Est-il encore temps ?

Le monde est fou. Il l'a toujours été, parce que ce sont les fous qui sont attirés par le pouvoir. On aurait pu croire qu'avec la croissance et la généralisation du savoir, les leçons de l'histoire, la raison, la générosité, auraient permis l'éclosion d'un monde plus humaniste. C'est tout le contraire qui se passe. 

Le capitalisme roi du monde

Catastrophe aux Etats-Unis! On annonce que les salaires ont augmenté de 2,9% en 2017, et que l'emploi est à son quasi-maximum!! Les financiers s'alarment, parce que les taux, proches de zéro, pourraient remonter, et l'économie ainsi ralentir! Et le baromètre qu'est la bourse décroche de plus de 4%, un niveau de krach.

Carrefour annonce la suppression de centaines de magasins, l'allègement de ses effectifs tant dans les bureaux qu'aux caisses et ailleurs, et le titre reprend des couleurs, et les financiers d'applaudir et de se précipiter sur le titre!

Les matières premières, toutes sans exception, sont devenues le jouet des spéculateurs, qu'ils ont intégrées dans des instruments financiers. Leurs cours varient dorénavant davantage sous l'effet des anticipations des spéculateurs que des besoins d'utilisation, faisant et défaisant des fortunes, bousculant dangereusement les économies réelles, particulièrement celles des pays en voie de développement.

Nombre de pays dont la France voient leur bonne santé reposer sur la vente d'armements, qu'alimentent des guerres de plus en plus nombreuses et de plus en plus longues. Les embargos officiels sont détournés, et les armes des grands fabriquants que sont les pays développés s'affrontent dans des guerres assassines qui font leur bonheur.

Dans tous les pays du monde, développés ou en développement, les économies parallèles liées au blanchiment, aux trafics, à la prostitution, aux jeux d'argent, sont prospères, permettant aux personnes qui n'ont pas réeussi via les filières officielles de la réussite, de vivre et survivre.

Les inégalités s'accroissent peut-être comme jamais dans l'histoire, la misère réapparaît dans nos rues, dans l'indifférence quasi générale.

La course à la croissance des entreprises amène à l'apparition de géants multi-nationaux plus puissants que les Etats, dont les dirrigeants sont intouchables, qui bafouent le respect de la démocratie, de leurs salariés, et des consommateurs, tant que leur intérêt ne leur paraît pas remis en cause.

L'économie et le progrès technique gouvernent le monde. L'économie est aux mains du capitalisme. C'est lui aussi qui oriente et récupère les innovations. Le roi du monde, qui façnne nos vies, nos mentalités, notre humanité, c'est le capitalisme.

 

Pendant ce temps-là ...

Pendant ce temps-là, l'homme continue à détruire toutes les espèces animales qui étaient là avant lui. Encore quelques décennies, et il n'y aura plus de fauves ni d'éléphants. Les pesticides, la déforestation, la fabrication de millions de tonnes journaliers de déchets, de pollution, détruisent lentement mais sûrement la planète. 

La recherche progresse dans la génétique, ouvrant grande la porte vers le domaine obscur des manipulations génétiques. Quand l'outil sera disponible, il ne faut pas douter que des moins scrupuleux s'en accapareront pour asseoir leur pouvoir et assouvir leur cupidité.

La société heureuse qu'on nous fait miroiter par les progrès du numérique et de la robotique tend à être celle de Big Brother. On y est dans les villes, dans le traçage des téléphones, dans ces Big Data qui intègrent tous nos actes de vie. Avec des centaines de millions de caméras reliées à des applications intégrant la reconnaissance faciale, la Chine annonce ce que sera la société de demain, quand l'homme ne sera plus qu'une machine à produire bêtement et à consommer.

Le capitalisme, défini comme le règne de la recherche du profit à tout prix, conduit inexorablement le monde à sa perte. Avec lui, quelques uns, actionnaires, dirigeants, cadres supérieurs, s'enrichissent. De façon souvent indécente. La masse des salariés voit son pouvoir d'achat stagner, voire diminuer. La mondialisation permet d'aller là où le travail est le moins cher, où la réglementation sociale est la plus permissive, et les grandes entreprises aux marques coûteuses et prestigieuses, n'éprouvent aucune gêne à licencier chez elles pour payer quelques piécettes des ouvriers et ouvrières des pays pauvres. La course sans fin à la productivité et la compétitivité réduit l'homme à celui d'un agent économique servil, dans un monde où l'art, la culture, les choses de l'esprit se marginalisent et appartiennent à un monde parallèle.

Marx avait raison

C'est Patrick Arthus qui le dit. Il n'est pas gauchiste, mais chef économiste à la banque Natexis. Karl Marx prévoyait la baisse structurelle des profits, et avec elle la fin des entreprises et du capitalisme. Ce n'est pas arrivé, parce que les entreprises ont trouvé les moyens de déjouer cette baisse structurelle par la baisse des salaires, les délocalisations pour recours à une main d'oeuvre sous-payée, la course à la productivité, les concentrations visant des économies d'échelle, la diversification, ou des situations de monopole ou quasi-monopole, la spéculation comme les activités de marché pour les banques et comme celles des matières premières pour les grands négociants. 

Cette course au profit s'étend désormais aux domaines qui étaient du ressort du public. Hôpitaux, écoles Universités, sont dirigés par des comptables. Police, justice, s'orientent aussi vers une privatisation partielle, et le profit remplacera alors partout l'intérêt général comme moteur de l'activité humaine. Productivité et compétitivité seront les paramètres d'appréciation de leur activité, loin de la sécurité et de l'intérêt général.

Peut-on encore espérer ?

La prise de conscience de cette évolution du monde qui nous amène inévitablement dans le mur s'étend. Face à un monde de l'entreprise de plus en plus stressant, sélectif, arbitraire, la vie associative permet à de plus en plus de gens de retrouver un peu d'humanité, en introduisant dans la société matérialiste et productiviste qui est la nôtre un peu du liant social nécessaire à sa survie. 

L'entreprise, toujours définie en France par un article du Code Civil écrit en 1804, et qui place le profit comme son seul objectif, fait l'objet de réflexions, et l'intérêt des salariés, des clients, de l'environnement, pourrait s'ajouter à celui du seul profit.

Le MEDEF se hérisse, mais une nouvelle rédaction pourrait petit à petit imprégner la société d'une pensée plus généreuse et plus respectueuse de l'intérêt général. On n'y est pas encore, mais les Etats-Unis eux-mêmes semblent avoir entamé la réflexion, et l'investissement d'un Bill Gates dans sa fondation humanitaire montre bien que richesse et pouvoir ne suffisent pas au bonheur de l'honnête homme.

Le temps presse. Quand l'honnête homme aura disparu, broyé par le capitalisme productiviste sans âme ni conscience, il sera trop tard. 

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