Mensonge

MensongeSur la moitié des français qui a voté dimanche, un bon quart a voté extrême droite, ce qui en fait le premier parti de France. Effroyable, effrayant, désepérant! Les moins de trente ans sont les plus nombreux à voter FN, la dernière guerre est pour eux aussi lointaine que les croisades, les crimes et lâchetés des fascistes ne sont que des récits de romans. 

Pourtant le programme du FN brille par son insignifiance.
C'est un ramassis de clichés, de voeux pieux, de slogans. On ne veut plus de migrants / réfugiés chez nous, mais on ne nous dit pas comment. On ne veut plus de Calais chez nous. Oui, mais que fait-on des 3000 personnes qui sont là, et qui sont venues sans nous demander la permission? On veut sortir de l'euro, mais on ne nous dit pas quand, comment, avec quelles conséquences, avantages et risques. On veut fermer les frontières, mais comment, et sera-t-on plus fort seul qu'à plusieurs?

Et pourtant, plusieurs millions de français votent pour le FN. Les yeux fermés, sur la bonne mine de Marine et ses promesses à deux sous.

Depuis la monarchie, la France croit en l'état Providence, même s'il ne l'a pas été tant que cela. Il croit dans le pouvoir des politiques, et si les français n'ont pas une grande estime pour eux, il n'en attendent pas moins tout.
Faille de la démocratie, les candidats aux élections entassent promesses sur promesses, laissant à penser qu'ils ont la solution à tout, même après avoir exercé le pouvoir sans succès particulier.
Quand la situation politique et économique va bien, vogue la galère, la contestation se limite aux caveaux des chansonniers. Mais quand le climat politique, sécuritaire, économique et social se dégrade sur une longue période, alors la désespérance ouvre la porte au pire. Emeutes, révolutions, grèves violentes et paralysantes, recours aux forces obscurantistes que sont l'extrême droite et l'extrême gauche.
C'est ce qui se passe aujourd'hui en France pour les millions de personnes qui vivent le plus mal les difficultés du monde d'aujourd'hui. A ceux-là, les politiques leur ont fait miroiter un monde meilleur, une sécurité améliorée dans les banlieues ghettoïsées, avec la fin de la délinquance et des trafics, la régression du chômage, l'augmentation du pouvoir d'achat.
Sauf que si le politique n'est pas responsable de la dégradation des choses, il n'en est pas plus apte à leur redressement.
L'économique gouverne tout, Marx l'avait écrit il y a 150 ans, et c'est encore plus vrai aujourd'hui sous l'effet de la mondialisation. Or depuis l'éclatement du communisme, le capitalisme s'est libéré et a imposé ses règles brutales et extrêmes au monde entier. La mondialisation a fait que les multi-nationales transcendent désormais les nations, auxquelles elles imposent leur loi. Cantonné dans les frontières étroites des nations, les gouvernements des Etats sont devenus impuissants à changer quoique ce soit. Et quand ils le peuvent, les règles sont aussitôt détournées par des armées de conseillers spécialisés. 
Droite et gauche s'y sont essayés sans succès. Mais au lieu de se montrer pédagogues, humbles, et peut-être de proposer d'autres choix qui rétabliraient des marges de manoeuvre, ils ont poursuivi leurs surenchères démagogiques et mensongères faisant promettre qu'ils feraient demain ce qu'ils n' ont pas réussi à faire hier, continuant à vouloir faire croire aux français qu'ils ont encore le pouvoir de changer les choses.
A force de mensonges, droite et gauche ne sont plus audibles, ne sont plus crédibles. Blanc bonnet et bonnet blanc, impuissants l'un et l'autre. Alors on vote pour un parti vierge d'expérience, en espérant qu'il saura tenir ses promesses. Et tant pis si ça sent le souffre, si dans les rangs du parti il y a plein de gens pas trop recommandables, s'il fricote avec des partis sympathisans du nazisme, s'il prône le repli sur soi, l'enfermement dans des frontières du passé, et le rejet de l'autre, de l'étranger, tant pis s'il met en péril toute la société. On prend le risque.
Le français espère tant du politique qu'un jour trop de mensonge amène le pire. On y est peut-être.