Le retour des valeurs

Fillon Décidemment, les électeurs n'en font qu'à leur tête. Après avoir porté Trump au sommet, porté haut partout les populistes, voté le Brexit en GB, ils sacrent Fillon à la tête de la primaire de la droite, qui écrase ses concurrents et sort Sarkozy. Cela pourrait être une bonne chose pour la suite.


 

Le programme de Fillon

C'était la primaire de la droite, et c'est un homme de droite qui a été élu. Certes Fillon se réclame de la filiation de Seguin, ancien gaulliste de gauche, mais il y a belle lurette que le fils a oublié l'héritage du père.
Car le programme de Fillon est clairement un programme de droite, tant sur l'économie que la sécurité et les valeurs.
Sur l'économie, il prône un interventionisme limité de l'Etat, dont il veut alléger le rôle en supprimant 500 000 postes en cinq ans (mais pas dans la police, ni les hôpitaux ni l'éducation nationale ni l'armée !). Il est favorable à la fin des 35 heures, au refus d'imposer une limite hors les 48 heures. C'est la fin des heures supplémentaires. Il veut baisser les dépenses publiques de 100 milliards, augmenter le taux normal de la TVA de 20 à 22%, favoriser les investissements dans les PME. Rien sur le pouvoir d'achat, rien sur le chômage, rien sur la compétitivité et la réduction du dramatique déficit structurel des échanges commerciaux.
Sur la sécurité, Fillon veut interdire le burkini, expulser "les individus dans la mouvance terroriste", et empêcher le retour des djihadistes partis combattre en Syrie. Plus largement, il souhaite carrément supprimer le principe de précaution inscrit dans la constitution, qui permet de prendre des mesures préventives même quand la preuve scientifique du danger pour la santé ou l'environnement n'est pas établie.
Sur les valeurs, Fillon ne reviendra pas sur le mariage des couples homosexuels, mais réécrira la loi Taubira pour "réexaminer" les règles de la filiation.
Ajoutons que Fillon est partisan d'une collaboration rapprochée avec Poutine et Assad, nonobstant le massacre des habitants d'Alep, et souhaite recourir au référendum sur certains sujets sociétaux, comme la réduction du nombre de parlementaires, l'inscription de l'obligation d'équilibre budgétaire, le rapprochement régions/départements, la fin des régimes spéciaux de retraite, les quota d'immigration).
Tout cela est clairement un programme de droite, adopté par la droite, et sans doute la partie la plus conservatrice de la droite, qui voite Paris à feu et à sang, a le sentiment que le danger est partout, fantasme sur des fonctionnaires inutiles et coûteux et un Etat empêcheur de s'enrichir en rond et voleur. Une droite peu sensible aux difficultés des plus fragiles, craintive face à l'ouverture du monde et aux révolutions technologiques, nostalgique d'un monde rural immobile en voie de disparition.

Le socialisme est mort, pas les valeurs de droite et de gauche

Cela pourrait promettre un vrai débat d'idées pour 2017, si la gauche est capable d'avoir un ou plusieurs candidats.
Sur l'économie, le choix sera le repli derrière des barrières douanières protectrices, ou le choix de rester dans un monde ouvert à la concurrence (ce qui n'exclut pas un peu plus de protection). Et dans ce cas, il faut préparer le terrain pour que les entreprises françaises soient aptes à défendre leur pré carré et aussi et surtout aller se battre sur les marchés étrangers. Et pas seulement les grandes et très grandes. La réduction du chômage passe par la bonne santé d'un tissu industriel sain, dynamique, audacieux. Il n'y a pas d'alternative.
Sur le plan des valeurs, celles mises en avant par Fillon sont franchement à droite. La gauche devra exprimer les siennes sans ambiguité, souci de justice sociale, tolérance, respect des autres, culture pour tous, indépendamment des religions et des dogmes. 
Il reviendra à l'élu de la primaire de gauche, à Mélanchon, à Macron s'il confirme, de ne pas lésiner sur ce terrain, même si les sondages pouvaient révéler que ce n'était pas un sujet sensible. Les valeurs, c'est ce qui donne du sens à l'action, permet de supporter l'insupportable. Il faut sans cesse les rappeler et s'y reférer dans les choix. 
C'est ce qui a manqué à Hollande. Son bilan n'est pas plus mauvais qu'un autre, il a assûmé son rôle de président avec sérieux et fait respecter dans le monde le rôle de la France. Il a échoué sur le chômage, il n'aurait surtout pas dû s'engager sur quelque chose qui ne dépend plus des politiques. Et confrontée à ses engagements de campagne, sa "real politic" a fait l'effet d'une trahison.
Car avoir des valeurs, c'est aussi ne pas mentir, ne pas s'engager à faire ce qu'on sait qu'on ne fera pas. La bulle Trump va très vite se dégonfler, voire exploser, quand il fait venir dans ses équipes une armée de hauts calibre de la banque d'investissement de de fonds spéculatifs. 

Il n'y a plus de socialisme aujourd'hui, parce qu'il n'y a pas, encore, d'alternative au capitalisme. Mais il y a des valeurs de droite et des valeurs de gauche. Et l'action n'est pas la même selon qu'on s'appuie sur les unes ou sur les autres.
C'est cela qui devra être l'enjeu des présidentielles si la gauche souhaite l'emporter.

 

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