La fin de l'homme providentiel

Le 13/04/2026

Dans Humeurs

Les français restent très attachés à l'institution du président de la République. Et pourtant ...

La popularité des présidents baisse à peine sont-ils élus

Et pourtant, aussitôt élus, leur popularité s'émousse, jusqu'à l'impopularité voire le rejet.

Ainsi de Gaulle lui-même a t-il été prié de partir après son référendum/plébiscite raté, ainsi le trop monarchiste et narcissique Giscard a t-il été battu par Mitterand, qui sera élu miraculeusement pour un deuxième mandat, comme Chirac qui lui succèdera, réélu grâce au front républicain contre Le Pen. Les trois suivants verront leur popularité s'égréner au fil des ans, Sarkozy atteint les bas-fonds des sondages et sera battu par Hollande, lui-même si impopulaire qu'il renoncera à se présenter à sa réélection. Si Macron dont l'impopularité atteindra des records sera aisément réélu, il le devra lui aussi au front républicain anti extrême droite, et son second mandat est le plus chaotique de tous les présidents de la Vème république.

Elu au suffrage universel par la volonté de de Gaulle, le président de la République est le personnage le plus puissant de l'Etat, sa légitimité électorale dépassant celle du Premier Ministre nommé par lui. 

La stabilité n'est pas le fruit de la Constitution

L'instauration d'un président de la république fort se voulait le gage de la stabilité politique, après les désordres de la IVème république et sa succession de gouvernements.

On a longtemps attribué à la constitution le stabilité, relative, des dernières décennies. Mais à y voir de plus près, elle n'est pas tant due à la constitution qu'aux résultats électoraux qui ont permis une assemblée nationale en phase avec la couleur politique du président.
Dans le cas contraire, le président doit accepter une cohabitation avec le parti ou la coalition majoritaire. Mais si celle-ci est jugée non recommandable, amenant à gouverner avec les extrêmes par exemple, on retrouve l'instabilité des républiques précédentes. C'est ce qu'on connait actuellement, avec le quatrième gouvernement en 15 mois.

Ainsi, la Vème république, comme les autres, ne garantit-elle la stabilité que s'il y a concordance politique entre l'Assemblée et le président.

Le président, homme providentiel

L'élection du président au suffrage universel a considérablement accru ses pouvoirs, bien au-delà de ce qui est prévu par la constitution.
Celle-ci prévoit en son article 5 que le rôle du président est de "veiller au respect de la constitution". Il nomme le Premier Ministre, et le gouvernement gouverne.
Mais la réalité est autre. Le président en campagne doit s'appuyer nécessairement sur un programme, et donc des promesses, qu'il lui faudra s'efforcer de réaliser en dirigeant, même de loin, l'action du gouvernement. Il devient de fait le premier responsable de l'action politique, appelée à être jugée par les français à la fin du mandat.

Des promesses, toujours des promesses ! Car c'est par les promesses que le candidat devient président, puis l'homme providentiel sur lequel tous les français comptent pour résoudre leurs problèmes.
Comment expliquer cette impossibilité pathologique qu'ont eu la quasi totalité des gouvernements, de toute couleur politique, à respecter les règles élémentaire de la bonne gestion autrement que par l'abus des promesses électorales faites dans l'irresponsabilité la plus totale ?  

Des partis adultes et responsables

Comment imaginer que les élection de 2027 verront la victoire du candidat qui préconisera la rigueur de la gestion et les économies qui vont avec, face à ceux qui promettront aide et assistance, toujours et encore ? Qui sera préféré, celui qui veut ramener l'âge de départ à la retraite à 60 ans, ou celui qui propose 67 ans ? Celui qui préconise la fermeture de classes et écoles pour tenir compte de la démographie, ou celui qui promet leur maintien pour espérer en améliorer la qualité ?

La démagogie est toujours le risque majeur de la démocratie, puisque basée sur les choix des citoyens. Mais le régime présidentiel francais qui fait du président l'homme providentiel porteur de tous les pouvoirs accroit démesurément ce risque, on l'a vu jusqu'à la caricature avec le programme commun de la gauche qui a vu la victoire de Mitterrand en 1981, on le voit encore avec les programmes du RN et de LFI aujourd'hui, et on le verra n'en doutons pas avec celui des autres.

Il n'y a pas de solution miracle, mais un régime parlementaire comme en connaissent l'Allemagne ou l'Angleterre paraissent plus à même d'éviter cet écueuil. Il impose que les partis deviennent adultes et responsables, et acceptent de "se fondre" dans de vraies coalitions de gouvernement quand nécessaire, ce qui va dans plus de démocratie que la soumission d'un parti godillot.

Il appartient aux partis de grandir, de sortir de leurs petit jeux puérils et vains, pour devenir des partis mettant au-dessus de leurs petits intérêts l'intérêt de la France. Est-ce possible ?