Menace pour la démocratie

Le 10/03/2026

Dans Humeurs

Les jours se succèdent, la guerre s'intensifie et s'étend, les perspectives s'assombrissent.

Mojtaba Khamenei
Mojtaba khamenei

La décapitation des instances dirigeantes de l'Iran ont étonné le monde, et rendu plus optimistes les plus sceptiques. Dès le premier jour de la guerre, l'increvable et intraitable ayatollah est tué, en même temps que des chefs de l'armée et des gardiens de la révolutions. L'aviation israélo-américaine est maîtresse du ciel, les cibles convoitées sont atteintes, affichant l'incroyable expertise du renseignement israélien, la population, autant qu'on peut le savoir, paraît soutenir les bombardements.

Malgré tout, l'Iran tient, envoyant drones et missiles, étendant ses bombardements à tout le Moyen-Orient pour créer le chaos, affirmant haut et fort sa résilience. Et summum de l'insolence, à Trump qui fanfaronne en proclamant son souhait d' intervenir dans la désignation du nouveau guide, le Conseil des Experts élit le fils d'Ali Kkamenei, conservateur et va t'en guerre, proche des Gardiens, et que Trump avait qualifié, sans doute sans savoir, de "poids-plume". 

Ce qui permet à ces mêmes gardiens de faire un doigt d'honneur au président de la première puissance militaire mondiale en proclamant que le nouveau guide est plus radical encore que son feu papa.
Et quand on pense que Mojtaba a vu périr en même temps que son père, sa mère et son épouse, on n'a pas de doute à avoir sur ce point.

Une guerre partie pour durer

Les frappes alliées sont d'une extraordinaire intensité, causant des dégâts terribles à l'Etat iranien. Des casernes, des sites de commandement, des bâtiments administratifs, des sites de stockage d'armement, d'uranium, de pétrole, sont ciblés, et même des usines de désalement d'eau de mer. L'objectif est clairement de mettre le pays à feu et à sang, sans intervention humaines des alliés, pour le rendre ainsi ingouvernable, et déboucher sur une révolution populaire, aidée ou non par des forces militaires internes dissidentes qui renverserait le régime.

Cela ne s'est jamais produit dans l'histoire récente, et on voit mal pourquoi il en serait autrement en Iran.

Depuis 47 ans, l'Iran, par sa politique, évolue dans un environnement hostile parmi des pays qui veulent la fin de son régime théocratique fanatique. Pour pallier les risques, le pays dispose d'une armée, de milices fidèles comme les Gardiens de la Révolution, qui tirent toutes les ficelles, détiennent les rênes économiques et financiers, et disposent d'une armée bien équipée, évaluée entre 100 et 150 000 hommes fanatisés, auxquels s'ajoutents les Bassidjis, miliciens sans états d'âme, qu'ils dirigent.

Mauvais pour les démocraties

Mais même sans marine, sans aviation, sans alliés, l'Iran reste debout, et le nouvel ayatollah crie sa haine et son désir de vengeance. Si la production de missiles trouvera sans doute ses limites, cela ne devrait pas être le cas des drones. Et les petites vedettes kamikazes ne sont pas encore entrées en action.
Soyons clair, l'Iran ne battra pas les EU et l'Israël, mais sans invasion de l'Iran par des troupes à pied, il n'y aura pas de capitulation des ayatollahs, et le régime se maintiendra.
Et le temps joue contre Trump qui a bafoué les règles de la démocratie pour se lancer dans une opération hasardeuse qui n'a jamais rencontré l'assentiment de la majorité du peuple américain. Les temps prochains s'annoncent difficiles pour lui, qui aura contre lui le peuple, dont l'électorat Maga, et le Congrès. A l'opposé, on peut penser que un certain nombre d'iraniens pourrait soutenir leur gouvernement, même détesté, face aux destructions massives des agresseurs occidentaux.

D'un côté un gouvernement tout puissant, hai mais victime, qui a le temps avec lui, de l'autre un chef d'Etat d'une démocratie bourgeoise, qui surestime sa puissance, et dont la liberté d'action va aller en se réduisant pour bientôt disparaître. 

 Les démocraties sont le fruit de pays qui ont trop aimé la guerre, et qui maintenant, amollis par le confort et les regrets, ne sont plus prêtes à en supporter longtemps les horreurs. 
Les guerres ne sont jamais décidées par les peuples, mais sont les décisions de dirigeants dominés par leur désir de puissance et de conquête, personnages névrotiques indifférents au bonheur et bien-être des peuples qu'ils sont censés diriger. Les démocraties où les peuples s'expriment, par le vote, manifestations, presse,  sont en postion de faiblesse face aux régimes autoritaires où la volonté du grand chef doit s'appliquer sans contestation.
Le risque est fort que la volonté populaire contraigne Trump à se retirer d'un conflit appelé à être long. C'en sera fait du peu de prestige et donc d'influence que le Sud global porte encore à l'Occident et ses démocraties.