La droite la plus bête du monde

Les candidats à l'investiture LR se lancent dans une surenchère libérale d'un autre temps, affichant leur aveuglement au monde réel.  

La France de l'après-guerre a été gouvernée essentiellement par la droite. Depuis 1958, la gauche au pouvoir n'a été qu'une parenthèse. Si la France d'aujourd'hui apparaît aux privilégiés trop protectrice, trop réglementée, au point que cela freinerait l'initiative créatrice d'emplois, c'est bien la droite qui en est à l'origine. Parce qu'à droite aussi on peut avoir le goût de la justice sociale, on peut avoir envie de protéger les plus faibles contre la cupidité des plus forts. Ce qui différentie gauche et droite n'est pas tant l'objectif que le moyen pour y arriver, appropriation collective des moyens de production pour les uns, réforme  limitant la liberté des plus forts pour les autres.

L'idée socialiste est morte, plus personne ne revendique l'appropriation par l'Etat des entreprises. La réforme humaniste est aussi enterrée. Certes la droite dite républicaine réclame sans cesse des réformes. Mais pas pour la protection des plus faibles, mais au contraire pour plus de liberté aux forts, présumant que cette liberté sera créatrice d'emplois. Ce que rien ne prouve évidemment.

 

La course à l'échalote des candidats LR

Ainsi Fillon a-t-il annoncé la couleur en présentant un projet de rupture avec l'Etat protecteur revenant sur plusieurs acquis sociaux: 110 milliards d'économie, fin des 35 heures, retraite à 65 ans, suppression de l'ISF, facilitation des licenciements économiques ...

Ainsi Juppé, toujours aussi droit dans ses bottes, s'est-il aligné sur ces positions tchatchériennes, demandant des économies à hauteur de 100 milliards, et les mêmes mesures que ci-dessus.

Le Maire et Sarkozy sont exactement sur la même longueur d'onde, ajoutant l'alignement des régimes du privé et du public, la suppression des régimes spéciaux.

Tous préconisent aussi la baisse des prestations sociales, des réductions drastiques dans la fonction publique, moins 300000 en 5 ans pour Sarko, 600000 pour Fillon, un million en 10 ans pour Le Maire, avec abrogation du statut de fonctionnaire territorial. Juppé ne remplacera pas la moitié des fonctionnaires qui partiront en retraite. Mariton gagne le grand prix du concours Lépine en proposant de supprimer le code du travail et les subventions au logement social.

Le choix de l'offre

Toutes ces mesures sont censées améliorer la compétitivité de la France, sans qu'on comprenne bien pourquoi un million de fonctionnaires en moins ou moins d'ISF relancera l'économie, ni en quoi allonger la durée de vie au travail aura un quelcoque effet positif. La conséquence de ces mesures sera un appauvrissement du plus grand nombre et une baisse globale du pouvoir d'achat. Le pire pour relancer une économie. On a l'impression que nos politiques se raccrochent à des clichés à la mode, ou qui l'ont été, loin de la réalité économique et sociale. Comme si la France de Hollande était une France socialiste, et qu'il fallait impérativement revenir au libéralisme. 
Au point qu'Henri Guaino lui-même se désole de voir "toute l'opposition courir après les solutions libérales", la liberté n'étant pas "l'idéologie neo-libérale telle qu'on la subit depuis une trentaine d'années".

Un système à bout de souffle

Avec ses paradis fiscaux, les rémunérations abusives des dirrigeants et actionnaires, la destruction programmée de la planète, un salariat de plus en plus exploité quand il n'est pas asservi dans les pays les plus pauvres, un travail qui se raréfie et qui perd son sens dans des entreprises obnubilées par le profit pour le distribuer à d'autres que ceux qui l'ont produit, le culte du libre-échange qui a déstabilisé les économies du monde entier, le capitalisme est arrivé à l'absurde.
La popularité de Tramp et Sanders sont, à leur façon, le témoignage du ras l'bol d'une partie croissante de la population, qu'on retrouve dans la plupart des pays développés. Le smic (re)fait surface en Angleterre et en Allemagne, l'extrême droite protectionniste et sociale augmente partout. Alors que le système semble durablement mis en cause, la droite dite modérée affiche une foi libérale digne de celle du charbonnier.  

Sous la domination d'un capitalisme qui s'est considérablement durci sous l'effet de la mondialisation et de la financiarisation, la société s'est considérablement déshumanisée. Le profit et le pouvoir sont au choeur d'un système où l'homme n'est plus qu'une variable d'ajustement au service de quelques uns. Mais les politiques traditionnels ne veulent pas le voir, sans doute parce qu'ils n'ont pas le catalogue des six lois qui pourraient le changer. Alors on fait croire que l'ultra-libéralisme sera la solution.

La prise de conscience des peuples est en marche. La droite française, la plus bête du monde aurait dit Guy Mollet, reste autiste.

économie politique