Quand le yuan s'éveillera ...

Yuan
Il y a des années, l'eurodollar et les risques qu'il engendre pour le monde étaient la grande inquiétude des économistes, faisant la une des Universités et de la presse économique et financière. Depuis, son règne s'est considérablement accru, sans que personne ne s'en inquiète plus. Et pourtant !

Avec les déficits américains, commerciaux et budgétaires, le billet vert a envahi le monde. Forte d'être la première puissance économique du monde, sauveuse de l'occident face à la barbarie nazie, égérie du capitalisme triomphant après la débâcle du communisme, gendarme du monde, la nation américaine a promu le dollar comme monnaie de réserve et de paiement mondiale. L'avantage ? Les pays détenteurs de dollars n'en demandent pas la conversion dans leur devise, mais les conservent ou les convertissent en bons du trésor américain, les fameux T Bonds, se replaçant ainsi sur le marché américain. Les nouvelles émissions remboursent les anciennes, et c'est ainsi que l'encours de T Bonds s'élève aujourd'hui à 15 000 milliards de dollars, soit pas très loin d'une année de PNB.

Le statut de monnaie de réserve et/ou de paiement est bien sûr un avantage considérable, car il permet tous les déficits, sans que le débiteur n'ait rien à rembourser.

Mais il faut respecter trois conditions pour qu'une monnaie soit reconnue comme monnaie de réserve, la puissance économique, la confiance, et offrir au monde des actifs libellés dans sa devise. 

La puissance économique de la Chine approche celle des États-Unis

On le sait maintenant, la puissance économique de la Chine dépassera bientôt celle des EU. Il est loin le temps où la Chine ne brillait que par sa seule capacité à produire moins cher que le reste du monde. Le rêve de l'Occident où la Chine produisait et l'occident innovait est loin derrière nous. L'informatique, les télécommunications, l'espace, sont maîtrisés par les chinois mieux que par les européens, bientôt l'aviation, l'automobile. Aucun domaine d'avenir n'échappe à la Chine, et sa volonté de développement et de leadership mondial est facilitée par un régime politique autoritaire sans contestation, à même de donner aux choix stratégiques une rapidité de décision et d'exécution que l'occident démocratique n'a pas.

Dans ce contexte, les entreprises croissent et se mondialisent sans états d'âme, les Universités forment cadres, ingénieurs, chercheurs, la balance commerciale a des excédents abyssaux, l'influence économique et politique de la Chine s'étend au monde entier, Asie bien sûr, Afrique depuis une bonne dizaine d'années, mais Europe et EU également, où la Chine intervient en sauveur d'entreprises en difficulté.  Et la Chine est devenue le premier créancier des EU.

Peut-on encore avoir confiance dans le dollar ?

La chute du communisme a consacré la suprématie du capitalisme, incarné par les Etats-Unis, première puissance économique mondiale, première puissance militaire, culturelle, et a redonné une force déraisonnée au dollar, bien au-delà des fondamentaux économiques. 

En l'absence d'autre monnaie de confiance, et personne ne voulant revenir à l'étalon-or, le dollar a été promu monnaie de réserve et de paiement. Ainsi toutes les matières premières sont cotées et réglées en dollars, les deux tiers des avoirs dans les banques centrales sont libellés en dollars (contre 20% en euros, moins de 2% pour le yuan), alors que les EU d'Amérique ne représentent que 20% du PIB mondial.

Mais à l'heure ou des alternatives au roi-dollar émergent, euro et yuan, la confiance dans la monnaie américaine s'étiole, sous l'effet de deux éléments:

- les faiblesses de l'économie US d'abord, symbolisée par les déficits permanents de la balance commerciale, signe marquant de la faible compétitivité de l'Amérique. La Chine comme on l'a vu rattrappe à très grande vitesse les EU, et crée un doute sur la légitimité du dollar comme seule monnaie de réserve et de paiement

- l'abus de pouvoir, de position dominante, que font les EU, avec Trump mais aussi sous Obama, du statut du dollar. Car Trump, comme Obama, prend prétexte du statut du dollar pour imposer au monde entier la loi américaine. Parce que les transactions en dollars se terminent toujours par un jeu d'écriture dans les livres des banques américaines, le Trésor américain s'accorde un droit de regard sur ces opérations, et va jusqu'à les interdire et les sanctionner à coup de millions ou milliards de dollars. Ainsi le monde se voit-il interdire de commercer avec l'Iran, mais aussi avec Cuba et tous les pays qui ont le malheur de ne pas trouver grâce aux yeux des autorités américaines.

