Chers experts

Smic 1024x503Un groupe d'experts recommande de modifier la formule de revalorisation automatique du smic, et pose même la question de la pertinence de sa revalorisation automatique annuelle. Sur le plan humain, le groupe montre un égoïsme insupportable; sur le plan social, il annonce une situation explosive; sur le plan économique, il pérénise la stagnation génératrice de chômage.

La revalorisation contre l'intérêt des plus pauvres !

On a peur de rien dans la commission, même d'affirmer avec provocation qu'il faut supprimer la revalorisation parce qu'elle serait préjudiciable aux plus pauvres en pénalisant l'emploi des plus fragiles!

Le smic est indexé d'abord sur l'indice des prix pour les 20% de ménages les plus modestes, ensuite la moitié de l'évolution annuelle du pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvrier et employé (SHBOE). Et ça donne aujourd'hui un montant net de 1149,07€.

Le smic a toujours irrité les dirigeants et les actionnaires, c'est l'âne de la fable, d'où vient tout le mal. Car une hausse du smic, c'est aussi une hausse des salaires périphériques, et les hausses de salaires, l'entreprise capitaliste n'aime pas ça. Elle préfère nettement les distributions de dividendes, les bénéfices en hausse, les stock-options, bonus et primes diverses.

Scandale humanitaire

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et les experts cravatés et propres sur eux, enfermés dans leur égoïsme et leur confort, rémunérés par ces mêmes entreprises qui ont dans le collimateur ce smic qui les empêche de "profiter" en rond, ne veulent surtout pas imaginer comment on peut vivre avec un pareil salaire. Quelle est l'origine socio-professionnelle de ces soi-disant experts, quel est leur revenu moyen ? Pourquoi est-ce que les ouvriers, les employés seraient-ils moins bons experts que les vieux messieurs grassouillets et costumés qui peuplent les commissions? Combien de smicards peuplent la commission?

Marx avait raison, le capitalisme a dans ses gênes l'exploitation des travailleurs, et n'entend rémunérer le travail que le minimum incompressible permattant la survie. Accepter que dans nos sociétés, appelées développées, les personnes faisant les travaux les plus pénibles soient payées à des conditions qui leur permettent à peine de survivre est déjà un scandale. Leur refuser les quelques euros mensuels d'ajustement à l'inflation est d'une indécence crasse, au bord de l'inhumanité.  

A trop tirer sur la corde ...

Depuis les années 90, le pouvoir d'achat des salariés moyens et modestes diminue. Parce que l'emploi se raréfie, les employeurs en ont profité pour sous-rémunérer ceux qu'ils proposent. Un smic, c'est mieux que rien non? Au point même que travailler n'est pas toujours rentable par rapport aux revenus sociaux permettant de ne pas mourir de faim dans la rue. Alors c'est vrai, on pourrait supprimer les aides, à commencer par le RSA, et ainsi le smic paraîtrait le Pérou. D'ailleurs certains, experts s'il en est, y pensent.

La mondialisation et la concurrence qu'elle induit ont servi de prétexte aux entreprises pour tirer les salaires vers le bas, enfin certains salaires, parce que les rémunérations des grands dirigeants a quant à elle explosé, comme celle des actionnaires. Aujourd'hui, on vit moins bien avec un smic qu'il y a trente ans, vivre avec un smic en Ile de France exige de se loger mal et loin, se priver de tout, emprunter dès qu'il s'agit d'acquérir un bien durable.

La crise a bon dos, mais la crise est annoncée derrière nous, et aucune perspective ne s'annonce pour les smicards et proches du smic. Le désespoir est la cause des révolutions et des actions de révolte. A trop tirer sur la corde à la fin elle se casse.

Pas de pouvoir d'achat, pas de croissance

Depuis des années, seul le pouvoir d'achat des cadres, et surtout des dirigeants, progresse. Une bonne partie alimente l'épargne, l'achat de voitures étrangères, allemandes en particulier, des maisons secondaires à l'étranger, et des fonds d'investissement dans les pays exotiques pour échapper à l'impôt et dissimuler ses avoirs. Effet sur la croissance en France quasi nul.

Augmenter les revenus des salariés modestes et moyens est le plus souvent le meilleur levier pour relancer l'économie et la croissance, même si cela pèse aussi sur le niveau des importations. C'est extraordinaire qu'on ait perdu de vue cette évidence, le bon sens semblant aujourd'hui la chose la plus mal partagée du monde. S'appuyer sur le seul investissement est une erreur, l'entreprise n'investit pas s'il n'y a pas de demande de consommation pour absorber le surcroît de production. 

Le vrai combat

Espèrons que le gouvernement ne suive pas la préconisation de la commission, la limitation ou suppression du smic ne faisant pas partie, je crois, du programme d'Emmanuel Macron. Il est quand même révélateur et déprimant que des gens bien pourvus et au gros niveau de vie mettent leur pseudo-savoir au service de pareilles causes, sans état d'âme. Il n'y a qu'à se pencher un peu en arrière, pour voir que sans les organisations syndicales et l'Etat, les entreprises auraient maintenu des conditions de travail inhumaines. Elles le sont toujours dans les pays en développement, et c'est la loi qui a interdit le travail des enfants dans les mines, non la simple humanité. Supprimons le smic, et des millions de personnes se verront proposer des salaires mensuels de 500€ !

On parle de plus en plus, et c'est nouveau, des travailleurs pauvres. Voilà un vrai combat, ne pas accepter qu'une personne qui travaille le quota d'heures légales ne puisse vivre de son salaire avec un minimum de décence , c'est à dire se loger, se nourrir pas trop mal, se vêtir, éduquer ses enfants, et aussi, eh oui, bénéficier d'un minimum de loisirs.

Voilà le combat auquel tous les hommes devraient s'attacher. Pas à diminuer le smic, au faux prétexte qu'il serait contraire à l'intérêt des plus pauvres !

Dans des entreprises, on voit se dérouler des expériences appelées "vis ma vie", où une personne vit un jour ou plus, dans le poste d'une autre. Et si on demandait à ces experts, ou mieux aux DRH et patrons, de vire la vie du smicard?
Six mois sur une plate-forme téléphonique, ou à livrer par tous les temps les colis Amazone ou les courses des particuliers, sans même évoquer les métiers pénibles du bâtiment et des travaux publics, avec pour tout salaire un smic, avec lequel ils devraient se loger et assurer leur survie? 

Combien seraient-ils à tenir six mois ?

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