L'inexorable déclin

L'église catholique n'en finit pas de mourir. Après des siècles de compromission et de reniement de l'idéal chrétien, la pape François s'efforce à la transparence et le regret. Mais de la marmite des sales pratiques, les scandales surgissent les uns après les autres, impliquant tous les niveaux hiérarchiques, jusques aux plus élevés.

En Europe et en France en particulier, l'église s'est développée en construisant une solide complicité avec l'Etat. En se faisant l'envoyée de Dieu sur terre pour bénir le roi, et en faire un roi de droit divin, l'église y a gagné un statut de religion d'état, en même temps que le roi asseyait un pouvoir incontestable, puisque tenant de Dieu.

Cela a fonctionné pendant des siècles, jusqu'au siècle des Lumières et la Révolution. Le rationalisme naissant puis la séparation de fait ou de droit de l'Eglise et l'Etat ont mis fin à ce compagnonage peu vertueux. 

Aujourd'hui, en France comme dans tout l'occident, le catholicisme se meurt. S'il est encore bien présent en Espagne, Portugal, Italie, il décline comme partout. En France aujourd'hui, les mariages religieux concernent moins d'un tiers des mariages, les baptèmes concernent moins d'un enfant sur deux, les églises sont désertées, et les communions ne font plus recettes.

 

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Bucher de montsegurDe Clovis à la Révolution, l'Eglise a été le bras spirituel, parfois armé, de la royauté. Loin des principes annoncés dans les Evangiles, loin des messages d'amour, de paix, de fraternité mis en avant dans les textes. Des papes ont fait la guerre pour agrandir leur pré-carré, déclenché des croisades pour reconquérir Jérusalem ou combattre des croyances jugées hérétiques, n'hésitant pas à justifier des pratiques aussi monstrueuses et contraires à l'amour prêché par le Christ que l'Inquisition. Combien d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillard ont été torturés, emprisonnés, massacrés, brûlés -comme ci-contre les cathares à Montségur- au nom du soi-disant amour de Dieu ?

En même temps que les hiérarques ecclésiastiques ont laissé libre cours à leur soif de puissance, ils ont cédé à leur goût sans borne des richesses, amassant trésors, palais, oeuvres d'art. Alors que l'église du Christ se réclame de la pauvreté, de l'humilité, du rejet de la richesse et des riches - "il est plus facile de faire passer un chameau dans le chas d'une aiguille qu'un riche au royaume de Dieu" - les papes, cardinaux, évêques, partout dans le monde, se sont prélassé dans des demeures fastueuses au milieu de richesses fabuleuses.

En même temps que l'Eglise préconisait la modération sexuelle, au-delà même des messages du Christ, les prêtres, de tous niveaux, se sont mariés, ont vécu en concubinage, ont eu des maîtresses, jusqu'à un certain pape qui a eu son fils comme successeur. Plus grave encore, on découvre que la pédophilie a marqué à vie des milliers d'hommes, que des religieuses ont été violées.

Bref que les moeurs ecclésiastiques sont à l'exact opposé de ce que devrait être la vie et les moeurs d'un bon chrétien.

L'Eglise a pour la première fois depuis longtemps un pape qui semble vouloir laver le linge sale pour arrêter cet inexorable déclin, et faire renaître les vrais messages d'amour du Christ, qui seraient bien utiles dans ce monde livré aux mains des plus cupides.

Mais l'histoire de l'Eglise est tellement sale, polluée, que pas un jour n'arrive sans une découverte qui rend vaine la bonne volonté du pape. D'autant que les hiéraques les plus élevés en grade, collaborateurs au plus proche du pape, sont aux premières loges des compromis. Ainsi des personnes peuvent toujours faire carrière dans l'église, s'élever de petit prêtre de campagne à cardinal, en bafouant tous les messages du Christ, sans que personne de l'Institution le sache ou le sanctionne. On découvre avec effarement que la hiérarchie a recouvert de silence tous les scandales, au prétexte de ne pas ternir l'image de l'Eglise, ou qu'elle ne se sentait pas meilleure que les coupables.

Quel avenir ?

La conséquence en est un déclin inexorable du catholicisme, et sans doute même du christianisme par ricochet. Le passé trouble rappelé ci-dessus n'en est sans doute pas la seule cause. Peut-être pas même la principale. 

Mais partout dans le monde, on voit que les religions conservent une importance qu'elle n'a plus dans les pays chrétiens. Une des plus anciennes et plus importantes religions du monde est en déclin, au contraire des autres, alors même que le monde aurait besoin plus que jamais de son message d'amour et de fraternité.

L'islam ne cède rien, l'hindouisme est partout en Inde, le boudhisme vit toujours, et croît de nouveau en Chine. Pays moderne s'il en est, les Etats-Unis voient exploser des sectes plus ou moins chrétiennes, l'église évangélique par exemple.

Dans notre monde d'un matérialisme forcené, le besoin de spiritualité et de partage d'une croyance commune apparaît comme un réel besoin. Et nos belles églises, toute élancées vers le ciel, sont désertes. Et l'Institution de l'Eglise n'est plus crédible quand elle rappelle le message fraternel du Christ.

Le pape François en est bien conscient, mais l'Eglise a un passé si lourd, un stock de richesses si faramineux, une hiérarchie si compromise, que sa mission est condamnée à l'échec. 

On ne peut pas indéfiniment faire le contraire de ce qu'on dit de faire.