Et après ?

Jusqu'où va aller le dégagisme" ? Après Trump, Macron, Salvini, Bolsonaro, voilà maintenant Zelenski en Ukraine. Sans l'ombre d'un commencement d'expérience politique, ce comédien humoriste a été élu triomphalement à la tête d'un état en crise politique profonde, et qui plus est en guerre. La défiance à l'égard des hommes politiques est générale à toute la planète. Certains s'en réjouissent, d'autres peuvent craindre le pire.

La naïveté comme atout politique majeur

Alors que les peuples soumis à des régimes autoritaires aspirent à plus de liberté et de démocratie, les électeurs des pays démocratiques cèdent aux sirènes de partis politiques autoritaires d'extrême droite, ou de candidats fantaisistes.

Au XIXème siècle, le général Boulanger n'avait pas fait long feu, aujourd'hui il semble que plus on est présumé incompétent, plus on a de chances d'être élu.

Pour plaire, il faut désormais afficher sa virginité politique, l'ignorance et l'inexpérience sont les atouts du succès. Alors qu'il y a peu les candidats espéraient attirer les voix des électeurs par leur l'expérience acquise par des années de mandats de députés et de ministre, et par la connaissance des dossiers complexes, elles sont aujourd'hui synonymes d'inefficacité, quand ce n'est pas corruption, ambition personnelle, vision partisane et réductrice.

On veut du rêve. Alors ceux qui s'obstinent à invoquer la "realpolitik" pour limiter les ardeurs des plus idéalistes sont reléguès sans préavis aux poubelles de l'histoire. 

Alors que la complexité du monde croît à une vitesse exponentielle, que la technologie change nos vies, posant des problèmes existentiels jamais vus, que le monde est assis sur une poudrière avec des relations internationales qui menacent à chaque instant de se détériorer, aiguisées par les ambitions des plus forts et des marchands d'armes, que l'imbrication des états dans la mondialisation ajoute à la complexification, le monde se choisit partout des novices en politique, qui n'ont comme attraits que leur sourire et des naïvetés plus proches des brèves de comptoirs que de la science politique. 

La désillusion

On pourrait en rire si les conséquences ne risquaient pas d'être graves.

Alors c'est vrai que les pros de la politique n'ont empêché ni les guerres ni les crises économiques et financières ni l'injustice sociale. Et c'est bien pour ça qu'on veut croire, maintenant, dans les innocents. Au diable les élites et les experts, salut les naïfs et les jouvenceaux !

Partout dans le monde règne aujourd'hui le libéralisme, auquel s'est ajouté un capitalisme de plus en plus prégnant, financiarisé et mondialisé. La chute du communisme a été le point de départ d'une course folle vers le gigantisme et au pouvoir de la finance sur l'industrie.

L'heure de la désillusion est venue
Si on avait pu croire durant les trente glorieuses que l'évolution économique créerait un chemin régulier vers plus de justice sociale et un meilleur partage des richesses, le rêve s'est effondré depuis la fin des années 1980.

A tort ou à raison, de plus en plus de gens perçoivent les limites d'un système, qui désormais ne nivelle plus les individus,  et qui repose sur l'impérieuse nécessité d'une croissance économique destructrice de la planète et des hommes. Pollution et réchauffement climatique pour la première, stress et maladies pour les seconds, forcés de travailler de plus en plus, de plus en plus vite, dans des environnements de compétition et de contrôle qui font perdre tout son sens au travail.
Beaucoup de jeunes ingénieurs ne veulent pas embaucher chez Total ou Engie, des cadres de Bayer sont mal dans leur peau après le rachat du sulfureux Monsanto. Partout dans le monde des jeunes défilent pour une terre respectée, une vie qui a du sens, pour que l'humain retrouve la finalité, et ne soit plus seulement qu'un consommateur.

Cette prise de conscience générale a du bon, et si on veut qu'elle ait une quelconque chance de déboucher sur quelque chose, il est impératif qu'elle soit mondiale. La France toute seule est impuissante face aux lois impitoyables du capitalisme, mais des Etats unis dans une Europe forte et à la force d'attraction réelle, entaînant derrière elle les autres grandes nations qui bon an mal an rencontrent ou vont rencontrer les mêmes problèmes, ont la force de changer le cours des choses.

L'arrivée massive de novices en politique, à la vue courte, principalement centrés sur le renforcement des frontières et le principe "our country first" est-elle le meilleur moyen pour y arriver ? 

En cas d'échecs, la désillusion ne fera-t-elle pas place à la fin de l'espoir ? Et après ?

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