La gueule de bois est pour demain

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  • Le 18/05/2020
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Le monde nouveau ne surviendra pas comme par miracle après la crise. L'urgence est de faire repartir la machine et de sauver des millions d'emplois. Mais des changements déjà initiés avant la crise sanitaire pourraient s'accélérer. Le monde changera, ou pas, selon la volonté des entreprises, des politiques et de l'opinion. Et si la réalité financière le permet.


"Business as usual" dans l'immédiat


L'heure n'est pas à la révolution verte et sociale attendue par certains. La priorité n'est pas de fermer Airbus et les compagnies aériennes, ni les usines automobiles, chimiques, nucléaires, mais de remettre la France au travail pour sauver des dizaines de milliers d'emplois. C'est à dire des vies.
Presque "business as usual", parce qu'un pays qui ne produit plus rien est mort, et sa population avec.

Les entreprises sont dans les starting-blocks, on reparle de compétitivité, chiffre d'affaires, chômage partiel, allègement des charges, et les prêts à bon compte sont là pour ça.

Tout le monde l'attend, y compris les salariés, las du confinement, et les indépendants pour qui l'arrêt de l'activité est la mort annoncée.

 

La crise peut être un accélérateur des tendances pasées

Fini le rêve du libre-échange

 

 

 


Une économie plus verte

 

 

 

 

Au-delà des simples équilibres

La mondialisation avait déjà du plomb dans l'aile, et Trump y a joué son rôle en sonnant le glas du multi-latéralisme.

En révélant notre dépendance à l'Asie et la Chine en particulier sur des biens aussi précieux que les vaccins, masques de protection et autres petits matériels de dépistage, la crise à montré la faiblesse qui est dorénavant celle de l'occident vis à vis de l'Asie.
L'air du temps est au souverainisme économique, donc à la relocalisation, et à l'arrêt des délocalisations. Il remplace celui du libre-échangisme, présenté par beaucoup comme la cause de tous nos maux. 

Même s'il n'y a pas de lien entre la crise climatique et environnementale et le covid, le virus a été mis à profit pour mettre en avant la nécessité d'une transformation profonde de nos économies. 
Le mouvement est amorcé depuis longtemps déjà, mais reconnaissons que les entreprises sont plus vertes dans le discours que dans les actes, et les politiques sont tétanisés à l'idée des milliers d'emplois qui pourraient être supprimés.
Les COP 21 et suivantes établissent des constats sur lesquels tous les états sont d'accord (sauf les US), mais on sait que les actes ne suivent pas, et aucun renversement de tendance n'est constaté nulle part.

Les équilibres comptables et la maîtrise de la dette ont été les priorités des années passées. Les moyens sont devenus des fins, la crise sanitaire a révélé la nécessité de politiques industrielles et de priorités sectorielles. Le secteur public a été géré comme l'entreprise capitaliste, avec à leur tête des gestionnaires bons petits soldats, à qui étaient fixé un seul objectif : la maîtrise des coûts.

 

Des nouvelles évolutions

Les derniers de cordée

 

 

 

 

 


Le télé-travail

 

 

 

 

On parle depuis longtemps sur ce site des derniers de cordées, ces centaines de milliers de travailleurs sous-rémunérés, mal traités, non considérés, sans qui pourtant aucune entreprise n'existe. La crise sanitaire les a projetés au-devant de la scène. Que serions-nous devenus sans ces infirmir(e)s, aides-soignant(e)s, livreurs, caissières, magasiniers, qui ont permis que l'économie tourne, pendant que les bureaucrates télétravaillaient, à la campagne pour certains ?
C'est malheureux à dire, c'est un choc pour les élites aveugles, qui telle la mouche du coche pensaient qu'à elles seules , elles faisaient tourner la machine.
Il semble que la situation des agents hospitaliers sera revue très sensiblement. Mais les livreurs ? caissières ? les employés à la logistique ? le personnel de ménage ? les ouvriers dits non qualifiés, ceux du BTP ? 

 

Il n'arrivait pas à percer en France, et alors que les applications en plate-forme permettaient son développement, les entreprises ont fait tout le contraire, et mis en oeuvre depuis deux décennies le regroupement physiquement centralisé des équipes. Les banques en sont le plus bel exemple, qui ont supprimé les back-offices dans les agences, pour les regrouper soit dans des régions, soit dans un lieu unique.
Le télé-travail va s'installer durablement dans l'entreprise, et beaucoup de salariés se partageront entre le travail sur place ou à domicile.

 

Des dangers qui pourraient tout empêcher

Le boomerang de la réalité financière

 


 

 

Retour de l'inflation

Les états vont ressortir exangues de la crise.

Les finances publiques vont être dans un état que personne n'aurait jamais pu imaginer. A juste raison sans doute, l'Etat français distribue des milliards, faisant fi des règles de rigueur qu'on nous présentait comme incontournables. Certains nous disent que ce n'est pas grâve, tentant de nous démontrer le contraire de leurs convictions "d'avant", à savoir que la dette n'est pas un problème tant que les taux d'intérêt sont bas.
Il reste que la dette est appelée à être remboursée, car à monter indéfiniment, un jour viendra, immanquablement, où la confiance cessera, et la catastrophe emportera tout.


On est depuis des années dans un monde sans inflation. Comme on a du mal à prévoir tout retournement de situation qui paraît installée, on gage que cela perdurera. C'est oublier que la France a vecu depuis la guerre essentiellement dans l'inflation, et que la sortie de la crise sanitaire est propice à son retour.
Si la mondialisation a eu tant de succès, c'est bien parce qu'elle n'a pas profité seulement aux pays en voie de développement. Mais parce qu'elle a généré dans les pays développés des baisses de prix considérables, qui ont conforté le pouvoir d'achat sans que cela coûte un sou aux entreprises.
La mondialisation est la cause première de l'absence d'inflation.
La relocalisation, des barrières douanières plus protectrices, la priorité au "made in France" entraîneront des hausse des prix, comme on l'a vu tout récemment pour les produits agricoles français qui ont remplacé les espagnols ou les marocains. 
Le risque de retour de l'inflation n'est pas à prendre à la légère, même si la plupart des économistes le réfute aujourd'hui. Il entraînera baisse du pouvoir d'achat et revendications salariales, perte de confiance des marchés et hausse des taux d'intérêts, alourdissement du poids de la dette. On l'a oublié, mais l'engrenage de l'inflation est une chose terrifiante, qui met à bas les économies et ruine les populations.

 

La gueule de bois est pour demain

 

Environnement, social, souverainisme, secteur public, autant de choses qui étaient ignorées par le candidat Macron, dont le logiciel était mondialisation, économies, allègement du rôle de l'Etat, adaptation à la modernité, baisse de coût de la protection sociale.

Quelque soit l'acteur qui engagera la France dans ces nouvelles orientations, qui semblent partout devoir remplacer les anciens paradigmes, les risques sont énormes.

Les chances de réussite sont nulles si la France n'est pas soutenue par une Europe consciente des enjeux et de sa force potentielle. Car un jour viendra où la réalité financière sera aveuglante. La "générosité" de la France, louée partout sauf par les français, va nous positionner en queue des pays européens, et la France sera en position de faiblesse vis à vis des autres pays, de la Commission et de la BCE.

On n'en est pas là, aujourd'hui c'est la fête, on sort du confinement, l'état français tant haï mais duqel on attend tout, distribue sans compter, l'économie repart petit à petit.

La gueule de bois est pour demain.

 

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