On a le Fillon qu'on mérite

Fillon est un menteur. C'est une évidence, que lui-même ne peut contester. Mais cette triste vérité n'a aucun effet sur ses fans, qui se radicalisent au fur et à mesure des mensonges découverts. Il est à ce titre représentatif de la société dans laquelle on vit.

Des mensonges à la pelle

Il était présumé gaulliste de gauche, dans la mouvance de celui qu'il présente comme son mentor, Philippe Seguin. A la lecture de son programme réactionnaire, ce dernier doit se retourner dans sa tombe.
Il devait être le candidat de la droiture et de la probité, et stigmatisait les hommes politiques menacés d'une mise en examen, Sarkozy le premier. Et Fillon de clamer que lui ne resterait jamais ni en poste ni en candidature dans pareille situation. Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà.
Il se voulait le défenseur des valeurs de la République et de la démocratie. Et quand il est taquiné par les juges, il en appelle au peuple contre la justice et les médias, criant à l'assassinat politique et au complot.
Il se voulait honnête et désintéressé, et pendant quinze ans il a rémunéré sa femme 4000€ par mois à ne rien faire, aux frais du Parlement, donc des contribuables. Sans parler des salaires de ses enfants et d'un travail douteux mais grassement rémunéré à la Revue des Deux Mondes. Car quand même, 100 000 euros ce n'est pas rien, près de dix années de smic! 
Il se voulait rassembleur, il a créé un désordre que nul n'aurait pu prédire, et en cas de défaite, ce sera lui le responsable de l'explosion de la droite modérée.
Tout ça pour quoi? Pour acheter et restaurer un château de vingt pièces, et vivre comme ces aristocrates campagnards qui peuplent encore la campagne sarthoise. Pour satisfaire un orgueil démesuré, frustré par cinq années de "collaboration" avec Sarkozy. 

Il est à l'image de la société

Par orgueil et volonté du pouvoir, Fillon n'a pas hésité à trahir ses convictions, ou du moins celles qu'il disait avoir, et à se comporter comme un candidat populiste et vaguement totalitaire.

A ce titre, il est à l'image de la société dans laquelle vit le monde entier, une société dominée par les plus avides de pouvoir et d'argent. Ceux-là ne transigent pas sur les moyens, tout leur est permis pour arriver à leurs fins, et leur éthique se résume à la satisfaction de leur cupidité.
Ainsi en est-il de ceux qu'on nomme capitaines d'industrie, qui n'hésitent pas à supprimer des milliers de postes dans les sociétés qu'ils viennent d'acquérir, totalement indifférents au malheur injustement causé aux personnes licenciées. Pour eux, le monde est un monopoly casino, on achète et on vend des entreprises comme des pots de yaourt, on se rembourse par les suppressions de poste, qui font apparaître un bénéfice provisoire et leur permettent de vendre à marge positive une société qu'ils ont condamnée en la vidant de sa substance.

Le capitalisme exacerbé qui imprègne le monde hisse la cupidité au rang de valeur suprême, rangeant l'éthique et les valeurs dans le placard des empêchements de "cupiditer" en rond.
Ainsi s'est comporté Fillon, ainsi se comportent les milliers de personnes qui le soutiennent encore, et montrent par là une inquiétante radicalisation soulignée par Juppé.
Ainsi se comporte finalement le parti LR, qui n'a pas osé aller au bout de ses doutes, et qui s'engage dans la bataille fillonesque, au risque d'être tous détruits par l'explosion du parti en cas de défaite au premier tour.               
 

La droite modérée a donc un candidat menteur, parjure, voleur, tricheur, et populiste pour la représenter. S'il était élu, quelle serait sa crédibilité face aux français pour appliquer rigueur et austérité en économie, respect du droit de la justice en matière de sécurité? Quelle serait sa crédibilité à l'étranger, où jamais un Fillon aurait pu se maintenir à la candidature avec de telles casseroles et de tels mensonges?

La réussite de Fillon à se maintenir dans la course, l'impuissance du parti LR à l'en faire sortir, le soutien contre vents et marées de ses partisans devenus aveugles et fanatiques, révèlent une société en perdition, où les valeurs ne servent plus à limiter les excès des plus cupides. La poursuite de la candidature de Fillon baffoue les valeurs républicaines, enfoncées par l'ambition personnelle.

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