Changer la vie

Lections locales 826x459A deux jours des élections, voici des premiers enseignements.

De nouveaux sujets importants sont apparus

 

Si on en croit les sondages, le paysage politique français connaît pas mal de changements.
Si Emmanuel Macron est à peu près stable, son dégagisme a eu l'effet de tuer les droites et gauches modérées au profit des extrêmes, Le Pen et Zemmour à droite, Mélanchon à gauche. Le PS devient un parti anecdotique, et LR va exploser si Pécresse fait moins que Zemmour.
La vague écologiste que certains attendaient suite aux bons résultats des élections précédentes s'est transformée en clapotis. Les écologistes ne sont toujours pas perçus comme aptes à l'exercice des plus hautes responsabilités.

Si le chômage est sorti des préoccupations des politiques, c'est au profit du pouvoir d'achat, mis en avant par les gilets jaunes et ressorti de l'oubli par l'inflation revenue et la hausse des prix de l'énergie.

 
 

Avec de nouveau la guerre en Ukraine et une troisième guerre mondiale sortie du champ de l'impossible, la gestion de l'énergie et les choix environnementaux, politiques, technologiques, économiques et sociaux qui en découlent, ont fait la une. Le problème de l'avenir du nucléaire est clairement posé, obligeant les candidats à se prononcer clairement sur ce sujet épineux.

Face à un Poutine conquérant qui n'hésite pas à transgresser les principes mondialement acceptés de la souveraineté des Etats, les candidats ont eu à se proncer sur l'Europe, la souveraineté des Etats, la défense et l'armement. En mot faire de la géopolitique. Autant de sujets régaliens traditionnellement absents des campagnes électorales. 

 

 

Mais d'autres ne sont pas débattus

 

L'hôpital tant encensé au cours de la crise sanitaire et plus généralement le système de santé français, n'ont guère été l'objet de propositions. Les urgences, les déserts médicaux, l'insuffisance de lits, la perte catastrophoque d'attractivité des métiers hospitaliers qui pourraient faire exploser le système si on n'y trouve pas remède, ont été passés sous silence.

La question des salaires reste débattue essentiellement à l'aune des facilités de l'Etat en terme de charges sociales, excluant toute volonté de chambouler la répartition des revenus. Ce sujet faisait la une des Fac il y a quelques décennies. Et alors que les écarts de revenus s'accroissent très injustement, la question n'est jamais soulevée. Par sentiment d'impuissance? Aucune proposition autre qu'une augmentation du smic de quelques pour cent sur cinq ans, ce qui ne changera pas le paysage social, dix voire vingt pour cent de pas grand-chose ne faisant toujours pas grand-chose! Pas d'indignation sur les revenus mirobolants de Carlos Tavares, nouveau dieu de l'automobile, comme son ancien patron Carlos Ghosn l'était avant lui avant sa déchéance!

Tous s'accordent à augmenter les impôts des riches. Mais à part des voeux pieux et l'annonce du rétablissement de l'ISF, rien de nouveau sous le soleil. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur les pratiques d'évasion fiscale (appelée aussi optimisation) des grands groupes, qui par le biais de centaines de filiales dans les paradis fiscaux, localisent les profits là où ils paient le moins d'impôts, distribuent des rémunérations complémentaires et occultes aux dirigeants, combinent pour faire apparaître un fort bénéfice pour les actionnaires et un bénéfice nul voire négatif pour l'Etat. Des milliards d'euros de dividendes, la soupe à la grimace pour l'Etat.
Quant aux très riches particuliers, les banques privées, les conseillers patrimoniaux secondés par une armée officielle ou officieuse d'experts juridiques et fiscaux, savent utiliser à la perfection les outils de dissimulation du capital permis par exemple par le démembrement de propriété, et des fonds d'investissement judicieusemebt détenus dans des paradis fiscaux par des prête-noms. Une arme existe pour lutter contre ces excès, celle de l'abus de droit. La volonté de l'utiliser existe-t-elle ?

 

 

Changer la vie

 

Ce qui impacte la vie des gens, c'est la vie au travail. Pourtant, il n'y a pas grand-chose dans le programme des candidats sur le sujet. Rien sur les transports. Rien sur l'accroissement du rôle des salariés dans les grandes entreprises, et la répartition des pouvoirs entre actionnaires et salariés, l'intéressement et la participation. Tout le monde s'est indigné sur la gestion trop capitaliste d'Orpéa. Mais quels enseignements ont été tirés ? A ce jour, aucun. L'entreprise est devenu un sanctuaire intouchable par les politiques.

 

Comme à chaque fois, les candidats énoncent des tomberaux de promesses, donnant le sentiment que tout dépend d'eux, et que le président sait tout et peut toutC'est très dangereux, car ne traitant pas des choses qui pourraient "changer la vie", la déception est toujours au bout, et avec elle la résignation et la colère.

 

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