L'euro fort, péché originel de la zone euro

L'euro n'a plus la cote. Les grandes espérances de 2002 se sont envolées, sous la poussée des crises espagnoles, portugaises, italiennes et grecques. Quels serait le sort de la monnaie européenne si son maintien était soumis à un vote populaire?
Pourtant ...

... l'euro a rempli une partie de sa mission
Il est bien sûr un lien fort entre les peuples, si souvent divisés par l'histoire, et facilite grandement les échanges entre les pays, personnes, biens, argent.
Aussi il a apporté une sécurité financière à des pays fragiles, dont la monnaie nationale aurait été attaquée par les marchés finaciers si ceux-ci ne savaient pas que l'Europe était derrière. C'était un des buts fondamentaux de l'euro, et il a été atteint.  
Mais l'erreur originelle aura été, par gloriole et obéissance à l'Allemagne, de vouloir un euro fort.
Souvenons-nous. A sa création, la parité euro-dollar était proche. Quelques années après, un euro valait 1,30 dollar, puis 1,50. Les technocrates financiers de la BCE et des institutions européennes s'en félicitaient, voyant là la confirmation du bien fondé de la monnaie européenne.
Ce qu'ils n'ont pas vu, ou voulu voir, c'est que la valeur de la monnaie est la conséquence de la force de l'économie, non la cause. L'euro fort n'a pas desservi la cause des économies fortes, Allemagne en tête, qui disposaient d'une industrie forte et compétitive, vivant sur une vraie culture exportatrice.
Mais elle aura accéléré le déclin des pays faibles, Grèce, Espagne, Portugal, et mis en difficulté des pays comme la France à la culture exportatrice moins vive. On parle du coût du travail pour expliquer la non compétitivité de l'industrie française face à ses concurrents asiatiques. Certes.
Mais pourquoi n'évoque-t-on que très rarement l'impact d'une hausse de 30 à 50% de l'euro en quelques années? Sacrilège?
La responsabilité de Trichet et consorts est immense, même si ces messieurs se pavannent dans les medias en donnant des leçons aux acteurs d'aujourd'hui, sans jamais se remettre eux-mêmes en cause. 
On a voulu un euro fort pour être perçu comme des pays forts. La Chine a été moins stupide, qui a accroché sa monnaie à un dollar en déclin. C'est moins glorieux, certes, mais la conséquence en a été une invasion des produits chinois sur tous les marchés mondiaux.
On parle de reprise aujourd'hui. Et les exportations repartent. Mais bien peu mettent en avant le regain de compétitivité qu'apporte la baisse de l'euro de 30% enregistrée ces derniers mois.
La faiblesse du principe d'une monnaie unique est l'impossibilité pour un pays de procéder aux ajustements monétaires nécessaires, ceux-là même dont la France a usé et abusé durant les trente glorieuses. On y a ajouté la
vanité d'un euro fort, a priori et en dehors de tout bon sens économique.
L'ajustement s'est fait par la disparition d'entreprises et le chômage. Ce sont les peuples des pays faibles qui ont trinqué, et parmi eux les salariés les moins qualifiés, sans qu'ils aient quoi que ce soit à se reprocher. Pour eux, l'euro (fort) est bien la cause de leurs malheurs.
L'Europe a oublié les gens, qui maintenant risquent d'oublier l'Europe.

 

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