Histoire ordinaire d'un citoyen ordinaire

Ants 1Le 9 septembre, je me fais voler ma voiture, avec à l'intérieur ... mon permis de conduire! Oui, je sais, je n'aurais pas dû laisser ce précieux document dans mon auto, c'est ce que je rabâche à mon fils depuis des mois! Mais nul n'est parfait.
Cela m'aura fait voir que même à l'âge de l'Internet et de la dématérialisation, l'absurde n'a pas quitté les gênes de l'administration, et que pour mener à bien pareille démarche, il faut du savoir-faire bureautique, un bon équipement, de la patience et  ... des jambes.

Au commissariat

Nous sommes le vendredi 9 septembre, 17h. Ma place de parking numérotée est vide, peut-être ai-je garé ma voiture ailleurs? Ma mémoire défaillerait-elle? Un tour du quartier quand même, avant de me rendre sous la pluie au bâtiment flambant neuf de la Police municipale du Chesnay. Accueil aimable de la personne présente, mais mon pauv'monsieur, la sous-police que nous sommes n'est pas habilitée à recevoir les dépôts de plaintes! En route donc pour Versailles, 3km à pied sous la pluie, c'est bon pour la santé. 

Pas trop de queue, pas trop d'attente, et réception efficace d'un capitaine de police dans un bureau triste à hurler, partagé avec un commandant, sans imprimante. L'affaire est conclue en 30', j'ai deux mois pour avoir un nouveau permis, et je repars avec une liasse de documents justifiant le vol de la voiture, du permis, de la carte grise, le grand jeu quoi! et peu d'espoir de retrouver ma voiture. Une chance sur deux, me dit le capitaine, et dans le premier mois.

 

Nouveau permis, comment fait-on?

Un petit tour sur Internet, et bingo, il existe une application magique, ANTS (Agence Nationale des Titres Sécurisés pour les ignorants), pour la fabrication des permis de conduire. Il n'y a qu'à cliquer sur demande en ligne, et suivre le mode d'emploi. Aussitôt lu, aussitôt fait, je me munis des documents nécessaires (carte d'identité, copie du permis volé, déclaration de vol, justification de domicile), et je scanne à tout-va, me demandant en passant comment font les 15 à 20% français qui ne peuvent pas faire ça!

Car aller à la préfecture, il ne faut pas y compter. Tout est fait pour nous en dissuader, pas d'adresse de service, pas de téléphone, direction Internet point barre.

ANTS - le système des demandes en ligne

En route donc pour l'ANTS. Ouverture de compte, puis demande en ligne. Il suffit d'être bon élève, rassembler les documents, les scanner et l'affaire est faite. Votre demande est à l'étude, et on vous dira si tout est OK.
Trois jours après, le 19 septembre, je suis au Portugal, et je reçois un sympathique mail, anonyme et no-reply, m'informant que ma demande est conforme, et adressée à la préfecture. Je suis alors très optimiste, pensant naïvement que l'impression ne prendrait que quelques jours.

Le Portugal se passe, très bien merci, deux semaines se sont écoulées, et pas de nouvelle de mon permis. Je laisse un peu de temps au temps, on sait que le temps de l'administration n'est pas le même que celui du citoyen ordinaire, et deux nouvelles semaines se passent. Et il n'y que cela qui passe. Le permis qu'on promettait de m'envoyer directement s'agissant d'une refabrication n'est toujours pas là.

Problème : comment aller aux nouvelles? Recherche sur Internet, interrogation sur "contact" du site de la Préfecture des Yvelines, et bingo, une réponse, il faut aller de nouveau sur le site de l'indispensable ANTS. Aussitôt dit, aussitôt fait, et première demande : le numéro de dossier! Angoisse! je n'ai fait qu'envoyer les documents au service, sans doute externalisé, d'examen de complétude des documents envoyés, et le mail de conformité, adressé comme on l'a vu par noreply en total anonymat, ne comprend qu'une référence à 25 ou 30 chiffres, inutilisable. 

