Quand viendra l'heure des comptes

PenduleFait unique dans l'Histoire, le gouvernement français, à l'instar de bien d'autres, a décrété l'arrêt de l'activité économique. Le redémarrage paraît bien plus compliqué, nécessitant par l'Etat l'injection de dizaines de milliards d'euros. Bientôt on fera les comptes, et la France et l'euro pourraient en être les grands perdants.

Quand l'inimaginable devient réalité

Qui eût imaginé, à n'importe quelle époque de l'Histoire, qu'un gouvernement puisse un jour décréter l'arrêt de l'économie, fût-ce pour des raisons sanitaires !

C'est ce qu'ont fait nombre de pays, privilégiant de sauver des vies au détriment de l'économie.

La conséquence est bien celle attendue - décroissance, pertes d'emplois, licenciements - mais le redémarrage s'annonce bien plus délicat qu'escompté. Si un certain nombre d'activités semblent devoir retrouver assez vite leur rythme de croisière, bon nombre d'autres sont plombées pendant encore quelques semestres, voire années. 

Afin d' éviter la catastrophe sociale, l'Etat met au pot sans compter, distribuant aux entreprises, sous une forme ou sous une autre,  le chiffre d'affaires qu'elles ne réalisent plus. Il n'est pas de jour que quelques milliards soient promis aux uns ou autres, on compense "quoiqu'il en coûte".

Fi des contraintes budgétaires, de l'équilibre entre dépenses et recettes, des ratios d'endettement, autant de critères qui jugeaient de la bonne gestion des Etats.

L'heure des comptes n'est pas encore venue, mais elle viendra. Et cela pourrait bien modifier en profondeur le rapport de force entre les Etats membres de l'Europe, et remettre en question la solidarité symbolisée par la monnaie unique, l'euro.

 

La France pourrait perdre son rôle de leader

Depuis toujours, il y a en Europe les pays sérieux, frugaux dit-on aujourd'hui, qui ont le souci de ne pas dépenser plus que ce qu'ils gagnent. Ils gèrent les Etats en bon père de famille, soucieux d'équilibre budgétaire et de maintien de l'endettement dans des limites raisonnables. Et puis il y a les pays dépensiers, clubmed dit-on aussi, qui dépensent bien au-delà de leurs recettes, et compensent par de l'endettement.

La France était entre les deux, avec une balance qui avait tendance à pencher quand même du côté clubmed.

A l'heure venue des comptes, il n'y aura pas d'ambiguïté, la France fera partie des derniers de la classe européenne, avec l'Espagne et l'Italie. Avec un taux d'endettement de 120 à 130% du PNB, des finances publiques en débâcle, la France sera devenue un pays assisté, sauvé par la force de l'euro et de l'UE obtenue par la seule sagesse des pays dits frugaux.

La conséquence politique est évidente, cela va être une perte d'influence considérable de la France au sein de l'UE. Ce ne sont pas les cancres qui sont les meneurs de la classe, mais les bons élèves, ceux qui appliquent les règles du jeu auxquelles sont soumis tous les Etats de la communauté européenne.

L'Europe ne fonctionne pas sans leaders qui en sont ses moteurs. Cela a longtemps été la France avec l'Allemagne. La France se met hors jeu.

 

Danger de mort
pour l'euro

Cette explosion de dépenses publiques financées par la dette sera, nous dit-on, sans conséquence, car d'une façon ou d'une autre, la BCE la rachètera, pour soit l'annuler (transférant alors des pertes aux Etats) soit la planquer dans un coin de son bilan, sans en demander le remboursement.

Ce dernier cas est le plus probable, mais alors le taux d'endettement des Etats ne diminuera pas. Comment les pays du clubmed, aux taux d'endettement abyssaux, pourront-ils continuer à emprunter sur les marchés?

Soit les marchés feront comme aujourd'hui, mais en plus accentué, et appliqueront des taux distincts selon les pays et leur santé financière. Et le poids de la dette sera vite insupportable. Soit la Commission empruntera en son nom, mais les mauvais ratios des pays du clubmed conduiront le marché à monter les taux.

Les conflits entre frugaux et clubmed auront toutes les chances de s'enflammer, jusqu'au risque de faire exploser la zone euro, les frugaux refusant de payer pour les cigales.

C'est un risque qu'il ne faut pas prendre à la légère, on l'a bien vu au plus fort de la crise grecque, qui n'était qu'un fétu de paille face à celle que pourrait causer la France, l'Espagne et l'Italie réunies.

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Le moment actuel nous donne l'illusion d'un pouvoir infini des Etats en général, et de l'Etat français en particulier. Mais quand le monde se réveillera du coup de massue du covid, les marchés reprendront le dessus, et les Etats cigale seront durement sanctionnées.

La France, comme l'Italie, l'Espagne, la Grèce et d'autres, seront dans le collimateur des marchés, et la solidarité européenne sera en grand danger, et avec elle la pérennité de l'euro. 

 

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