non destructrice d'un modèle social qui doit être la fierté de l'Europe. L'économiste à l'OFCE Eloi Laurent, enseignant  à Sciences Po et à Stanford  (Californie), défend le modèle social européen, qui va dans le sens de l'histoire, et remet à leur place les slogans et clichés de la bien-pensance. Je parlerai prochainement ici de son livre passionnant et percutant "Nos mythologie économiques".


 

La prise de conscience que sans réaction le monde va dans le mur s'étend. Que la réponse à la concurrence permise par la mondialisation n'est pas le dumping social ni le moins disant social, que la libéralisation à tout crin sera plus destructrice que porteuse de bien-être, que la finance a trop pris l'avantage dans les critères de décision des agents économiques, au détriment de l'intérêt des gens et de la planète.  

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