Responsable mais pas coupable

Catherine Lagarde a été déclarée responsable, mais pas coupable. Elle sort libre après un jugement auquel elle n'a pas même daigné assister, et qui symbolise trop la lâcheté de la démocratie française, celle-la même qui alimente le populisme.

Elle est distinguée, compétente, plutôt sympathique, pas politicienne. Fallait-il pour autant la blanchir de toute sanction d'une faute dont la Haute Cour de Justice l'a reconnue coupable?

La faute de Christine Lagarde est d'avoir laissé faire. Laissé faire son directeur de cabinet et le président de la république, Sarkozy. Car ce sont eux que Tapie a harcelé pour les convaincre de lui verser 400 millions d'euros que LCL lui aurait indûment pris. Lagarde était "jeune" ministre, venant de la société civile, nommée ministre par Sarkozy. Elle ne pouvait pas s'opposer au grand chef, sauf à démissionner. Elle aurait pu le faire, elle a préféré se compromettre avec sa conscience, avaler la couleuvre Tapie, pour poursuivre son rôle de ministre.
Responsable elle l'est, responsable de s'être tue, de ne s'être pas opposée, au risque de devoir démisionner.

Coupable elle l'est, coupable d'avoir préféré les honneurs et la fonction, plutôt que l'éthique et la morale. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Elle a préféré fermer sa gueule, d'autres sont sanctionnés de leur silence. Ca s'appelle complicité.

Car quand même, un autre jugement a condamné Tapie à rendre ces fameux 400 millions, soit le salaire annuel de 30 000 smicards! Cela veut bien dire que le premier versement n'allait pas de soi, qu'il était bien litigieux, abusif. Il ne s'agit pas de quelques milliers d'euros distribués légèrement, mais de rendre à un personnage à la moralité douteuse des sommes que la justice l'avait condamné à payer. Le silence de Lagarde est bien coupable et mérite sanction.

Au-delà du procès Lagarde, il en est un dont le nom n'a jamais été cité, au moins à la télévision. C'est évidemment celui de Sarkozy. Car c'est bien lui l'initiateur de ce scandaleux remboursement, lui que Tapie allait voir tous les soirs dans son palais, et ce sont bien ses conseillers, avec Stéphane Richard, directeur de Cabinet de Lagarde mais de Montebourg précédemment, qui ont reçu Tapie et dressé le montage honteux.

Les vrais coupables, ce sont eux. Richard et Sarkozy. Or Richard a refusé de témoigner. Si un péquin ordinaire refuse de témoigner, quelles pressions subit-il? Et Sarkozy se prélasse aux frais de la république, et n'est nullement inquiété dans cette affaire. Son nom a-t-il été seulement cité.

En général dans ces affaires politiques, on sanctionne un sous-fifre qui fait office de fusible. Même pas de fusible ici, tout le monde est blanc comme neige, 400 millions d'euros ont été anormalement payés à un personnage sulfureux, mais circulez bonnes gens, y a rien à voir.

Comment voulez vous que le peuple se reconnaisse dans cette caricature de justice, dans ces pseudo élites qui s'auto-congratulent et s'auto-amnistient à qui mieux mieux. La justice et le monde politique français sont incapables de se sanctionner quand des fautes sont commises, et les Balkany continuent à s'enrichir, et les Richard à diriger en rond en se versant de très confortables revenus.

Pourquoi est-il impossible en France d'appliquer au politique, au pdg, la même sévérité qu'à la caissière de supermarché? Pourtant la faute des premiers est bien plus grave, car ils sont les guides de la nation, ceux qui devraient donner le bon exemple, alors qu'ils en donnent trop souvent le mauvais.
Leurs errements sont condamnables, ils mettent la démocratie en danger, le peuple se désolidarisant peu à peu de ces élites qui prennent palaisir à transgresser les lois qu'ils éditent mais dont ils se dispensent de l'application pour eux-mêmes.

Il ne faudra pas pleurer le jour où la smala Le Pen et consors arrivera au pouvoir. C'est que l'écoeurement aura atteint la majorité de la population.