Bonne année

Bonne anneeL'année 2016 s'achève, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises, et son cortège de malheurs. Les britanniques ont voté pour quitter l'Europe, les américains ont élu à la tête de la plus grande puissance mondiale un démago caractériel, imprévisible et sans expérience politique,

... Daech perd du terrain, mais il est encore bien vivant, et laisse derrière lui des pays en ruine et en guerre civile. La diplomatie russe a repris du poil de la bête, et se positionne en maîtresse du jeu au Moyen-Orient, excluant Etats-Unis et Europe. Le terrorisme frappe toujours un peu partout, récupérant les déçus d'une société matérialiste et égoïste dans laquelle ils ne trouvent pas les moyens ou l'envie de s'intégrer. L'argent a continué de dominer le monde, les revenus des stars du foot, du showbiz ou des affaires continuant leur amorale progression, tandis que le pouvoir d'achat des salariés régresse, et que pauvreté et précarité poursuivent leur affligeante banalisation.
Le monde de l'entreprise poursuit sa route vers la déshumanisation.
D'un côté, travailler plus pour gagner pareil, licenciements plus aisés, délocalisations, fermetures d'entreprises pour des seules raisons de profitabilité, fusions acquisitions destructrices d'emploi et de qualité du service client, course sans fin à la productivité engendrant perte de sens et de bonheur au travail, placardisation d'un nombre croissant de gens dès l'âge de la cinquantaine, distribution des profits aux actionnaires et dirigeants plutôt qu'aux salariés, créateurs pourtant de la richesse.
De l'autre côté, un chômage qui ne faiblit pas, et si on doit saluer les tout derniers chiffres, ils sont encore fragiles et tiennent plus à la la hausse de la formation qu'à l'embauche.

Notre modèle de développement est malade

Il repose tout entier sur la croissance de la production de biens et services, censée apporter richesse et emploi. Or la course sans fin vers le profit a pour instrument privilégié l'augmentation continue de la productivité, qui soumett l'emploi à l'obligation de taux de croissance de plus en plus forts pour seulement maintenir son niveau.
En même temps, production et croissance détruisent notre planète, on ne sait plus que faire de nos déchets, déforestation et pollution de l'air rendent le ciel irrespirable et pourraient conduire à la destruction de la Terre par le réchauffement climatique qu'ils génèrent, la malbouffe industrielle entraîne cancers et malformations, les inégalités s'accroissent, alors qu'elles avaient eu tendance à diminuer dans les trente glorieuses.
On croyait au progrès au 18ème s., les sceptiques dominent au 21ème dans les pays qui l'ont mis en oeuvre, même si les inventions se succèdent.

Le capitalisme débridé qui a succédé à la fin du communisme semble conduirait-il le monde à sa ruine? Quelques uns le voient, le disent, qui n'ont aucun pouvoir pour inverser les choses. La COP 21 a été un immense succès ... sans suite probablement.
Après la crise de 2008 et le "plus jamais ça", les ténors de la finance ont repris le commandement. Les spéculations vont bon train, la banque de spéculation est celle qui génère les profits des banques, scotchées par des taux d'intérêts bas, des contraintes réglementaires ruineuses et des populations surbancarisées. Dix anciens de Goldman Sachs vont gouverner avec Trump! On va continuer à profiter en rond, à exploiter le gaz de schiste en rond, à guerroyer en rond, à vendre des armes au monde entier, directement ou par le biais d'intermédiaires qui cohabitent sulfureusement avec les Etats. Dirigeants et actionnaires s'approprient l'essentiel des progrès de productivité, au lieu d'en permettre la contribution à l'aménagement du temps de travail, à un partage plus équitable des salaires et de l'emploi. 
Une concurrence suicidaire sert de prétexte à un mode de gestion qui broye les vies et rabaisse l'homme au rang d'un simple paramètre de gestion.

Sans collaboration supranationale, pas de salut

Le rêve européen est brisé, comme celui d'une société mondiale.
Pourtant les virages souhaitables ne pourront être pris qu'avec la collaboration du monde entier. Aucun pays isolé, même le plus grand, ne peut inverser la courbe du monde. Le capitalisme est mondial, il est le système économique choisi, de gré ou par nécessité, par le monde entier. Modifier seul la règle du jeu, c'est s'exclure du jeu, et risquer de se ringardiser et de disparaitre. Les réglementations commerciales et financières nécessaires à un monde plus sain, plus éthique, plus généreux, ne peuvent s'envisager que mondialement. On en est encore bien loin, à un moment bien bizarre de l'histoire où on voit renaître un nationalisme égoïste et guerrier qu'on pouvait penser à jamais rangé dans la malle des idées périmées. L'ONU  est moquée par tous, l'Europe se délite et ne fait plus rêver grand monde, quand elle n'agit pas même comme repoussoir.
Nombreux sont ceux qui aspirent à changer le monde, mais ne veulent pas d'autorités supranationales. Pourtant rien ne changera si on ne s'accorde pas à changer ensemble. Le repli sur soi derrière des frontières présumées protectrices est une illusion, le bon vieux temps, si tant est qu'il ait jamais été bon, ne reviendra pas par le miracle des douaniers.

Les mentalités doivent changer, le pouvoir des multi-nationales doit être mâté, les coopérations supranationales doivent faire naître de nouvelles règles et des bonnes pratiques. On est entré dans une période où on fait le contraire. Et comme toujours, c'est quand la catastrophe nous mettra au pied du mur qu'on réagira.
D'ici là, chacun dans son coin continuera à tirer la couverture à soi, pour son emploi, pour plus de salaire, pour plus de dividendes, de retraite chapeau et de stock-options, pour plus de pouvoir, plus de puissance, pour plus de gloriole.

Bonne année quand même.