Les frasques de Carlos

Ghosn
C'est un autre Carlos qui est en prison, en cravate et costume de luxe cette fois. Sans doute dénoncé par un salarié de Nissan, le voilà directement en prison, sans passer par la case départ. Mais il y était passé si souvent ...

Toujours plus

Cela tombe mal pour le gouvernement et l'establishment économique et financier défenseur de l'ordre capitaliste. Le patron le plus emblématique de nos grandes entreprises, on n'en a pas tant que ça, est pris les doigts dans le pot de confiture japonaise.

9 millions d'euros de rémunération annuelle chez Nissan (7,6 chez Renault) n'est donc pas suffisant pour satisfaire la cupidité de Carlos. Alors il en fait échapper une bonne partie au fisc japonais, et fait payer par la bonne poire Nissan des dépenses personnelles.

Ce n'est évidemment pas bien, et mérite sanction. Mais c'est carrément dégueulasse d'abord au regard de la rémunération dudit Carlos, qui gagne en six mois de quoi vivre une vie entière sans travailler, et qui est connu dans le milieu comme un cost-killer sans états d'âme. 

Pas grand-monde dans l'opinion ne s'apitoiera sur le sort du pdg, qui semble se diriger tout droit vers une retraite dorée un peu précipitée, et surtout sans gloire. Comme Bouton dans un autre temps, le charismatique pdg tombe de son piédestal, emporté par sa soif de richesse. Il aura été courtisé et vénéré du temps de son vivant de pdg, comme on vénère celui qui a la toute puissance, mais aimé certainement pas. Alors fi donc du patron ! Le temps de la vérité est arrivé pour lui, sa chute va délier les langues, beaucoup ne lui feront pas de cadeaux qui auront été brutalisés par son orgueil, son ego surdimensionné, sa cruauté sociale. 

 

 

Costard chic et gilets jaunes

Pendant ce temps-là, la France des classes populaires et moyennes manifeste pour des queues de cerises, revendiquant pour leur pouvoir d'achat sans même oser demander l'essentiel, à savoir l' augmentation des bas salaires. Et on voit le grand patron Ghosn, tout droit sorti de la cuisse de Jupiter, gagner autant que mille smicards réunis, et devoir pour finir ses fins de mois piquer dans la caisse de l'entreprise et tricher pour payer moins d'impôts. De quoi se révolter contre le système, non ?

Combien d'emploi Monsieur Ghosn a-til supprimé? Combien d'augmentations des bas salaires a t-il interdit ? Refuser un smic à 1500€ quand pour soi-même on demande plus d'un million par mois, et qu'on triche pour en avoir encore davantage, il faut n'avoir aucun sens moral, aucune éthique.

Les patrons pourront en vouloir à leur grand collègue, car sûr que l'image des patrons de ces grands-groupes aux rémunérations abyssales alors même qu'ils ne prennent pas le rique de l'entreprise n'en sortira pas grandie. 

La soif de pouvoir et la cupidité sont les deux ressorts principaux de nos sociétés. Cela porte le plus souvent au pouvoir des gens sans trop d'éthique et de morale, plus soucieux de leur intérêt personnel que de la collectivité, peu sensibles aux difficultés du plus grand nombre. Quand le pdg de PSA se fait verser une prime d'un million d'euros pour avoir signé l'achat d'une entreprise en perte depuis 20 ans et dont personne ne veut, est-ce bien moral ? Outre que ledit pdg n'a pas dû travailler tout seul sur le sujet, il n'a fait que son boulot, non? Et puis si prime il doit y avoir, ne serait-il pas plus pertinent de la distribuer à la réussite de la fusion et non à son initiation?

Depuis près de trente ans maintenant, les patrons des grands groupes ont mis leurs salariés non-cadres au régime sec, et ont fait exploser leurs propres rémunérations. Par leurs excès et leur absence totale de scrupules, ils dégoûtent les gens de l'entreprise, du système, et ils ont brisé tellement de vie ! La justice japonaise semble plus expéditive que la française, puisse-t-elle être sans pitié si le pdg a bien commis les fautes dont il est suspecté !

Certain(e)s sont condamné(e)s pour avoir volé quelques victuailles au supermarché, même s'ils ont l'excuse de la pauvreté. Souhaitons que la cupidité ne soit pas l'excuse de la prévarication des riches.

Qui va gagner

La valeur boursière de Renault et de Nissan a dégringolé de plus de 10% à l'annonce de l'arrestation du charismatique pdg. C'est évidemment trop, la valeur d'un groupe de plusieurs dizaines de milliers de salariés ne dépend pas d'un seul homme, fût-il pdg. Voilà qui va faire le miel de quelques traders futés, qui vont racheter à bon compte des titres dont la valeur intrinsèque reste forte.

Pensons aussi à Macron et son gouvernement, englués dans la révolte des gilets jaunes. Et si Carlos offrait une opportune dérivation ? Mais il apporte aussi pas mal d'eau au moulin des anti-systèmes, qui ne vont pas manquer, et ils auront raison, de récupérer l'affaire pour soutenir leurs positions.

Et puis il y a la France. Ghosn est le plus connu des patrons français, il est une idole au Japon, le sauveur de Nissan. Ca va rire dans certaines chaumières, c'est une image de pourriture que l'affaire Ghosn va donner des grandes entreprises françaises et de leurs pdg.

Il est grand temps de mettre de l'ordre (moral?) dans le monde des affaires. Cela passe par une augmentation drastique des salaires les plus bas, principalement le smic qu'il est juste de porter à 1500€ (le Luxembourg l'a fait), une réduction de l'écart des salaires, des rémunérations décentes et justifiées pour les élites dirigeantes, une part du gâteau plus grande pour les salariés que les actionnaires, une humanisation des pressions commerciales et de production sur les salariés. 

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