Vous avez dit compétitivité?

  Competitivite On ne parle plus que de ça, de la compétitivité. Pas depuis très longtemps du reste, malheureusement. Alors tant mieux si on en parle, car tous nos malheurs viennent de là. Mais pas toujours comme il faut.

 

 

Quand on parle de compétivité, c'est pour dire que nos coûts de production sont trop élévés. La faute à qui? Aux salariés bien sûr, en fait non, au coût du travail. Mais c'est pareil

Alors c'est vrai, le coût du travail est moins cher en Chine, en Malaisie, aux Philippines ou en Corée du Nord que chez nous. Et on aura beau grapiller quelques petits points d'économie de charge par çi par là, on sera toujours très très largement au-dessus. Inutile de s'égosiller, la solution n'est pas dans cette direction.

Voyez donc. Quand la balance commerciale de la France est déficitaire de 100 milliards d'euros, celle de l'Allemagne est excédentaire d'encore plus.
Les charges? Les charges sociales allemandes sont bien proches des nôtres, et le coût du travail ne s'éloigne pas du coût français. Rien en tous cas qui explique pourquoi on voit si peu de voitures françaises en Irlande, à Rome, à Bratislava à Budapest ou Vienne, encore moins en Chine, alors que toutes ces villes regorgent de voitures allemandes, Audi, BMW, Mercédès ! 

Qui peut croire que cet écart, gigantesque, ne s'explique que par un coût supposé moindre du travail? D'autant moins que tous ces véhicules sont fabriqués hors d'Allemagne et hors de France!

Le coût du travail est une fausse barbe

Il faut regarder la vérité en face. Le coût du travail est une fausse barbe , avancée par le patronat pour justifier sa moindre efficience économique, son manque d'audace dans la conquête des marchés extérieurs, la moindre qualité de son offre.
Les entreprises industrielles françaises sont moins performantes que leurs homologues allemandes. Il faut le dire. Quand en France on vise à être le roi de son pré-carré, en Allemagne on vise le monde. Citroen a une présence industrielle en Chine depuis plus de 40 ans. Pourtant, à Pékin et Shanghaï, on ne voit que des japonaises et des allemandes. Des allemandes en veux-tu, en voilà. Et des grosses, très grosses même! Des françaises? Si peu!

Depuis l'après-guerre, pour ne partir que de ce temps-là, l'industrie française ne tient à l'export que par son influence dans les anciennes colonies et par une succession de dévaluations dites compétitives. Qui ont eu pour effets de masquer son absence de compétitivité et de ne pas traiter la cause du mal.

Plus de dévaluation possible avec l'euro, alors la faiblesse congénitale de notre industrie conduit à la mort toutes les entreprises confrontées au marché. Le MEDEF doit faire son auto-critique, comme les chefs d'entreprise, les banques et les financiers aussi, qui doivent faire preuve de plus d' l'audace, la compétitivité ne repose pas seulement sur des coûts de production bas. Autrement l'Occident serait un cas désespéré. Il nous fait innover, et innover encore, avoir du culot pour conquérir des marchés lointains et aux cultures différentes, (re)trouver le sens du client et avoir la capacité et la volonté de construire une offre adaptée à chaque marché. Quelques entreprises savent le faire, mais un plus grand nombre doit oser, et les grands entreprises doivent y aider les plus petites, comme en Allemagne.

A partir du constat juste que nos maux viennent de la moindre compétitivité de notre industrie de biens et services, il faut accepter de voir que le coût du travail n'en est pas la seule cause, mais que la gestion à la française de nombre d'entreprises en est une cause au moins aussi importante. Après les élections?