Pire encore, l'Amérique cherche à imposer sa loi même en dehors de transactions en dollars. Il est procédé alors à un chantage pur et simple, digne des gangsters de Chicago : si vous n'obéissez pas aux lois des EU, vous serez interdit de toute activité dans le pays. Ainsi les banques sont-elles menacées de fermeture de leurs implantations américaines si la loi des EU n'est pas appliquée par elles dans le monde entier.

Il n'en a pas toujours été ainsi, mais ces prérogatives que s'arrogent les EU vont pousser le reste du monde à trouver des solutions de rechange au dollar. Elles sont toutes trouvées, l'euro et le yuan. Ou une monnaie à créer, style DTS, panier des principales monnaies.

A trop tirer sur la corde, à la fin elle se casse. On ne peut à la fois ériger sa monnaie en monnaie de paiement et en réglementer l'usage à son seul gré.

La Chine n'est pas encore une puissance financière

Si la Chine a gagné son rang de grande puissance commerciale, elle n'a pas encore celle de puissance financière. Son système bancaire est loin d'être transparent, et les emprunts chinois ne se placent guère qu'en Chine. C'est le handicap principal à l'élévation du yuan en tant que monnaie de réserve.

Mais la puissance économique de la Chine, sa volonté de leadership mondial, sa politique de libre-échangisme ajoutée à sa politique de développement économique de la planète à travers le titanesque projet des routes de la soie ou d'aide à l'Afrique, offre l'occasion au yuan d'accroître considérablement sont rôle de monnaie d'échange.

Les EU ne peuvent pas empêcher la Chine de payer le pétrole iranien en yuan, ni l'Iran ou l'Afrique de payer en yuan ses achats iraniens. Sauf à se mettre dans une illégalité totale, créant une situation de guerre économique dont la première victime sera l'état américain. 

De plus en plus, les Etats du monde vont se méfier du dollar, qui ne permet plus de payer qui ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent.  Si le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve s'érode, alors les T Bonds ne trouveront plus preneurs, et les EU se trouveront dans l'incapacité de rembourser leur dette.

On peut imaginer que le yuan va peu à peu, sous l'effet des diktats arbitraires des EU, étendre son rôle de monnaie de paiement. Puis de monnaie de réserve.

Une crise financière comme le monde n'en a jamais connu

Ainsi la puissance que le dollar monnaie de réserve et de paiement donne aux EU est bien fragile, car elle ne repose plus sur une puissance économique incontestable. Les comportements dominateurs des américains alimentent des réactions de rejet à même de supprimer toute confiance dans le dollar et poussent le monde à chercher des solutions de rechange.

Face à l'abus de position dominante des US, l'Iran vend désormais son pétrole en euros ou en yuans, notamment à la Chine et à la Turquie. Le Vénézuéla aussi. La Chine fait pression dans ce sens sur l'Arabie saoudite. Qui en profite pour faire pression à son tour sur les EU pour que ces derniers continuent à lui vendre des armes, ferme les yeux sur la guerre du Yémen, sur le financement du terrorisme, et la perpétuation d'un régime d'oppression.

Car si l'Arabie saoudite choisit à son tour une cotation de son pétrole dans une monnaie autre que le dollar, c'en sera fini du dollar monnaie de paiement et de réserves.

Tout l'édifice du système monétaire international s'écroulera, et le monde connaîtra une crise financière comme il n'en a jamais connu jusqu'alors.

Il s'en remettra, il s'en remet toujours,  mais il en sortira exangue, et les Etats-Unis auront perdu leur rang de première puissance mondiale. 

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