Une France opposée

Moment annonceEmmanuel Macron l'a emporté nettement, et c'est tant mieux. Mais l'opposition au système qui se cache derrière le vote Le Pen et l'abstention sont fortes. Le message est lourd de menaces, et le président réélu aura à en tenir compte pour éviter les manifestations de violence.

La victoire d'Emmanuel Macron est sans ambiguité, et le front républicain a encore joué, et c'est tant mieux.

Mais élection après élection, on voit qu'il se fissure, et que les tentatives de dédiabolisation du RN par Marine Le Pen portent leurs fruits. Près de 42% des votants sont prêts à l'accès au pouvoir de l'extrême droite, malgré le racisme inhérent au parti, son refus de l'Europe, sont attirance pour les gouvernances fortes et "illibérales", sa haine des musulmans (ou plus franchement des arabes), l'idéalisation d'un nationaliste souverainiste générateur d'une hypothétique gloire passée, un projet économique approximatif, une candidate présidente à la compétence discutée.

Une victoire et un fossé

Trois candidats ont crevé l'écran, et renvoyé les autres grands partis à leurs chères études. Adieu LR, PS, Verts, qui sombrent dans les abîmes et ne seront pas même remboursés de leurs frais de campagne. La France paut paraître dorénavant divisée en trois, les macronistes de la droite modérée à la gauche modérée, l'extrême droite et l'extrême gauche.

C'est aller un peu vite en besogne, le vote utile et l'absetention des jeunes laissant voir une réalité plus nuancée. Gageons d'ailleurs qu'on reparlera des vieux partis dès les prochaines élections législatives, et qu'ils domineront encore l'Assemblée Nationale.

Mais le message de ces présidentielles ets clair; il y a une France, éduquée, urbaine, intégrée, aisée, ouverte sur l'extérieur, qui accepte le système et vote pour Emmanuel Macron. Et puis une autre France, plus pauvre voire précaire, rurale, vivant dans ses tripes la désertification des campagnes, le chômage, frileuse vis à vis des étrangers et de la mondialisation, qui ne croit plus dans le système et son représentant, qui vote Le Pen ou Mélanchon.

Il y a dans cette France-là du désespoir, de la colère, qui pourrait de nouveau s'exprimer dans la rue, et avec violence.

Des axes de réformes

S'il est exagéré de dire qu'Emmanuel Macron a été le président des riches, il n'a pas été celui des classes moyennes et populaires, et n'a pas fait grand-chose pour réduire les inégalités. Certaines pistes n'ont pas été explorées, qui pourraient l'être dans ce nouveau mandat.

Pour accroître le pouvoir d'achat, il n'y a rien d'autre que l'augmentation des salaires, et en premier lieu du smic. Les chèques essence, inflation, covid, sont du domaine de l'assistance. Ce n'est pas ce qu'attendent les salariés, qui veulent la juste rémunération de leurs efforts. Quand on lit que les pdg et dg doublent leurs rémunération déjà énormissimes en 2021, alors que le smic minimissime n'a droit qu'à 3% d'augmentation en 2021, il y a de quoi alimenter incompréhension et  colère.

L'entreprise cotée a une gouvernance totalement obsolète, centrée sur la rémunération d'un actionnariat passif, volatile, bien loin de l'actionnaire prenant le risque de l'entreprise. On aurait tout intérêt à s'inspirer des pratiques allemandes, démocratiques et efficaces si on compare la réussite des entreprises dans les deux pays. 

 

Les règles fiscales sont toujours détournées par les entreprises, notamment les plus grandes, et les riches particuliers. Plutôt que de multiplier toujours et encore les textes, attachons-nous à faire respecter les règles existantes en chassant et condamnant sans faiblesse l'abus de droit, en rapprochant le cacul du bénéfice fiscal et compable, favorisant les distributions aux salariés.

L'hôpital, dont la France a été si fière, est en état de décomposition. Des rémunérations faibles lui ont fait perdre toute attractivité, les suppressions des petites sstructures ont créé des mastodontes ingérables, que des contrôleurs de gestion centrés principalement sur la baisse des coûts ont déshumanisé, les urgences n'ont pas suivi les changements d'habitude des généralistes et les malades s'entassent dans les services d'urgence dans des conditions proches de la maltraitance. Une réflexion forte s'impose pour des changements drastiques, avec au bout l'acceptation de la non rentabilité de l'activité hospitalière.

 
 

Les pratiques institutionnelles françaises doivent être rafraîchies, et le tabou visant à l'intangibilté de la constitution du général de Gaulle doit être levé. Clarification des pouvoirs respectifs du président et du premier ministre, représentativité des deux chambres, décentralisation, doivent être débattus, et l'utilisation du référendum doit resortir des oubliettes.

 

 

Une politique vers les plus faibles

 

Les présidents successifs et leurs gouvernements font des réformes, trop même, sans doute. Et l'impression générale est que rien ne change. A force de négociations et de compromis, les forces dominantes enlèvent trop souvent tout poids aux réformes, comme celle de l'ENA qui n'aboutira guère qu'à un changement de nom, mais ne renouvellera en rien les élites.

La condition sine qua non d'un succès visant à l'apaisement est une politique résolument tournée ves les plus faibles, les plus précaires, les plus vulnérables. Vers la France qui travaille pour des salaires indécemment bas, la seule touchée ou presque par les délocalisations et restructurations mises en oeuvre aux seuls bénéfices des actionnaires.

Après tout ça, le monde ne sera pas changé pour autant. Il ne l'est jamais. D'autant que ce qui devra être fait pour le climat et l'environnement ne manquera pas d'augmenter les prix, de peser sur les charges des entreprises et des particuliers, de limiter les libertés. Et à ce jeu-là, ce sont toujours les plus faibles qui souffrent le plus.

Emmanuel Macron a annoncé que les temps prochains ne seront pas tranquilles. En effet  

 
 

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