Il faut refaire l'Europe, pas la défaire

Cameron a joué et a perdu. Il a mis en jeu l'Europe pour des motifs de basse politique politicienne, et a perdu sa mise. L'Europe en est chamboulée, mais pas autant que le Royaume Uni qui voit son avenir économique et son unité remis en cause.

Le Royaune Uni dans la panade

C'est avec la gueule de bois qu'un peu moins de la moitié des britaniques se sont réveillés le 24 juin au matin. Dans sa majorité, le peuple a voté pour le départ du Royaune-Uni de l'Union Européenne.
C'est un coup de massue pour l'Europe, parce que chaque responsable politique et chaque citoyen pro-eurpéen ont le noir sentiment que son propre pays voterait dans le même sens s'il était consulté. La crainte d'un démantèlement de l'Europe pend à notre nez, accrue par la montée de l'extrême droite qui jubile.
C'est un avenir totalement incertain pour la Grande-Bretagne, où l'Irlande du Nord et l'Ecosse menacent de quitter le navire britannique, et où les perspectives économiques sont dorénavant totalement imprévisibles. Les deux partis dominants sont déchirés, et les partisans du Brexit ne semblent pas pressés du tout de prendre le pouvoir pour mettre en oeuvre l'exit. C'est une période délicate et incertaine qui attend la Grande-Bretagne. 

On a tué le rêve européen

L'idée européenne est l'une des plus belles idées du 20ème siècle. Celle à même de faire bouger les peuples, de donner du sens à l'action quotidienne, à offrir des perspectives aux nouvelles générations.
Réunir des peuples aux cultures et histoires voisines, qui ont passé des siècles à s'entre-tuer jusqu'a l'horreur absolue du nazisme, était une formidable ambition. L'Europe devait être plus forte unie que divisée, plus rayonnante culturellement et politiquement, plus forte dans son action civilisatrice. Telles étaient les ambitions de ses fondateurs.

Force est de reconnaître que les résultats n'ont pas été atteints. 
La mondialisation, une insuffisante volonté politique d'une Europe trop tôt élargie avant d'être approfondie,  des bouleversements géo-politiques qui ont entraîné des millions de personnes sur les routes de l'émigration, une accélération jamais vue du progrès technique qui marginalise des franges entières des populations ont eu raison du rêve européen.

La mondialisation a fait se déverser des milliers de produits sur le marché le plus riche du monde. L'Europe n'a pas su, pu ou voulu se protéger, entraînant faillites d'entreprises, chômage, désertification, désespérance. Le capitalisme a triomphé, la spéculation à créé des milliers de nouveaux riches, le taux de profit est devenu le critère d'action des entreprises.
Quand l'Europe n'a plus pu accentuer l'intégration, économique, fiscale, budgétaire, Kohl et Mitterand se sont lancés dans un élargissement mal réfléchi, voulu pour des considérations politiques souvent louables, mais qui ont eu pour effet une paralysie des instances politiques. L'Europe s'est alors installée dans l'édification d'un édifice de réglementations, mal expliquées et parfois inexpliquables, donnant le sentiment qu'elle soignait l'arbre mais pas la forêt.
Et puis sont arrivées les hordes de réfugiés fuyant la misère et la guerre, mal gérées parce qu'ingérables, ravivant les vieux réflexes de peur et de haine de l'étranger, qui, comme trop le pensent, viennent manger notre pain!
Enfin les révolutions technologiques ont bouleversé toutes les habitudes à un rythme jamais vu, marginalisant ceux qui passent à côté, créant stress et inquiétude pour ceux qui tentent de s'adapter toujours et encore, amenant la perte des repaires traditionnels 

 


 

L'Europe, cause de tous les maux

Sous tous ces effets, le monde a connu des bouleversements jamais vus à une si grande vitesse. Les inégalités se sont à nouveau creusées, alors que depuis les années 50, elles avaient eu tendance à diminuer. La classe moyenne s'est paupérisée, avec le sentiment que son travail ne sert à rien, puisqu'il est mal rémunéré, et que la suppression des postes est jugé comme l'acte de gestion le plus pertinent.
La société y a perdu son sens.
Pour rassurer, pour se créer une clientèle électorale, pour justifier son inaction, incompétence ou impossibilité, l'Europe a été érigée en bouc-émissaire. Ce qu'on avait adoré hier est devenu très vite l'objet de tous les ressentiments. L'Europe, c'est l'âne de la fable. Haro sur le baudet, d'où vient tout le mal. 

Refaire l'Europe, pas la démanteler

Alors oui l'Europe n'a pas fait tout bien. Oui elle a trop cru dans les effets inconditionnellement bénéfiques du libre-échange des biens, des services, des personnes, de l'argent. Mais à l'instar du monde entier.
Ce n'est pas l'Europe qu'il faut condamner, mais ce qu'on en a fait. Ce que les Etats, par dirigeants interposés, en ont fait. Démanteler l'Europe pour que tous les Etats, grands, moyens, petits, minuscules, se retrouvent isolés derrière des barrières douanières, des monnaies, des murs grillagés, serait la plus imbécile des solutions. Un retour aux Etats-nations et au nationalisme qui va avec, c'est à dire les guerres, la peur de l'autre, l'obscurantisme. Et le déclin économique.
Il faut refaire l'Europe, qu'elle soit plus près des peuples, qu'elle a largement oubliés, plus porteuse des valeurs humanistes qui font la gloire du vieux continent, plus opposante face au débridement du capitalisme, trop souvent sans foi ni loi, où les empires industriels et financiers échappent de plus en plus à la domination des Etats. 
Il faut refaire l'Europe, pas la démanteler.

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