Plan emploi - encore un !

EmploiManuel Valls annonce pour janvier un nième plan de relance de l'emploi. Prudent, le Médef le précède et annonce le sien dès maintenant.

Le Médef a raison quand il dit que les entreprises sont la clé de la réussite.
Hommes politiques, citoyens, tous nous voulons oublier que l'emploi dépend des entreprises avant de dépendre de l'Etat.
Le patronnat entonne son refrain bien connu, la condition sine qua non d'une reprise de l'embauche, c'est la baisse des charges. Et de proposer une exonération totale de charges pendant deux ans pour les nouveaux embauchés, des charges dégressives pour les seniors afin de retarder une mise à la retraite que pourtant le Médef a voulu et veut toujours le plus tard possible.
Une entreprise va-t-elle embaucher seulement parce qu'elle n'aura pas à payer les charges?
Evidemment non. Les charges la fera-telle renoncer à l'embauche si la demande est là ? Si oui, alors la direction de l'entreprise commet une faute, car elle ouvre la porte à la concurrence, éventuellement étrangère, et se condamne à végéter et/ou à disparaître.
Dans la vision du Médef, il y a le méchant Etat, qui prélève charges et impôts, et la gentille entreprise, qui crée richesses et emplois. Un peu simpliste, non? Pourquoi les entreprises allemandes dégagent-elles une balance commerciale excédentaire de 100 milliards d'euros, alors que les françaises génèrent le même chiffre, mais en perte? Les charges ? Allons donc, l'Allemagne n'est pas un pays sous-développé, et, tout compris, les charges n'expliquent qu'une petite partie de la problématique.
N'est-ce pas plutôt parce que les entreprises allemandes, grandes et moyennes, ont un dynamisme, notamment à l'exportation, bien supérieur aux boites françaises. Pour beaucoup d'entreprises allemandes, comme anglaises, suédoises, leur jardin, c'est le monde. Pas en France. 
N'est-ce pas parce que les entrepreneurs n'ont pas su devenir les entreprises moyennes qui font la force de l'Allemagne, c'est à dire assez fortes, structurées et audacieuses, pour s'engager à l'exportation, où les résultats sont longs à venir, et les risques plus grands?
N'est-ce pas aussi parce que le consommateur allemand est sensiblement plus patriote que son congénère français? Pourquoi est-ce que les patrons français roulent en BMW ou Mercédès? A cause des charges qui pèsent sur le smic, ou parce que rouler dans une grosse cylindrée allemande est cebsée afficher mieux sa réussite?
Les charges peuvent-elles expliquer seules la désertification industrielle engagée en France depuis 30 ans? Une grande part de l'industrie française a succombé face à la concurrence des pays de l'Est d'abord, de l'Asie ensuite. Seulement à cause des charges, ou à cause d'une gestion inefficiente ? Pourquoi l'Allemagne a-t-elle tiré son épingle du jeu?
C'est trop facile de ne jamais se remettre en cause, et de se contenter de dire que si on est incapable de survivre, c'est à cause des autres, surtout de l'Etat.
Les salariés n'ont pas les revenus des dirigeants du Médef. La couverture sociale n'est pas un luxe pour eux. Si l'entreprise en est exemptée, c'est l'Etat qui paiera, d'une manière ou d'une autre, par le biais des impôts. Pourquoi pas, mais dans ce cas c'est la consommation qui en pâtira, et donc la bonne santé de l'entreprise. On se mord la queue. Avec le risque qu'au bout des deux ans le salarié embauché sans charges se fasse virer au profit d'un autre exonéré.
Dans l'état actuel du système capitaliste qui nous gouverne, le seul facteur d'embauche, c'est la demande. Sans accroissement de la demande, l'entreprise n'embauchera pas, avec ou sans charges. Une augmentation du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes est le meilleur remède pour réveiller une économie atone. Seulement on recueillerait les foudres de la bien-pensance, patronat, institutions monétaires européennes et mondiales. Le smic n'a pas reçu de coup de pouce lundi dernier. Aucune réaction nulle part, ni à droite, on s'en doute, ni à gauche, qui ne défend plus les plus modestes.
Alors tout le monde attend le nouveau plan Valls, dont on sait qu'il ne fera pas mieux que ceux lancés et re-lancés sous Sarkozy, Chirac, Mitterrand, Giscard. On va créer des milliers d'emplois aidés et sous-payés, qui ne dureront que le temps de l'allègement des charges, on va augmenter les impôts des classes moyennes pour payer tout ça. Et la consommation baissera parce qu'on aura appauvri les français.
C'est bon pour l'environnement, mais pas pour l'emploi.