Remettre l'humain au centre

Comme on pouvait l'espérait, une partie de la France s'est réveillée, et le succès du FN n'est pas devenu triomphe. Tant mieux, mais nos dirigeants économiques et politiques sauront-ils tirer les leçons ? 

Encore une fois, et c'est tant mieux, le Front National butte au second tour. Tout le monde est rassuré, les politiciens de droite et de gauche veulent y voir la confirmation que leur stratégie était la bonne, les dirigeants d'entreprises que les français ont adopté le marché et la concurrence. Valls reste droit dans ses bottes, il croit comprendre que le 2ème tour est la confirmation que les français valident sa politique. Et tous de continuer à diriger en rond, comme avant. Circulez, il n'y a rien à voir.
Pourtant il y a bien à voir.
Si une majorité de français n'est pas prête à tenter l'aventure de la rupture proposée par le FN ou reste allérgique aux vues réductrices de l'extrême droite, il y a bien une tendance longue qui pousse le Front National vers le pouvoir si les élites dirigeantes ne changent pas de cap. Le vote pour la droite ou la gauche est de plus en plus souvent un vote du rejet du FN plus qu'un vote d'adhésion aux partis traditionnels.
Depuis 2002, l'augmentation du nombre de votes FN est régulière, sauf petits accidents. Et le vote du premier tour des régionales est historique: scores de 40% parfois au premier tour, et 14% des inscrits! Et 6,8 millions de bulletins au 2ème tour, 28% des suffrages exprimés, 15% des inscrits. Un record historique !
Surtout, le FN entraîne l'adhésion des jeunes et des classes populaires, ces dernières ayant quitté massivement la gauche comme la droite. La France la moins aisée ne croit plus dans ses dirigeants, politiques et économiques, et résiste de moins en moins à la tentation du vote du pire, l'extrême droite.

Comment en est-on arrivé là?
Que la France la plus modeste n'espère plus dans le personnel politique traditionnel n'est pas le fruit du hasard. Depuis une bonne vingtaine d'années, le monde s'est considérablement durci. Le système capitaliste domine le monde, avec son jardin, le marché. Le politique a pris le pas sur l'économique, ce dernier s'est mondialisé alors que le politique est resté national, libérant largement les entreprises multi-nationales des contrôles et règlementations qui étaient leur lot avant.
La crise financière systémique de 2008 a amené la rigueur partout, la baisse des coûts et des dépenses publiques devenant l'objectif principal des gestionnaires privés comme publics. L'humain a été sacrifié sur l'autel de la rigueur et du profit.
Plans sociaux à répétition, stagnation du pouvoir d'achat des classes modestes et moyennes, remise en question du role de redistribution des dépenses publiques, effondrement du pouvoir des syndicats, explosion des inégalités, augmentation de la fiscalité, désertification de la rurlité, les français moyens ont trinqué, et peuvent à bon droit s'estimer les sacrifiés du marché.
Il est temps de retrouver son bon sens, et que l'humain reprenne son rang dans la hiérarchie des décisions. On ne doit pas refuser d'augmenter le smic, quand les dirigeants et cadres sup s'octroient des primes et bonus égaux à plusieurs années de smic, quand les profits augmentent et que les dividendes progressent encore plus vite. On ne doit pas faire payer aux ouvriers et employés les erreurs stratégiques des cadres sup et dirigeants, qui de surcroît, malgré leurs erreurs, continuent à se sur-rémunérer, et à gagner des fortunes quand ils se font virer.
La toute puissance du marché et des multi-nationales qui vont avec, ont détruit les valeurs qui ont pu animer le monde d'il y a quelques années. L'humain a été sacrifié, le profit est devenu le seul moteur des stratégies des dirigeants.
Gagner de l'argent est une nécessité pour l'entreprise, pour sa survie, sa bonne santé financière, sa pérénité. La juste récompense de ceux qui assurent cette bonne santé doit aussi être un objectif. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Seuls ceux qui sont près du pouvoir en profitent, alibis pour ceux qui ont le pouvoir de s'en mettre plein les poches.
Le politique ne peut pas changer le monde tout seul.
S'il ne se donne pas le pouvoir d'agir aussi sur le marché et sa logique d'entreprise, alors le désordre est au bout. Emeutes, révolutions, dictatures, qui peut savoir ?