Et les salaires, bordel !

Augmentation
Il y a au moins trente mille bonnes raisons pour que les classes populaires et moyennes se mettent en colère. Il est remarquable qu'elles aient choisi la plus mauvaise, et qui plus est à peine justifiée.

Un ras-le-bol général

Certes le prix du litre d'essence est cher, mais ce n'est pas le plus cher d'Europe, il est impacté par le prix du pétrole sur les marchés et par le cours du dollar, il concerne une énergie non renouvelable, polluante, cause de la mort de millions de personnes. Cela fait des années que tout le monde condamne le diésel, si des gens ont continué à en acheter, tant pis pour eux! Alors la taxe a augmenté, certes. Mais quel est vraiment son impact sur le niveau de vie des gens ? Pour les gros rouleurs qui font un plein de 60 litres par semaine, l'augmentation de la taxe ne dépasse pas vingt euros par mois. Cela ne justifie pas une révolution !

Alors, nous dit-on, la taxe sur les produits pétroliers n'est pas la seule raison, mais un déclencheur d'un ras-le-bol plus général. Et de dérouler une liste à la Prévert de mécontentements, hausse des impôts (même si un français sur deux ne paie pas d'impôt sur le revenu), politique plus généreuse envers les riches qu'avec les pauvres (la suppression de l'impôt sur la fortune n'a pas été digérée), mort à petit feu des villes et villages avec la fuite de l'administration, des écoles, de La Poste, des commerces, des entreprises qui ferment ou délocalisent, avec la csg qui impacte les retraites, la fermeture des petites lignes de train, la politique du tout Internet qui marginalise les non connectés  ... 

Tout cela est vrai, et le fruit de décennies de changements. Aujourd'hui, la coupe est pleine pour beaucoup, pour tous ceux qui travaillent et qui ont le sentiment d'en être mal récompensé, parce qu'ils vivent plus mal qu'avant. Ils sont employés, ouvriers, petits cadres, petits indépendants. Certains travaillent beaucoup, ils sont en province et donc dépendants de la voiture, ils ne participent pas aux décisions d'un monde qui leur échappe et dont ils ont l'impression qu'il les méprise.

La fin de la hausse générale des salaires

Mais très étonnament, la hausse du SMIC et des bas salaires ne fait pas partie des revendications.

Pendant les trente glorieuses, mais l'étaient-elles vraiment, la hausse des salaires et du pouvoir d'achat était une revendication constante. Aux grandes négociations nationales avec des syndicats qui avaient encore une certaine puissance, étaient déclinées des négociations de branches, qui aboutissaient toutes au maintien du pouvoir d'achat pour tous au minimum, à son augmentation pour tous le plus souvent.

Cela a volé en éclat avec l'exacerbation du capitalisme à partir de la fin des années 80, qui a fait considérer le coût du travail comme un coût ordinaire, a supprimé les augmentations de salaires générales pour le remplacer par des augmentations individuelles au mérite, privilégiant in fine les cadres et les jeunes estimés à potentiel. A partir de là, les non cadres ont vu leur situation lentement se dégrader. Parallèlement, la force des syndicats s'est effilochée, pour ne plus être aujourd'hui que des instances consultatives. 

 

Alors oui, les classes populaires ont été brutalisées, mal traitées. Encore plus si on ajoute que ce sont elles qui sont les premières sacrifiées dans les plans de compression des effectifs, ce sont elles qui patissent des progrès de la productivité, ou qui trinquent dans les réoorganisations à répétition que des cadres venus d'ailleurs imposent chaque fois qu'une nouvelle affectation leur est proposée. Faire et défaire, c'est encore travailler, et combien de services sont bousculés tous les trois ans, parce qu'un petit nouveau frais émoulu de sa grande école, et désireux de se faire mousser, vient apprendre à des gens expérimentés un boulot qu'ils n'ont jamais pratiqué ! Combien de réformes jugées à juste raison inutiles ou néfastes sont mises en place, malgré les réserve des sachants!  

La société est devenue extraordinairement inégalitaire. Le fossé s'est énormément creusé entre les rémunérations des dirigeants et des employés, mais aussi entre les cadres et leurs employés. Aux premiers, hausse des salaires, promotions, rémunérations variables (bonus, actions gratuites, stock-options), aux seconds un salaire très faible, qui peine à courir derrière l'inflation. 1150€ net mensuel, est-ce la juste rémunération du travail ?

C'est ce mouvement qu'il faut renverser, et employeurs, syndicats, gouvernement, doivent se mettre autour d'une table pour faire le bon constat et s'engager dans une autre voie, où la richesse ne sera plus accaparée par quelques uns. Quand on voit la cupidité de la plupart des grands patrons, on peut évidemment douter ! 

La justice y gagnera, l'économie s'en portera mieux, et c'est la seule condition de survie du capitalisme avant que la colère se généralise.

Mais comme le capitalisme mène le monde dans le mur, les employeurs peuvent bien continuer leur politique égoïste et aveugle, le monde s'en portera peut-être mieux !

  

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