Planète recherche urgentiste

Le monde est divisé en deux. Il y a ceux qui continuent à faire comme avant, et s'enrichissent avec indécence. Et les autres, les plus nombreux, qui désespèrent de voir leur situation s'améliorer ou qui voient le mur de fin du monde se rapprocher inexorablement.

L'espérance est en panne

Le monde va mal.

Le climat semble devoir bouger plus vite qu'on ne le pense. Dans nos pays tempérés, il n'a pas plu depuis des mois. La température moyenne bat des records, des étangs s'assèchent, les nappes phréatiques sont au plus bas. Dans un nombre croissant d'autres, l'eau sera très bientôt le probmème numéro un, quand il ne l'est pas déjà.

La destruction de la planète bat son plein. Les conférences internationales n'y changent rien, la faune disparaît, dans quelques années il n'y aura plus ni tigres ni lions ni éléphants ni rhinocéros ni hyppopotames, pour citer les plus connus, le déboisement à l'échelle mondiale se poursuit, la pollution automobile s'accroît toujours, et le véhicule non polluant de demain n'existe pas encore, les entreprises contournent toutes les normes et règlementations qu'elles jugent défavorables à leur profitabilité, on l'a bien vu dans le "diesel gate" par exemple.

Les inégalités s'accroissent, les cadres supérieurs profitent de la croissance, les plus riches amassent des fortunes, pendant que les classes populaires et moyennes inférieures se paupérisent et se précarisent. Les gilets jaunes en France ont bousculé les pouvoirs établis, l'angleterre moyenne a ordonné le Brexit, les populations de l'Amérique profonde ont élu Trump, pendant qu'ailleurs les peuples se réfugient dans le communautarisme religieux, fuyant progès et tolérance.

La démocratie, érigée un temps comme le moins pire des régimes, voit sa cote baisser, même dans les pays qui en bénéficient. La violence et l'autoritarisme séduisent de plus en plus de gens, lassés de la liberté et de la tolérance.

Peu de monde croit désormais au progrès, oubliant tous les bienfaits qu'il a apporté. Plus personne non plus ne croit désormais dans le système économique dominant, assis sur la liberté de circulation des hommes, des biens, des capitaux.

La croissance, indispensable à l'emploi, est vue, à juste raison, comme la condamnation de la planète. 

 

Pendant ce temps-là

Pendant ce temps-là, les entreprises et leurs chefs continuent d'entreprendre en rond, comme si de rien n'était ou presque.

Le grand mécano des affaires se poursuit à l'échelle mondiale, on se vend et on se rachète au plus offrant, dans le plus grand mépris des intérêts des salariés, des clients, des fournisseurs, des pays. On répugne à augmenter de 100€ les plus bas salaires, mais on dépense des milliards pour racheter des affaires - qu'on revendra à perte d'ici quelques mois parce que les synergies ne seront pas au rendez-vous, en ayant sacrifié au passage quelques milliers d'emplois - ou , comble de l'inutilité et du non-sens, pour racheter ses propres actions, histoire qu'on ne fasse pas à soi ce qu'on fait aux autres.

La recherche du taux maximal de profit demeure l'ambition principale des grands actionnaires, desquels les pdg et les staffs dirigeants sont réduits à n'être que les courroies de transmission.

Les financiers poursuivent leurs spéculations boursières, achetant et vendant au grè de leurs perspectives de gains à court terme.

Les oligopoles défient les Etats, transfèrant leurs sièges ou activités dans les pays les mieux disant en terme de fiscalité, droit social, réglementation. Les grands patrons sont devenus intouchables, se moquent de la presse, et pratiquent le chantage à l'emploi pour arriver à leurs fins.

On continue de polluer comme avant, fort de la position oligopolistique, et de démonstrations de bonne conduite à l'aide d' études pseudo-scientifiques établies par des experts grassement rémunérés.

Sous le prétexte de la compétition internationale, le course à la productivité génère des métiers sans intérêt, mal payés, stressants, tandis que le profit érigé en finalité sociale fait perdre tout son sens au travail.

Même de bonne volonté, les politiques voient une réalité déformée, centrée sur des statistiques nationales. Membres de l'élite, leur vision de la réalité reste une vision de classe. Il a fallu les gilets jaunes, le brexit, Trump et l'explosion du Front National pour qu'ils découvrent que taux de croissance ne signifie pas amélioration de la condition de vie pour tous. 

Ainsi le monde est divisé en deux parties, qui s'ignorent ou se méprisent. 

D'un côté les élites dirigeantes à la tête de grandes entreprises obnubilées par la croissance et le profit, consciente mais indifférente aux préoccupations du monde.

De l'autre côté, une part croissante de la population inquiète pour la planète, sensible à la dégradation de l'environnement, victime de la régression sociale apportée par le productivisme et la course au profit.

Le monde devient schizophrène. Y aura-t-il un docteur urgentiste pour le soigner ?

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