Des primaires à gauche

Primaire

Une pétition a été lancée il y a 48 heures pour que le candidat de gauche à l'élection présidentielle de 2017 soit démocratiquement désigné. Plusieurs personnalités de gauche sont à l'origine de la pétition, dont l'économiste Thomas Picketty.

La hantise de beaucoup d'électeurs de gauche est de vivre au niveau national ce que les électeurs du Nord et de Provence ont eu à subir: devoir choisir au 2ème tour entre la droite et l'extrême droite.
Mais d'autres raisons existent, qui nécessitent l'organisation de primaires.
Promesses
Après la fessée des élections régionales, toute la gauche s'est empressée de défiler devant les caméras et les micros pour crier haut et fort qu'elle avait compris le message envoyé par le bon peuple. Qu'elle avait compris la demande de renouvellement de la classe politique, qu'elle avait compris la souffrance des classes populaires et moyennes  qui se sentent abandonnées par des dirigeants impuissants face à la mondialisation. Et de promettre à tort et à travers que rien ne serait plus comme avant. Alors il est temps de tenir ses promesses, en n'imposant pas un candidat sur le seul critère qu'il occupe la fonction.
En 2012, la gauche avait marqué les esprits et fait avancer la démocratie en organisant les premières élections primaires jamais lancées par un parti politique en France. Même la droite l'a reconnu, qui va en organiser bientôt pour son compte. Pourquoi ce qui serait bon quand on est dans l'opposition ne le serait-il plus quand on possède le pouvoir? On est bien loin du "moi, président", Monsieur Hollande!
Un droit acquis
Une primaire est d'autant plus nécessaire que François Hollande est bien loin de faire l'unanimité à gauche. S'il surfe avantageusement sur les vagues de chef de guerre et de défenseur du pauvre citoyen contre le terrorisme, il n'en reste pas moins que le niveau modeste de sa popularité ne justifie pas une reconduction automatique de sa candidature. Etre candidat à la présidence ne doit pas résulter d' un droit acquis
Aussi, la politique économique de la gauche a échoué. Le chômage a continué sa progression, l'industrie a continué de s'effriter, la finance de profiter en rond, les riches de s'exiler fiscalement, et les classes moyennes de voir diminuer leur pouvoir d'achat. Bien sûr la droite n'aurait pas fait mieux, le bilan des années Sarko le montre bien, et il n'y a rien dans son programme, ou absence de programme, qui permet d'espérer que la situation se renverse. Mais beaucoup de promesses et engagements n'ont pas été tenus. Cela justifie un débat à gauche, et la nomination démocratique d'un candidat.
Qu'est-ce que la gauche aujourd'hui?
Cela pourrait être l'occasion de débattre du sujet fondamental que personne n'ose poser: qu'est-ce qu'être à gauche aujourd'hui? Et comment l'être? Le socialisme réclame l'appropriation collective des moyens de production. Cela a échoué partout, et personne aujourd'hui en France ne la réclame. Qu'est-ce qui différentie la gauche et la droite dès lors que tous deux reconnaissent la supériorité du marché, s'inscrivent dans la mondialisation et l'Union de l'Europe, et renoncent aux nationalisations? La gauche fuit le débat de peur d'y perdre son âme et ... ses électeurs, mais il devra bien avoir lieu un jour.

En l'absence de primaires, il serait à craindre que beaucoup d'électeurs de gauche s'abstiennent au second tour, écoeurés par une gauche autiste qui privilégie le goût du pouvoir de quelques uns au débat démocratique. Les électeurs souhaitent la primaire, la peur de la perdre ne suffit pas à la rejeter. 
Mais si François Hollande en sort vainqueur, ne sera-t-il pas plus fort pour affronter la droite ensuite? N'aura-t-il pas plus de chances de passer le premier tour, et dans ce cas de l'emporter contre un FN qui restera toujours un épouvantail pour une majorité de français?

signer la pétition
 

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