Fusion géante dans la bière

Biere
Sous réserve de l'accord de la Commission des fusions, les numéros 1 et 2 de la bière vont fusionner. Le nouvel ensemble produira 60 milliards de litres de bière par an, contre 18 au futur numéro 2 Heineken. Un tiers de la bière bue dans le monde proviendra de ses brasseries. Si l'opération est autorisée, ce sera une très mauvaise nouvelle

C'est une très mauvaise nouvelle pour les Etats, qui plus que jamais vont perdre tout pouvoir pour réguler ce mastodonte qui pourra faire ce qu'il voudra où il voudra, localisant ses profits dans les pays les moins disants, transférant ses brasseries où cela lui plaira, faisant partout un chantage à l'emploi.
C'est une très mauvaise nouvelle pour les salariés, partout condamnés à la soumission par le chantage à l'emploi permis par la multiplicité des usines dans un nombre important de pays.
C'est une très mauvaise nouvelle pour les clients, réduits inéluctablement chacun à presque rien, et qui devront se résigner à boire non ce qu'ils aiment, mais ce que l'empire brasseur leur imposera en fonction de ses seules normes de profitabilité.
C'est une très mauvaise nouvelle pour le secteur, qui devra affronter une entreprise qui pourra là où elle le voudra casser les prix et vendre à perte pour tuer la concurrence. Les brasseurs d'excellence continueront à tirer leur épingle du jeu, les autres disparaîtront.  

L'objectif majeur de l'entreprise est d'attendre une taille qui lui permette de fixer le prix qui lui génère le plus de profit possible. La doctrine libérale a bien vu cette contradiction, qui enjoint les Etats de mettre en oeuvre les régulations nécessaires.
On voit que cela ne marche pas. La plupart des marchés sont dominés par quelques très grosses entreprises qui implicitement ou explicitement s'entendent pour éviter la bagarre et s'assurer les meilleures marges possibles. Face à ces mastodontes, le client est un roi nu, sans défense, qui ne peut que se soumettre aux choix que l'entreprise fait pour lui, dans l'intérêt unique du producteur.

Le capitalisme financier va tuer le libéralisme.
Personne n'est gagnant d'une pareille fusion, sauf les élites dirigeantes, les actionnaires et les banquiers-conseils. La valeur créée par ces opérations financières est nulle. La baisse d'emploi programmée, la non prise en compte des souhaits du consommateur, le désespoir des salariés pour qui les seuls objectifs de profits pour quelques uns ne permettent pas de donner du sens à leur travail, génèrent au contraire une dramatique destruction de valeur. 
Le capitalisme est devenu fou, il broye les hommes, bouscule les modes de vie et les cultures, accroît les inégalités. Il n'est pas étranger au repli sur soi qu'on observe partout, au refus d'une société basée sur le seul argent, à l'appel à la religion pour tenter de remettre un peu d'âme là où ne règne plus que la recherche de profit pour quelques uns.
Les entreprises ne sont notées aujourd'hui que sur leur taux de rentabilité. Il faudra bien un jour que soient pris en compte des valeurs plus fondamentales comme la satisfaction du client, le plaisir au travail, le repect de l'environnement, la participation aux dépenses collectives. On en est désespérément loin. 

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