Est-il encore temps ?

Cela fait des années que j'écris sur mon blog que notre société va exploser, trop meurtrie par un capitalisme radicalisé, heureux comme un poisson dans l'eau du bain de la mondialisation. On y est, partout la grogne et la révolte s'expriment dans le monde développé occidental, qui remet en cause le système, l'Europe et même la démocratie. En sortira-t-on ?

Un constat amer

Avec la chute du communisme, le capitalisme triomphant s'est affirmé sans scrupule, et pour son plus grand profit a imposé la mondialisation comme source qui ne devait pas être contestée de croissance et d'enrichissement pour tous.
Aujourd'hui le constat est amer.
Le pays qui en a profité le plus est la Chine, libéral économiquement, mais qui reste une dictature politique comme au temps de Mao. Son bond en avant s'est fait au détriment des pays développés, qui ont assisté naïfs et impuissants à la fermeture de l'essentiel de leurs usines. Comme la Chine a eu l'intelligence de prendre licitement ou non notre savoir-faire et notre technologie, le pays est parti pour redevenir la plus grande puissance du monde.

Si certains pays d'Europe ont résisté tant bien que mal, la France a payé plein pot en raison de la faiblesse de son industrie, incapable de résister à la concurrence. Des prix trop élévés, des produits pas assez innovants, une frilosité structurelle à l'exportation, et le chômage a explosé, les territoires se sont désertifiés sous l'effet des fermetures des entreprises qui les faisaient vivre. Pendant ce temps-là, une autre partie de la France résistait, parce que travaillant dans des secteurs protégés ou à la hauteur des défis de la mondialisation. Mais cela a été au prix d'une détérioration de la qualité de vie au travail sous la pression des objectifs, de la productivité, de la compétitivité, et de la baisse du pouvoir d'achat pour tous les non-cadres, c'est à dire la majorité des salariés.

Restructurations, délocalisations, recherche de gains de productivité et compétitivité, ont atteint le respect au travail et la reconnaissance. Le travail a perdu son sens pour beaucoup, générant stress, maladies, mal-être. 

Partout la révolte

Aujourd'hui, ça pète partout en occident, à la grande rigolade de Poutine et Xi Jinping. Angleterre, EU, Italie, Espagne, Autriche, Pologne, Hongrie et bien d'autres ont la révolte à leur porte, qui accuse tantôt l'Europe, tantôt les émigrés, le gouvernement toujours, de tous les maux en général et de leur malheur en particulier. 

Notre président jupitérien a dû tomber de bien haut, lui dont la vision, bien loin de celle d'une grande partie de la population, était d'accélerer l'adaptation de la France à une économie mondialisée, sous la coupe d'une capitalisme actionnarial sans état d'âme, générant un monde où l'humain et le social sont de moins en moins présents.

Alors certes, les gilets jaunes ne sont plus guère nombreux. Mais ils sont actifs, et surtout ils sont bien perçus par la population, qui d'une manière ou d'une autre, souffre. Nombreux sont ceux qui sont tentés de descendre eux aussi dans la rue, les policiers en premier. Comment l'Etat a-t-il pu ne pas payer les 29 millions d'heures supplémentaires réalisées, si cela est bien vrai ? 

Est-il encore temps ?

Le gouvernement n'a pas compris la profondeur du désarroi de nos concitoyens les plus modestes. Il n'a pas compris la blessure et l'injustice profonde perçues par les salariés payés autour du smic, et qui sont incapables de vivre décemment quoique travaillant 39 heures par semaine, quatre semaines par mois. Il n'a pas perçu la pauvreté de ces centaines de milliers de retraités qui reçoivent moins de 1000 euros par mois après des années de travail. Il n'a pas compris tous ces gens de province qui en ont marre de voir tous les services publics et privés (banques par exemple) fuir leurs villes et villages. Il n'a pas compris tous ces petits professionnels qui étouffent sous la paperasse et la suspicion. Il n'a pas compris tous ces français à qui on demande chaque année de payer un peu plus d'impôts, directs et surtout indirects. Chacun est indolore, mais s'ajoutant les uns aux autres, aux amendes de circulation, aux droits de stationnement, indemnités de retard, hausse des péages et des services publics (pour une qualité de service qui souvent se dégrade) font à la longue beaucoup, et donne le sentiment aux français qu'on les prend pour des vaches à lait.

Il n'a pas compris que l'évolution de la société capitaliste vers des riches de plus en plus riches et des travailleurs de plus en plus pauvres était mal supportée par une grande partie de l'opinion. C'est une attidude mondiale, mais notre jeune président qui connaît mal la France n'a pas vu juste en ne s'intéressant qu'à la France qui gagne, innovante et créatrice de start-ups.

Pendant ce temps-là, les riches sont moins imposés, les grandes multi-nationales aussi avec la baisse de l'IS, le CICE, l'évasion fiscale via des sociétés off-shores judicieusement situées. Les grands patrons, les cadres sup, les actionnaires, font fortune, et le gâteau ne va plus rémunérer la masse de ceux qui y contribuent.

Certains, dont je suis, le disent depuis des années, annonçant un grand soir. Le risque n'est pas tant une révolution comme la France en connu un certain nombre, mais l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite populiste, qui mettra en avant l'incapacité des gouvernements qui n'ont rien anticipé, rien empêché, et qui saura montrer les faux coupables: l'Europe, le libéralisme, les immigrés, la démocratie.

Vue la confiance que le peuple a désormais dans les hommes politiques, est-il encore temps de l'empêcher ? On a mille raisons d'être inquiet.

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