L'Orient éclaté

Carte proche orientL'occident adore donner des leçons de démocratie, d'humanisme, de paix, d'écologie. On a concouru à la création d'une région explosive, on a alimenté les guerres, pour le bonheur de nos balances commerciales, on a colonisé et asservi des continents, on a découpé le monde à notre convenance, sans se soucier des cultures, ethnies, histoires. La situation au Proche-Orient est largement due à la courte vue de nos politiques.

La colonisation

Quand en Egypte on construisait des pyramides, en Inde des temples, dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'Occident on était encore à l'âge de la pierre. Pour dire que contrairement à ce que beaucoup veulent croire, la domination culturelle de l'Occident n'est qu'une bosse de l'histoire, et que nous sommes peut-être sur la pente descendante.

Forte de sa culture et de sa démocratie, dotée d'armées solides et expérimentées par la guerre permanente qui a imprégné l'Europe, celle-ci s'est crue maîtresse du monde. Après la découverte du nouveau-monde, l'Occident a pillé les pays conquis, assassiné les indigènes, s'est enrichi par la honteuse traite des noirs, a imposé sa religion et sa conception de la vie. Au 19ème siècle, sa vanité a débouché sur la colonisation, qui cachait ses buts inavoués derrière une soi-disant mission civilisatrice.

L'après colonisation

La colonisation était une fausse bonne idée. Elle a détruit des peuples, anéanti des cultures, imposé un mode de développement qui, on le voit bien aujourd'hui, mène l'humanité dans le mur. Sous le paravent de la religion et d'une pseudo mission civilisatrice, elle n'a été qu'une vaine tentative d'agrandir l' empire, comme l'avaient fait Alexandre, l'Egypte, la Perse, César ou Napoléon. Et comme eux, le résultat a été un échec, des millions de morts, des millions d'esclaves, et le sous-développement.

Pire, on a créé des nations artificielles, découpées à la règle et au compas dans le seul intérêt des anciens colonisateurs, en tenant peu compte des ethnies, des cultures, des histoires locales, pas même de la géographie. On a créé le brûlot qu'est aujourd'hui le Moyen-Orient, totalement enflammé et qui pourrait un jour déboucher sur une guerre mondiale. Elle l'est aujourd'hui par (petits) pays interposés, il suffirait d'un petit dérapage pour que le conflit dégénère en conflits directs.

On a créé Israël, sans être capable d'apporter une solution aux peuples expulsés. On a soutenu la Libye de Khadafi, en lui vendant les armements les plus sophistiqués, avant de se retourner contre lui, et de laisser la Libye en guerre civile. On a soutenu Assad, puis on l'a lâché, le laissant aux mains des russes, et regardant, impuissants, ce dictateur massacrer son peuple à la seule fin de conserver son pouvoir. On a soutenu l'Iran du shah, puis exclu celui de l'ayatollah, le laissant seul affronter les armées du dictateur irakien, dans un conflit qui a duré huit ans et causé la mort d'un million de personnes. On a soutenu l'Irak et son dictateur, avant de le détruire en envahissant son pays, qui par la suite s'est transformé en champ de bataille permanent, où corruption et violences sont le pain quotidien des habitants. On soutient sans défaillir et sans honte le pays le plus archaïque du monde, l'Arabie Saoudite, dont la dynastie régnante dépend du bon vouloir des factions les plus radicales de l'islam sunnite.

Dans cet orient éclaté, l'occident a joué au mécano, a tiré à lui les ficelles de son intérêt, le pétrole et les ventes d'armes. Des armes, on en a vendu par milliards de dollars, des canons, des sous-marins, des Rafale, des missiles, des chars. 

Le résultat : une poudrière

La situation au Proche-Orient n'a jamais connu un tel désordre. Alors certes tout n'est pas à cause de l'Occident, qui n'a pas créé Daesh. Mais dans cet Orient où beaucoup de pays sont artificiels, les intérêts commerciaux, géopolitiques, politiques, se sont embrouillés pour créer une politique volatile, mercantile, brutale, qui nous a décrédibilisés. Soi-disant défenseur de l'humanisme, du progrès et de la démocratie, l'Occident affiche sans vergogne un soutien inconditionnel à Israël et l'Arabie Saoudite. Il condamne l'Iran, mais soutient le gouvernement égyptien qui a mis en place la dictature la plus dure qu'ait jamais connue l'Egypte, qui pourtant en a connu de sévères. Il laisse son ancien allié irakien dans une panade noire, abandonne le Yémen à la violence de l'Arabie Saoudite, est impuissant à stopper les massacres en Libye et Syrie, pays crées par l'amour de la géométrie de nos hommes politiques, laisse se faire battre ses anciens alliés kurdes dans la bataille contre Daesh.

 

Laisser faire l'Orient

Le salut de l'Orient ne dépend plus aujourd'hui ni de l'Occident, ni d'aucune autre super-puissance. Toutes ne savent voir que midi à leur porte, n'envisageant que l'intérêt bien compris de leurs propres intérêts. 

C'est des nations elles-mêmes que le salut viendra. L'exemple de l'Europe, déchirée par la plus meurtrère guerre que le monde ait jamais connue, qui oublie les haines, la volonté de revanche, et qui armée de la volonté du "plus jamais ça" se lance dans un incroyable projet de coopération et d'union, doit inspirer les nations du Proche-Orient.

Alors, tous les grands leaders régionaux ont disparu. Mais de nouveaux de Gaulle et Adenauer peuvent renaître, pour lancer ce grand mouvement salvateur de coopération. Un grand marché commun qui irait du Maghreb jusqu'à l'Iran, une politique économique harmonisée, des coopérations politiques institutionnalisées.

On en est encore loin, mais c'est la condition pour que les peuples du Proche-Orient reprennent en main leur destin, et ne soient plus le jouet des intérêts politiques et économiques du reste du monde.