Crise des éleveurs, la faute à qui?

Cochons
Tout le monde a de la compassion pour nos paysans, qu'ils soient cultivateurs, pêcheurs ou éleveurs. Mais de millions en milliards d'aides, la paysannerie française ne fait que s'enfoncer, avec le risque réel de suivre le destin de l'industrie mécanique, textile, habillement, métallurgique ...
A qui la faute? 

Car si la mort d'une partie de notre industrie a laissé le monde politique indifférent, il n'en a pas été de même de l'agriculture qui a toujours fait l'objet de l'attention des pouvoirs. C'est d'ailleurs elle qui été au centre du premier marché commun de l'Europe.
Prenons l'élevage. Les éleveurs crèvent de cours de la viande trop bas, inférieurs au coût de production. Avec la fermeture du marché russe, il y a surproduction en Europe et chute des prix. 
Les allemands ont choisi de baisser le coût de production, sans état d'âme.
Ils constituent des élevages de plusieurs milliers d'animaux, les enferment dans des étables ultra-modernes, entièrement automatisées, surveillées, contrôlées par des appareils de haute technologie, les emprisonnent dans un espace de 3 m², les gavent de bouffe industrielle. De toute leur vie, ces vaches ne voient pas le jour, encore moins le soleil, ne font pas un pas dehors, ne broutent pas un cm² d'herbe.
Une fois prêts pour l'abbatage, ces animaux à la vie peu enviable, vont dans des abattoirs eux-aussi industriels, qui emploient du personnel venu des 4 coins des pays est-européens, payés à 5€ de l'heure ! Voilà comment le coût de production allemand est plus bas que celui de la viande française, où les vaches ont encore le droit de sortir et paturer, de vivre leur vie de vache, où elle ne sont pas considérées seulement comme un futur paquet plastifié destiné à finir en gondoles d' hyper-marché.
La grande distribution n'est pas seule responsable.
Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la baisse des cours. Le cours international est aligné sur le prix le plus bas, même si le bien produit est de mauvaise qualité.
Tomber à bras raccourcis sur la grande distribution ne suffit pas. Une grande part de la viande qu'ils vendent provient d'élevages français. Parfois à un prix supérieur au prix du marché. Mais les grands distributeurs ont aussi leur logique. Le marché et les clients pourraient leur reprocher d'acheter leur viande contre les règles du libéralisme, ceux qui achéteraient plus cher seraient en danger concurrentiel face aux concurrents moins civiques.
Les aides ne sont pas la bonne réponse. Elles sont anti-européennes, coûteuses, démoralisantes car transforment les paysans en assistés. Et ne résolvent rien sur le fond.
Acheter et vendre plus cher la qualité.
La viande allemande fabriquée dans les conditions ci-dessus est un produit bas de gamme. Mais rien ne l'indique au consommateur. Il faut créer des labels d'origine et de qualité, afin que le consommateur sache ce qu'il achète. Beaucoup de consommateurs sont prêts à payer plus cher des produits issus d'animaux bien traités, nourris en partie à l'herbe, abattus avec respect et humanité. Et s'ils vendent cette viande plus chère, les distributeurs seront disposés à l'acheter plus cher, à l'instar des produits bio.
Raccourcir les circuits
Dans beaucoup d'endroits, les éleveurs ont raccourci les cicruits, en vendant directement leur production, à des restaurants, cantines, consommateur final. Tout le monde y gagne, acheteur comme vendeur, et le surplus de marge dégagée, même sur une part de la production, peut permettre de dégager au total un bénéfice.
Si les distributeurs ont fait des efforts en acceptant de payer parfois plus cher, ce n'est pas le cas des industriels. Ils absorbent 50% de la production, et se fichent de la qualité, la viande étant destinée à être intégrée dans des compositions où elle n'est que marginale. Seul le prix importe, et c'est le moins-disant qui gagne. C'est aux éleveurs de s'organiser pour recréer des coopératives locales, qui ont toutes été rachetées ces dernières années par des grands groupes. Il faut s'inspirer du Jura, qui fabrique son comté via les seules coopératives. Au final, les agriculteurs reçoivent un bon prix pour le lait, le fromage fabriqué moins industriellement est de grande qualité, et des emplois subsistent dans les villages. C'est l'opposé du modèle allemand, mais ça marche aussi, pour le bonheur d'un plus grand nombre.
Si on ne fait pas ça, la filière des élevages français va disparaître. Comme la filière textile a vu la production de masse de produits médiocres vendus à très bas prix balayer l'ensemble de la filière, la production industrielle de viande allemande va faire disparaître les producteurs respectueux de leurs animaux et des consommateurs.

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