Peut-on encore être à gauche?

Nous sommes en plein dans les primaires de la gauche, du moins celles du Parti socialiste. Les uns et les autres parlent dans les médias, tentent comme ils peuvent de se démarquer des concurrents, en évitant soigneusement d'ouvrir le débat fondamental: dans un capitalisme mondialisé, y a-t-il une place pour la gauche?

Gauche et socialisme

Longtemps la gauche, et c'est encore vrai aujourd'hui pour une large part, s'est identifiée au socialisme, présenté comme une alternative au capitalisme en tant que système économique. Un des moyens de rompre avec le capitalisme était l'appropriation collective des moyens de production, pratiquée largement dans l'ancienne URSS, et engagée par l'Union de la gauche en 1981.
De l'eau a coulé sous les ponts depuis, l'URSS et le bloc soviétique ont explosé, faisant du socialisme un des grands échecs de l'histoire. Les entreprises russes désuètes, obsolètes, mal gérées, ont toutes été rendues aux capitalistes, et il ne reste rien du rêve communiste. La même gauche française qui avait nationalisé a rendu les entreprises au privé quelques années après. Si on excepte la Corée du Nord et Cuba, aucun pays n'est plus aujourd'hui en faveur de l'appropriation collective des moyens de production. 

Le nom de Parti socialiste n'en demeure pas moins, et quand Valls a tenté de modifier le nom du parti pour l'adapter à la réalité, toute la gauche a crié au sacrilège.

Alors qu'est-ce que la gauche, si ce n'est plus l'appropriation collective des moyens de production? Qu'est-ce que la gauche si, après la faillite démontrée des pays ayant mis en oeuvre le socialisme, l'objectif n'est plus de renverser le capitalisme pour la mise en place d'un système alternatif dont le moteur ne serait pas les détention du capital et du profit? 

Réformisme social

Tous à gauche se sont résolus à ce nouveau rôle, en le disant plus ou moins clairement : corriger, un peu, le capitalisme pour protéger les plus faibles, les plus fragiles, et faire en sorte que les inégalités ne s'accroissent pas démesurément, à défaut de les voir diminuer.
Aucun des candidats de gauche, y compris Mélanchon, ne vise à mettre fin au capitalisme pour instaurer un autre système économique. La gauche n'est donc plus maintenant qu'un adoucisseur social, pour rendre le capitalisme moins cruel pour les plus faibles, pour faire que l'exploitation de l'homme inhérente au capitalisme soit la moins douloureuse possible. La gauche est devenue réformatrice et non plus révolutionnaire, même si certains refusent d'admettre cette vérité.

 

Quelle place pour la réforme?

Or, dans le capitalisme mondialisé qui impose sa loi au monde depuis les années 80, peut-on vraiment pratiquer des politiques dites de gauche, c'est à dire sociale, au profit des plus faibles et des plus modestes? La globalisation a porté comme loi suprême la compétitivité, sans laquelle l'entreprise doit disparaître. Et les entreprises mondialisées gouvernent au-delà des Etats, qu'elles mettent en concurrence pour leurs seuls intérêts.
Alors quelle est la marge de manoeuvre d'un gouvernement pour imposer une politique de gauche?

Avec la mondialisation, les grandes entreprises logent leurs profits là où les taux d'imposition sont les moins chers. Les riches particuliers en font tout autant, conseillés par les banques privées des grands établissements bancaires, dont c'est la principale raison d'être. Pour ne pas s'appauvrir et continuer à financer ses dépenses, l'Etat augmente la pression fiscale sur les classes dites moyennes.
L'Etat étant fauché, les salaires publics n'augementent plus. Pas plus que les salaires du secteur privé, compétitivité oblige, et seuls les cadres passent encore de temps en temps à la caisse, puisque ce sont eux qui mobilisent les troupes et innovent. 

Un grand nombre d'entreprises disparaissent, naturellement ou victimes de la concurrence. On a besoin des investissements étrangers pour innover, créer, racheter les entreprises à vendre. En un mot, il faut que la France soit attractive, c'est à dire avoir des bas salaires, une fiscalité légère, une réglementation sociale souple. Rien qui soit vraiement à gauche.
   

La conservation des acquis, seul message de la gauche

Le message de la gauche aujourd'hui se résume à la conservation des acquis sociaux, ceux de 1945 ou de 1981. Heureusement que Fillon a commis l'énorme bourde de s'attaquer à la Sécurité sociale, car autrement qu'est-ce qui distinguerait le discours de la droite de ceux de Valls, Fillon et les autres? Où est la différence entre Juppé d'une part, Valls, Peillon, Montebourg, Macron?

Deux discours quand même marquent une différence.

Celui de Benoit Hamon d'abord, avec son revenu universel, séduisant mais repoussant à la fois. Séduisant parce que pouvant être un instrument à même de repousser la grande pauvreté. Et aussi parce que suceprtible de relancer l'économie par une hausse de la demande. Repoussant parce que s'attaquant quelque part à la valeur travail, fondement de nos sociétés. Repoussant aussi parce que coûteux, sans que le financement en soit bien assuré. 
Celui de Mélanchon ensuite. Sans remettre les fondements en cause, il préconise une forte revalorisation du pouvoir d'achat des plus modestes, +16% pour le smic par exemple. Mais il a abandonné l'idée d'un smic à 1700€, il ne parle pas des autres salaires, ni de ceux de la fonction publique, ni des retraites inférieures à 1000 euros.

Mais même ces deux discours ne sont pas une rupture avec le capitalisme. Et n'impacteront pas vraiment la vie des gens, sauf peut-être le revenu universel (dont on peut douter de la mise en oeuvre).

Le capitalisme est au meilleur de sa forme. Les détenteurs de capitaux, actionnaires et élites dirigeantes, gouvernent sans partage. Ils ont les clés du monde, et la gauche française est bien impuissante à le changer. Le dire n'est pas électoral, le taire, c'est risquer de décevoir et se discréditer à terme.
Le vrai problème du monde, c'est le capitalisme. Et aucun pays ne pourra le changer tout seul. Mais, ça, on n'en parle pas. 

politique