Et si Baroin n'avait pas tout compris

BaroinFrançois Baroin regrette la démission de Bruno Le Roux, invoquant le secret de l'instruction et la présomption d'innocence. Le grand bourgeois et présumé candidat Premier Ministre montre là ses limites; il n'a rien compris aux évolutions des moeurs et mentalités qui sont celles du monde d'aujourd'hui. Ou pire, il ne veut pas les voir.

Baroin reste dominé par l'opportunisme politicien, pratique condamnée à l'obsolescence, car rejetée par une part croissante de l'opinion. Face à un Fillon englué dans un nombre croissant d'affaires, et qui trahit la parole donnée de ne pas être candidat s'il devait être mis en examen, la décision de Bruno Le Roux est le contre-exemple qui souligne la duplicité du candidat des LR. C'est sûr que cela ne peut que déplaire au soutien le plus opportuniste de Fillon qu'est François Baroin.
Cahuzac est reste 4 mois ministre quand le scandale a éclaté. Que disaient Baroin et ses amis? Qu'il devait rester ministre jusqu'à sa condamnation?

Surtout, Baroin ignore ou feint d'ignorer deux choses essentielles.

La première, c'est que les français, et surtout les plus faibles, les plus fragiles, ceux qui profitent peu ou même pâtissent de la mondialisation, ceux qui ne se reconnaissent pas dans une assemblée de notables aisés dont fait partie l'impeccable Baroin, en ont marre d'une classe politique dont ils ont l'impression qu'elle les ignore, et qu'ils voient vénale et corrompue. Les LR, impuissants et résignés, ont maintenu un candidat dont on voit chaque jour que les actes étaient loin de la parole. C'est mauvais pour les LR, mais ça c'est leur problème. C'est surtout mauvais pour la France et sa démocratie. Car quand les français dans leur majorité ne croiront plus dans leurs représentants, c'en sera fini de la démocratie. La porte sera ouverte à toutes les aventures, et l'Histoire nous montre à quoi cela peut mener.

Le monde change

La deuxième, qui n'a pas dû quand même échapper à Baroin, c'est que le monde change. L'information à la française où on ne parlait pas des personnes mais seulement des faits et de leur analyse est révolue.
L'investigation a repris la place qu'elle n'aurait jamais dû perdre dans le journalisme, à l'instar de ce qui se passe dans les autres démocraties. N'est-ce pas là d'ailleurs la meilleure garantie d'avoir plus de probité? 
Avec l'explosion de l'Internet et des réseaux sociaux, la quantité d'informations et sa rapidité de diffusion ont crû exponentiellement, et que cela plaise ou non, on ne peut l'ignorer.
Avec les réseaux sociaux, la parole est donnée à des gens qui étaient exclus des grands médias et étaient condamnés à se taire. Finis les médias respectueux et complices des politiques. Ils sont désormais obligés de mouiller la chemise pour suivre voire précéder les réseaux sociaux, au risque autrement de se ringardiser et perdre toute crédibilité.
Désormais, faux amis et vrais ennemis ne se privent plus de diffusee sur twitter ou d'adressent discrètement aux médias les infos qui les arrangent et qui vont déranger.
Faut-il alors que les médias les ignorent, quand elles font le buzz sur facebook et twitter?
Le secret de l'instruction pour les personnalités connues, c'est fini. Il se trouvera toujours quelqu'un, bien intentionné ou non, pour faire circuler des informations, que la presse ne pourra ignorer, même si elle le souhaite.

Ca amène des excès, qui se corrigeront avec le temps, les citoyens ne sont pas tous si bêtes qu'ils ne savent pas faire la différence entre l'important et le léger. Mais que les politiques prennent bien conscience que leurs petites magouilles seront plus couramment exposées, et que leur impunité passée sera plus difficile à maintenir!

 

Vers une démocratie à la russe?

Baroin feint d'ignorer, ou alors il est aveugle, que dans les autres démocraties occidentales, un Fillon n'aurait jamais pu maintenir sa candidature.
Il feint d'ignorer que les français sont de plus en plus nombreux à exiger de leurs représentants et ministres un comportement "impeccable", c'est à dire voué à l'intérêt général plus qu'à leurs petits intérêts particuliers.
Il feint d'ignorer, ou ignore peut-être, que de plus en plus de français se sentent déclassés, ou en peur de l'être. Qu'ils ont peur pour eux-mêmes et leurs enfants, parce que la précarité les a rattrappés ou est à leur porte.
Il feint d'ignorer que la mondialisation et le capitalisme forcené qui la soutient relègue sur le bord du chemin un nombre croissant de personnes qui n'ont pas démérité pour autant, et qui se sentent victimes d'injustice. Ceux-la supportent de moins en moins les turpitudes impunies de ceux qui les dirigent. 
Il feint d'ignorer, mais peut-être que cela lui est indifférent, que son candidat aime trop l'argent, et que cela fait de lui un homme prêt à trahir la parole donnée, que cela le met sous influence, et pas des plus estimables, que cela lui ôte une grande part de sa crédibilité en France comme à l'étranger.

Il faudra que les politiques s'y fassent, l'opinion aura de plus en plus connaissance des petites magouilles, et les tolèrera de moins en moins. Sauf à aller vers une "démocratie" à la Poutine, qui séduit sans aucun doute le FN. Mais peut-être séduit-elle aussi Fillon et d'autres! 

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