L'Iran, une chance pour l'Europe?

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Il l'avait promis, il l'a fait. Contre l'avis de la majorité des américains, de tous ses alliés du pacte transatlantique, et de la quasi-totalité du monde. Trump fait de son pays un état parjure, en projetant d'imposer au monde entier sa seule volonté avec un extraordinaire durcissement des sanctions. Que peut faire l'Europe, co-signataire du traité? 

Trump a déshonoré par deux fois les Etats-Unis en sortant de traités internationaux signés non par son prédécesseur, mais par le président des Etats-Unis d'Amérique. Les traités engagent les états, et non les hommes qui les signent. Sans ce postulat, il n'y a pas de droit international, et les traités n'ont plus aucun sens. En toute liberté, sans qu'aucun évènement ne le force en quoi que ce soit, Trump est revenu sur la parole et la signature de ce qui est encore la première puissance mondiale, contre l'avis de ses alliés et du monde entier.  Le monde doit en prendre acte, il ne sert à rien de signer avec les Etats-Unis, puisque ce pays n'a plus de parole.

Plus grave, tout seul, convaincu qu'il a raison, il annonce un durcissement des sanctions économiques contre l'Iran, et plus grave encore, il va imposer au monde entier d'obéir à la loi américaine, en menaçant de sanctions les banques et entreprises du monde entier qui commerceront avec l'Iran. 

Le roi dollar

Comment cela peut-il se faire ? L'Europe et l'ONU ont levé les sanctions économiques vis à vis de l'Iran. Pourtant les échanges n'ont pas repris, les banques ferment toujours les robinets des financements, les entreprises étrangères ne sont pas revenues en Iran. Pourtant, toutes ces opérations sont légales, sauf pour les américains!

Pourquoi faut-il que les entreprises européennes, mais aussi chinoises, russes, et les autres, aient à obéir aux lois américaines, et non aux seules lois des pays ou unions desquelles elles dépendent?

Parce que la monnaie mondiale, de paiement et de réserve, est le dollar.
C'est à dire que les transactions sur les marchés internationaux se font en dollars, que les matières premières sont cotées en dollars, et les paiments aussi. Et que les réserves des Etats, des banques, des entreprises sont en dollars.
Et quand on paye en dollar, au tout bout de la chaîne de paiement, il y a une écriture dans une banque américaine. Et dès que le mot "Iran" apparaît, le Trésor américain peut interdire l'opération, imposer des amendes, menacer l'entreprise et le pays. Ainsi les banques françaises, et les autres, se voient-elles menacées d'amendes démentes, comme BNPP condamnée il y a peu à payer 13 milliards de dollars, parce qu'elle avait accepté des opérations de négoce international faites par des clients qui travaillaient avec des pays sous embargo américain comme Cuba. Mais elles sont aussi menacées de fermetures de leurs activités aux EU, et BNPP comme la SG, et les autres, ne peuvent concevoir aujourd'hui d'être physiquement absents des EU.

Le système monétaire international est ainsi fait. Après la guerre, les accords de Bretton Woods ont mis en place un système basé sur le dollar étalonné sur l'or, avec conversion possible. Mais le déficit commercial américain a submergé le monde de dollars, ce qu'on appelait les euro-dollars. Bien vite la peur est venue que si un manque de confiance dans le dollar survenait, et qu'une demande massive de conversion en or s'ensuivait, les EU seraient bien incapables de faire face, et ce serait une crise financière majeure à même de faire exploser le monde.

Alors les EU ont annoncé unilatéralement en 1971 la non convertibilité du dollar en or, transformant de facto le dollar US en monnaie de réserve et de paiement. Ce faisant, les EU ont dès lors acquis le pouvoir de régenter les opérations commerciales internationale dès lors qu'elles se font en dollars, ce qui est la majorité. 

 

Quoi faire ?

Le dollar monnaie de réserve et de paiement est utilisé abusivement par les EU pour imposer sa volonté à tous les états du monde. Si on veut rompre avec cet état de fait, il faut faire naître une ou plusieurs autres monnaies de paiement international.

Les deux pistes possibles sont l'euro et le yuan. C'est sans doute trop tôt pour le yuan, et la Chine n'est pas encore tout à fait prête, mais les mentalités évoluent, et on peut être certain que le yuan va voir son rôle se renforcer dans les années qui viennent. On en voit les prémices à Hong-Kong.

L'euro est assis sur des économies fortes, de pays anciens et démocratiques. Géré par la BCE qui a fait ses preuves depuis plusieurs années maintenant, le pousser pour en faire un substitut au dollar doit être mis à l'étude et en oeuvre rapidement.
Cette idée était bien dans les têtes des créateurs de l'euro, sans que cela soit la priorité. Il s'agissait avant tout d'un acte politique destiné à relancer une idée européenne quelque peu en panne, en adresant aux citoyens européens un geste fort leur montrant un signe concret d'existence de l'Europe.

L'Europe doit se désolidariser des EU

Allié des américains, les européens n'entendaient pas s'opposer frontalement à eux, même si périodiquement une crise monétaire était annoncée du fait du laxisme de la politique budgétaire américaine. 

Aujourd'hui le monde a changé. Le supposé parapluie américain pour nous protéger du bloc communiste n'a plus lieu d'être, "America first" est la base de la politique de Trump, les faiblesses de l'économie américaine et ses abyssaux déficits commerciaux et budgétaires sont une épée de Damoclès sur la stabilité du monde et la pertinence de l'étalon-dollar. 

Ni la Chine ni la Russie ne sont un danger militaire pour l'Europe. Et d'ailleurs l'Europe détient l'arme atomique. Il n'y a plus lieu de privilégier la relation avec les EU, quand ils méprisent l'intérêt de leurs alliés, et s'engagent dans des positions que l'Europe estime dangereuse pour la paix et la sécurité du monde.

Le premier acte d'indépendance doit se manifester dans la volonté affichée de faire de l'euro une monnaie de paiement international, ce qu'il est déjà un peu, mais trop peu. Le moment paraît bien choisi, où la perte de confiance dans les EU d'Amérique gagne le monde entier.

Mais faire de l'euro une monnaie internationale ne se décrète pas, ce sera un parcours de longue haleine, avec des entreprises, des états, des banques centrales, à convaincre. La machine pourrait être lancée par des prêts consentis par la BCE aux états avec lesquels on commerce, avec en échange l'engagement que les transactions soient faites en euros. Les grands contrats devront être priritairement libellés en euros, les matières premières pourraient être cotées en dollars et en euros, et les transactions réglées en euros. Si les grands pays du monde affirment cette volonté, s'engagent à conserver les euros comme ils conservent actuellement leurs dollars, les entreprises suivront, certaines peut-être même n'attendent que ça.

Les USA sont une puissance déclinante, la Chine sera sous peu la première puissance mondiale. Le dollar monnaie de paiement donne au pays une puissance qui n'est plus la sienne au seul vu de son économie et de sa force militaire. N'oublions pas que les EU ont perdu toutes les guerres qu'ils ont entrepris depuis la dernière guerre mondiale.

La perte du rôle du dollar comme monnaie du monde sera un coup terrible pour les EU, à même de modifier le regard qu'un Trump porte aujourd'hui sur le monde.

L'Europe et le monde doivent s'engager dans cette voie, pour donner aux EU le signe fort que le temps est passé de la légitimité des EU à régenter le monde. Il doit aussi le faire avant que la Chine impose le yuan dans tous les états de son domaine d'influence, c'est à dire l'Asie et l'Afrique. Après ce sera trop tard, et c'en sera fini de l'influence de l'Europe.

 

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