Arnault, pas un exemple?

Arnault 2C'est au tour de Bernard Arnault d'être dans le collimateur du Monde suite aux révélations scabreuses des Paradise Papers. C'est normal, Arnault, c'est la première fortune de France, c'est le grand pdg français, c'est l'homme parti d'un petit quelque chose pour arriver au sommet. Que son dossier ressorte des Paradise Papers était évidemment prévisible.

Un beau patrimoine immobilier

ArnaultIl ressort pour son bateau, beau comme un paquebot, 100 mètres de long quand même, avec piscine et héliport. Arnault oblige, il a obtenu une dérogation spéciale pour mouiller son bateau dans le port de St Tropez, le mouillage y étant interdit aux bateaux de plus de 80 mètres.
Et aussi pour sa modeste résidence de Londres, immense propriété de 4500m2 sur un terrain de 129 hectares, comprenant terrain de tennis et piscine couverts, salle de gym, hébergements indépendants pour les invités. Rien que le terrain aurait coûté 10 ou 15 millions de livres. 

Tout cela est caché derrière des sociétés offshores, fiscalement avantageuses, et aussi, et peut-être surtout, discrètes. Car de sociétés écran en prêtes-noms, il est quasi impossible de savoir qui est le véritable propriétaire

Arnault c'est aussi une très grande villa à St Tropez, dans ce qu'on appelle la Cité des milliardaires, 180 villas très grand luxe, moins de 8 millions d'euros s'abstenir.

Et un palace à Courchevel, le Cheval blanc

Et une île dans les Bahamas, Indigo Island, 54 hectares, et 30 millions d'euros pour les constructions au bas-mot, avec piscine, port et tutti quanti.

Et un beau château à Clairfontaine, près de Rambouillet, avec quelques dizaines d'hectares autour, piscine et tennis, c'est le moins, mais aussi bassin de natation couverts et centre de fitness. Cette grande maison du XIXème s. a reçu en son temps Otto de Habsbourg et Rachmaninov. Il faut ce qu'il faut!

Et un hôtel de maître près des Invalides, il faut bien avoir un logis pour la semaine, quatre étages et piscine en sous-sol, acquis pour 25 millions d'euros en 2004 à Betty Lagardère.

le Simphony

Londres

St Tropez

Courchevel

Indigo island

Clairfontaine

De Férinel à LVMH

Ce n'est bien sûr pas là tout le patrimoine de Monsieur Arnault. Oeuvres d'art, vignobles (château Yquem), et surtout actions du groupe LVMH, parions que toutes ne sont pas inscrites dans les livres d'un compte-titres lambda d'une banque lambda. Tout compris, son patrimoine s'élèverait à plus de 40 milliards de dollars.

Une belle réussite, si tant est que la réussite d'une vie se mesure à la valeur de ses biens. Né en 1949, il fait Polytechnique, et rejoint l'entreprise familiale de travaux publics Ferret-Savinel. Il convainct son père de vendre l'activité BTP, pour se lancer dans la promotion d'appartements de tourisme sous la marque Ferinel, vous savez, le slogan "Ferinel, les maisons à la mer". Rien à voir avec les propriétés ci-dessus, mais le prix était plus accessible ! En 1978, il succède à son père, puis après l'élection de Mitterand en 1981 part aux EU créer Férinel Inc, avant de revendre le tout en 1995 à la Cie Générale des Eaux (ce sera la base de départ de Nexity).  

Son coup de maître, c'est le rachat en 1984 de la Cie Financière Agache, autrement dit du groupe Boussac. Subissant de plein fouet la crise de la filière textile européenne, Boussac n'est plus que l'ombre de lui-même, et ne survit que grâce aux aides de l'Etat français. Seulement ces aides n'ont pas l'heur de plaire à Bruxelles, qui y voit une atteinte au libre jeu de la concurrence. Avec 90 millions de francs et le soutien de la banque Lazard, Arnault devient PDG d'un groupe qui outre le textile, détient Christian Dior, le Bon Marché, Conforama, les Couches Peaudouce.

De quoi satisfaire un amateur de mécano industriel, doué de bon sens, d'ambition et pas trop freiné par les scrupules.  Il lui faut rembourser 338 millions de francs, soit une partie du milliard de francs reçus de l'Etat. Il vend le textile à Prouvost, concurrent historique de Boussac, et Conforama à son rival François Pinault. En 1987, il est à la tête d'un groupe qui fait déjà de lui une des personnes les plus riches de France. A titre personnel, il n'aura pas investi plus de 40 millions de francs, mais il aura tout joué.

En 1987, Arnault profite du krach de la bourse pour acheter des actions de LVMH, le tout nouveau groupe créé la même année entre Moët-Hennesy et Louis Vuitton. A la demande des actionnaires et dirigeants, sa participation monte à 25% en 1988. Les deux PDG des sociétés composant LVMH ne s'entendent pas, et Arnault, avec l'aide de la banque Lazard et du Crédit Lyonnais, lance une OPA sur LVMH, et devient l'actionnaire majoritaire. Alain Chevalier, ancien pdg de Moët-Hennssy est évincé, et Louis Récamier, ancien pdg de Vuitton échoue à annuler l'OPA.

Depuis, le groupe a accéléré son développement, investissant aussi avec des succès inégaux dans la "nouvelle économie".

Et l'exemple ?

Dans une société où l'économie est reine, Bernard Arnault, dont il est un enfant parmi les plus gâtés, est un des phares. Cela lui vaudrait un comportement sinon exemplaire, les qualités qui ont fait sa réussite - cupidité, ambition, absence de scrupules, ego surdimensionné - ne l'y prédisposent pas, mais du moins non repoussant d'un système économique qui l'a fait roi.

Il ne faut pas douter que Bernard Arnault et son groupe payent un paquet d'impôts en France, mais ces mirifiques revenus et la hauteur de son patrimoine l'exigent, non?

En magouillant pour en faire échapper une partie, il montre la voie à tous ceux qui ont des économies. Il leur dit qu'ils seraient bien bêtes de ne pas faire comme lui, et puisque les combines existent, il serait trop naïf de ne pas en profiter.

En ne payant pas tout ce qu'il doit, il fait porter aux moins riches que lui un poids relativement plus lourd dans les dépenses collectives. Il donne vie à ce mouvement d'opposition à l'impôt, qui pourrait un jour sonner le glas de la démocratie.

Si les acteurs les plus intégrés au système sont les premiers à n'en pas respecter les règles, alors c'en sera fini du système, et ceux qui en auront le plus profité seront les premiers sanctionnés. Il est déjà difficile pour 90% de la population d'admettre qu'un pdg, tout arnault soit-il, se rémunère des centaines de millions d'euros par an, vive dans des résidences de plusieurs dizaines de millions, alors qu'ils rechignent à payer leurs ouvriers et employés au-delà du smic, et que des milliers d'employés de la Samar et d'ailleurs ont été sacrifiés sur les autels de la restructuration et de la compétitivité. Alors si en plus ils minimisent les impôts qu'ils doivent ...

Bernard Arnault s'était déjà distingué en tentant d'élire domicile à Bruxelles. Il avait dû renoncer, car cela avait fait grand bruit, bien loin de la discrétion qu'on lui avait promise. Toujours plus pour lui, toujours moins pour les autres. Telle est la loi du capitalisme moderne, telle est celle de ses égéries.   

 

 

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