Et l'Europe ?

Tous les cinq ans, on assiste au jeu de la vérité des hommes politiques, qui viennent présenter aux français leur regard sur le monde, et exposer leur programme pour que tout aille mieux. Double jeu même, si on ajoute les primaires à l'élection présidentielle elle-même. Qu'en ressort-il?

D'abord les primaires de la droite. Les candidats sont venus nous présenter leur foi dans le libéralisme et le capitalisme, et tenté de nous convaincre, qu'anciens président, premier ministre ou ministre, ils avaient trouvé la martingale pour résoudre nos maux, et que demain, présidents, ils sauraient faire ce qu'ils n'ont pas su faire dans leurs responsabilités précédentes.
Et tous de parler de budget, dette publique, baisse d'impôts, baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des charges sociales, des dépenses de la Sécurité sociale. En un mot, tout est bon dans le capitalisme, y a rien à jeter, il suffit de baisser drastiquement les dépenses publiques, et tout redeviendra comme dans le meilleur des mondes. A droite, on a jeté Keynes aux orties.

Les primaires de la gauche ensuite. Les candidats sont venus nous présenter leur foi dans le libéralisme, bien conscients qu'ils sont que le socialisme est à ranger dans le placard des utopies. On baisse aussi les dépenses publiques, mais un peu moins, un peu moins vite. On n'augmente plus les impôts non plus, car on sait que l'impôt n'est plus une charge que pour la classe moyenne, et on fait mine de faire un peu de social en revendiquant la conservation de quelques acquis sociaux.
On se tait pudiquement sur la puissante montée des inégalités, et sur la stagnation du pouvoir d'achat des classes populaires et moyenne. Gauche et droite ont adopté la théorie de l'offre, qui veut que pour relancer l'économie, il faut donner de l'air aux entreprises pour qu'elles puissent investir et innover. C'est oublier le bon sens, qui veut que l'entreprise n'investit pas quand il n'y a pas de demande. La protection des plus modestes n'est plus à l'ordre du jour, la juste rémunération du travail encore moins, alors même que le smic est ridiculement bas et ne permet pas de vivre, et que la précarisation et l'ubérisation s'étendent dangereusement.

On ne dit rien, ou presque rien sur l'Europe, qui est présumée rencontrer l'hostilité des électeurs, et donc pas un bon sujet pour un candidat.

On parle un peu de protectionisme, parce qu'on a pris enfin conscience que l'industrie française avait payé le prix fort face à la concurrence internationale. Sans se poser la question de savoir pourquoi l'industrie allemande s'en tire bien mieux que nous.

On ne parle pas de cette évolution mortifère du capitalisme, qui érige le profit en moteur et juge suprême de l'activité des hommes, au point d'ôter au travail une grande partie de son sens, de nourrir le chômage en localisant les entreprises là où les coûts sont les plus bas, en favorisant l'évasion fiscale via les banques privées et fonds d'investissements logés dans les paradis fiscaux.

 

La vraie question

Ces débats qui agitent les opinions ne sont pas encore totalement dans les têtes des politiques, trop fermés au monde réel dans les lambris dorés des palais de la république, et trop frileux pour oser s'attaquer aux représentants les plus féroces du capitalisme financier mondialisé.

L'essentiel du débat aujourd'hui n'est plus entre la gauche et la droite, qui sont dorénavant d'accord sur le fond, et appliquent les mêmes programmes, avec la même inefficacité, quand elles sont au pouvoir.

La vraie question est entre l'extême droite et le reste des partis: la France doit-elle rester dans l'Europe, et dans quelle Europe, ou doit-elle se renfermer derrière des barrières douanières protectrices, même au prix de quitter l'Europe?
Là est le vrai débat, s'engagera-t-il en ces termes au second tour des présidentielles. La question aurait paru surréaliste il y a encore quelques mois. Mais la montée en Europe de tous les populismes, le choix des britaniques du Brexit, les tirades anti-européennes de Trump, rendent maheureusement la question d'une actualité brûlante.

L'Europe est attaquée de toutes parts, et peu de voix s'élèvent pour la défendre. Et ceux qui le voudraient le font bien timidement, de peur que ce ne soit pas porteur de suffrages. Face à des hommes politiques convenus et formés au même moule, les populistes ont perçu, avant les autres, le mécontentement des peuples qui s'estiment floués parce qu'ils ne profitent pas justement des fruits de leur travail. Le coupable pour eux, c'est la concurrence internationale et l'absence de barrières douanières  que l'Europe a encouragée. Alors que renaissent les droits de douane, et haro sur l'Europe!

L'Europe est bancale, imparfaite, incomplète, en panne, irritante. Mais elle existe, et a mis des décennies pour être ce qu'elle est. Face à des puissances comme les EU, la Chine, l'Inde, et d'autres, c'est un pari fou que de jouer le solo contre l'union. Il est difficile de démontrer que pas d'Europe serait mieux ou moins bien que la situation actuelle. Mais le risque de démollir ce qui a été si dur à construire, et qui a tant fait rêver, est un risque insensé. L'Allemagne avec son économie forte et sa balance commerciale excédentaire ne risquerait rien à le prendre. Mais les autres? 

A l'heure où tous les problèmes se mondialisent, il serait insensé que les pays d'Europe se referment sur eux-mêmes. Cela ne fera pas revenir chez eux les industries disparues, et cela accélèrera leur obsolescence.
La réponse aux grands problèmes du monde n'est pas "moins d'Europe", mais au contraire "plus d'Europe". Le débat électoral n'est plus entre capitalisme et socialisme, celui-ci a été battu par KO, mais entre isolement à l'abri derrière ses frontières ou présence dans l'arène, mais protégée par une Europe à construire plus bienveillante et soucieuse dl'intêrêt de ses habitants. 
On en est loin pour l'instant.

 

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