ANTS - le chiffre manquant

Comment donc trouver ce foutu numéro de dossier? Re-recherche sur Internet, re-interrogation du contact du site de la préfecture. Il se trouve que le numéro de dossier, c'est le numéro du permis de conduire, apparaissant tout à côté de la signature sur les vieux permis. Euréka !

Mais il me faut vite déchanter. Le numero du permis comprend six chiffres, celui demandé sur ANTS comprend 3 blocs, dont deux de deux chiffres. Donc ça ne marche pas, même en saucissonnant mon numéro ou en ajoutant des zéros.

Re-re-recherche sur Internet et re-re-interrogation, et quelque part une solution apparaît: on peut trouver son numéro de permis, et donc de dossier, sur les lettres nous informant de la suppression ou réattribution de points. Dieu des automobilistes irrespectueux soit loué! un point m'a été enlevé il y a trois ans, qui m'a été réattribué en juillet 2017. Le courrier est dans mon cloud, et il y a bien un beau numéro qui pourrait bien convenir, et dont les six premiers numéros sont ceux inscrits sur mon vieux pemis.

 

Préfecture

Je me précipite sur mon application devenue préférée, ANTS, et magie de l'informatique et de l'administration réunies, ça marche. Un belle page s'ouvre, décrivant les huit étapes devant aboutir à la délivrance du permis. J'en suis à l'étape 5, donc en bonne voie.

Etape 5: le permis est à la préfecture, merci de la contacter pour les modalités de distribution. ICI

Plein d'espoir et d'allégresse, je me précipite sur le site de la préfecture, mais y trouver un numéro de téléphone est impossible. Je le trouve sur les pages jaunes. Dites "permis de conduire" me demande-t-on au standard, pour avoir le bon service. Enthousiaste, j'énonce la phrase magique, on me  dit alors qu'il faut que j'appelle le 01 39 49 78 50, mais seulement les mardi et vendredi de 9h à 11h30 !!

Pas de veine on est lundi. Mardi matin, sans le petit prince, j'appelle le fameux numéro. Une fois, deux fois, dix fois, vingt cinq fois, cinquante fois. Chaque fois, à la deuxième tonalité, même refrain, "toutes les lignes sont occupées", pour un service de qualité, veuillez rappeler ose-t-on préciser!

Bon, je suis randonneur, il fait beau, 3 km de marche ne me font pas peur, en route vers la Préfecture. Je raconte mon histoire, on me dit que le service n'est pas ici, que de toute façon il ne faut pas y aller, pas téléphoner non plus, car il n'y a qu'une personne qui répond (en fait qui ne répond pas), et qu'il faut adresser soit un courrier soit un mail!

L'idée saugrenue me vient que la Préfecture ayant et mon numéro de téléphone et mon mail aurrait pu m'interroger directement, ou même m'adresser directement le permis à mon domicile comme annoncé sur le site de l'ANTS, mais bon, comme je n'ai pas fait l' ENA et que je ne veux pas mettre en colère l'aimable personne qui me dépanne et qui n'y peut mais,  je la ferme prudemment.

Un papier m'est donc remis, avec les adresses mail et courrier. 

Epilogue

Comme je suis moderne du début à la fin, je choisis le mail. Deux heures après, une réponse sans doute automatique me parvient disant que j'aurai une réponse dans les dix jours! Allons bon!

Encore deux heures après, un nouveau mail, personnalisé cette fois, me parvient, disant que mon permis est bien à la préfecture, et qu'il va m'être envoyé à mon domicile. Et deux jours plus tard, le facteur me l'apportait. On était le 3 novembre.

Elle est pas belle la vie?

Suggestion

Le préfet ou son épouse devraient perdre leur permis, pour avoir à utiliser la procédure. Les failles seraient ainsi corrigées.

Car il suffirait de presque rien pour que le processus soit fluide et sans rupture:
- la mention du numéro de dossier permettant l'accès au suivi du dossier sur ANTS dans le réponse de "demandes en ligne", avec le mode d'emploi

- l'envoi du permis directement au domicile de la personne, comme annoncé, et non l'envoi à la préfecture qui n'apporte aucune valeur ajoutée, et qui n'informe pas proactivement de sa réception. 

Question subsidiaire: comment fait-on si on ne dispose pas d'Internet?