Est-ce encore possible ?

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Le show de François Hollande face à quatre citoyens n'a pas fait un tabac. 3,5 millions de téléspectateurs seulement, et un président combatif s'accrochant à son bilan, rien qu'à son bilan.

La France va mieux

Et d'énoncer toute une armada d'indicateurs qui font le délice des analystes et technocrates de tous bords.
Oui, et après? Le problème est que le citoyen de base n'en a pas conscience. Parce que ce mieux-aller de la France n'a pas d'impact sur sa qualité de vie. "Changer la vie" était le slogan électoral de Mitterand. Le mieux français n'a pas changé la vie de la plupart.
Chômage en expansion, pouvoir d'achat en berne pour 80% des français, précarisation du salariat et menaces sur notre modèle social, désertification continue de nos provinces, durcissement des conditions de travail dans des grandes entreprises obnubilées par les objectifs à court terme de productivité et profitabilité, guerres en Afrique et Proche-Orient, terrorisme et inquiétudes sur les flux migratoires, difficultés de se loger pour les moins riches, entreprises qui ferment ou délocalisent,  ...

 

Moderniser la France, un projet?

Est-ce que cela peut être un projet mobilisateur pour des français inquiets dans un monde qui change si vite que tout devient obsolète à grande vitesse, y compris eux-mêmes? Se moderniser, mais pour quoi faire? Pour quel monde? Etre encore plus taillable et corvéable à merci dans des grands groupes totalement déshumanisés, où les salariés ne sont plus que des variables d'ajustement dans une course absurde à la rentabilité, où le cadre doit mettre un mouchoir sur sa conscience pour faire vendre de plus en plus de produits inutiles, malsains, étudiés pour casser et non pour durer, ou faire des plans de suppressions de postes pour que quelques très très riches le deviennent encore plus?
Les élites dirigeantes ont imposé au monde un capitalisme impérialiste et mondialisé, qui broye tout sur son passage, défiant frontières et Etats. Tant pis s'il met en danger la planète, la santé des hommes, tant pis s'il entraîne un accroissement de l'injustice sociale, tant pis s'il est le vrai pouvoir qui mène le monde, et tant pis s'il n'a plus aucun contre-pouvoir. 
Certes il a eu le Cap 21, une velléité de lutte contre les paradis fiscaux, des mesures pour que ne se reproduise pas la crise financière de 2008. Mais comment croire ? Les Panama papers, qui ne sont qu'un arbuste cachant une vaste forêt, ont montré que les puissants et les riches n'ont ni foi ni loi quand il s'agit d'échapper à leurs obligations. La finance internationale se porte bien, merci pour elle, c'est elle qui constitue les profits des banques, et un cataclysme financier prochain n'est pas une probabilité, mais une certitude. Quant à la belle unanimité du Cap 21 dans les dorures des palais français, elle reste pour l'instant sans application. 

Perte de sens

Dans ce monde hyper-capitaliste, le travail est en train de perdre sa valeur et son sens. D'un côté il est nécessaire à la survie. De l' autre, il perd son sens, trouble les consciences, crée stress, angoisse, burn out. 
Pour ne pas désespérer, on se replie sur soi, refusant ce monde ouvert où les plus forts nagent comme des poissons dans l'eau, et où la grande majorité ne se perçoit plus que comme un pion jetable. On se réfugie dans une pseudo-identité nationale, ethnique, religieuse, corporatiste.
Les succès de l'extrême-droite partout en Europe, même en Scandinavie, ceux de Sanders ou Trump aux EU, de Podermos en Espagne ou Nuit debout en France, sont le reflet des interrogations mondiales sur la place de l'homme dans un monde dirigé dans le seul but du profit. 
Alors oui, François Hollande n'a pas démérité. Il a fait ce qu'il a pu dans un monde capitaliste où le pouvoir échappe aux politiques. Pouvait-il faire mieux? En tous cas on ne voit dans les programmes des autres partis rien d'autre que ce qui a déjà été essayé trente six mille fois.
Alors non, il n'a pas répondu aux espoirs des français qui n'ont pas vu s'améliorer leur qualité de vie, au contraire même pour le plus grand nombre.
Alors non il n'a pas donné de raisons d'espérer à ceux qui aspirent à un monde plus humain, plus juste, plus respectueux de l'environnement, où les rênes du pouvoir ne seraient pas détenus par les seuls bénéficiaires des richesses, dirrigeants des entreprises, actionnaires, financiers.
Mais est-ce encore possible ?