Vouloir sauver la planète est-il une utopie ?

PollutionLe départ de Nicolas Hulot est une mauvaise nouvelle pour la planète. Il confirme si besoin en est l'impuissance du politique face à la réalité économique. Le monde sait qu'il va dans le mur, mais il ne sait pas comment faire autrement. La pollution ou l'emploi, tel paraît être l'enjeu, et aucun politique n'est prêt à se brûler les ailes en jouant l'environnement.

Le monde se regarde aller dans le mur

Croyait-il vraiment, Nicolas Hulot, qu'il pourrait mettre en oeuvre une vraie politique de transition écologique, en rupture avec les politiques passées ?

Il doutait évidemment, il avait tant de fois reculé devant les postes de ministre qu'on lui proposait. Mais Macron était jeune, déterminé, en rupture avec les vieux politiques, l'ancien monde comme il les appelait. Et bien que l'environnement et la défense de la planète soient absents du programme du candidat président, l'envie l'a emporté de passer de la dénonciation à l'action.

Son bilan n'est pas vain, mais bien loin de ses ambitions et de la gravité des problèmes. Il en a avalé des couleuvres, perdu des arbitrages ! L'avenir du nucléaire français n'est pas entamé, la part de l'agriculture bio reste faible, les pesticides se portent très bien, le vélo piétine, le solaire et l'éolien restent marginaux,  les puissants lobbys agricoles, de chasse et pêche, d'électriciens, de la grande distribution, du pétrole et du gaz, de la finance et des multi-nationales dominent tout, et ne lâchent rien.  

Comme dans l'ensemble du monde, les accords de Paris tardent à voir le commencement d'une ombre d'application, le plus grand pollueur de la planète, les EU, s'en est retiré, et déréglemente à tout va pour apporter aux entreprises la liberté de tout faire.

Le transport aérien continue son expansion, comme le transport maritine des marchandises et des personnes. Partout la pollution augmente, les mers empoisonnent, les forêts s'amenuisent, les espèces animales disparaissent , comme la bio-diversité, le climat se réchauffe, et annonce des catastrophes contre lesquelles on ne pourra pas lutter.

Le monde entier est d'accord sur ce constat. Et pourtant bien peu est fait. On regarde venir le cataclysme, mais comme c'est notre descendance qui le vivra, tout le monde ou presque s'en fiche. L'emploi, le pouvoir d'achat, les congés et les loisirs, le montant de la retraite, les profits des entreprises, les jeux olympiques et la coupe du monde de foot, la petite politique politicienne avec son lot de compromis, compromissions, ambitions, magouilles, mensonges, tout passe avant la transition écologique et la mise en oeuvre du monde nouveau qui respecterait notre planète et assurerait sa survie.

Et il n'y a pas de raisons que ça change d'ici peu. 

 

Pourquoi tant d'attentisme

La question de fond est de savoir si l'écologie est compatible avec le système économique adopté par le monde entier, le capitalisme.

Mus par le profit, les entrepreneurs n'aiment pas qu'on entrave leur liberté, et encore moins pour des objectifs lointains, situés bien au-delà de leur business plans. Avec la mondialisation et la financiarisation, il avance comme un rouleau compresseur, asservissant tout sous la loi de la productivité, efficacité, recherche du profit, compétitivité. Dans cet esprit, le respect de l'éthique et de l'environnement est une charge génératrice de charges et donc de baisse de compétitivité. Les lois ne sont pas respectées, ou sont détournées.

Pour que les Etats n'aient plus peur d'affecter la compétitivité de leurs entreprises en mettant en oeuvre des règles environnementales, il faudrait que leur application et contrôle soient à l'échelle mondiale. Ne rêvons pas, ce n'est pas demain la veille.

Aux pays pauvres, en voie de développement, sans politique sociale ni de santé, aux taux d'alphabétisation faibles, aux taux de chômage élevés, les problèmes de respect de la planète peuvent paraître des soucis de riches. Alors que la famine, la malnutrition, le chômage, la maladie, sont leur quotidien, ces pays ne peuvent pas voir d'un bon oeil que les riches leur interdisent d'emprunter les routes qui leur ont permis de devenir riches.

D'autant que les pays riches ne sont pas prêts à le devenir moins. On continue à se féliciter de la vente d'Airbus, de Rafale, de bateaux de croisière aux dimensions de plus en plus gigantesques, qui polluent mers et ports d'escales. On produit des voitures toujours plus puissantes et plus gourmandes, la grande distribution importe toujours de plus en plus de produits venus de pays lointains, fabriqués par une main d'oeuvre exploitée, et dans des conditions sanitaires en irrespect de nos règles. 

Et si on s'améliorait?

Que se passerait-il si on mettait en oeuvre une vraie politique de transition écologique ?

Imaginons qu'on limite la production d'avions et de bateaux de croisières. Airbus disparaîtrait à terme, comme nos chantiers navals, générant des milliers de pertes d'emploi et de savoir-faire.
Imaginons qu'on mette en oeuvre une politique drastique de décroissance du nucléaire. Ce sont nos besoins d'énergie qui ne seront pas satisfaits, car nous ne pourrons pas réouvrir les mines de charbon. D'ailleurs le charbon est un remède aussi pire que le mal ! 
Imaginons que nous freinions fermement l'importation de produits, notamment agricoles, qui viennent de trop loin. On devra s'en passer, ou les payer beaucoup plus cher, entraînant inflation, pertes de pouvoir d'achat, et donc récession et chômage. Et on aura aussi appauvri les pays producteurs.
Imaginons qu'on durcisse encore les règles appliquables aux entreprises. Si un pays est seul à le faire, il pénalise ses entreprises, avec le risque qu'elles disparaissent vaincues par la concurrence internationale.

Alors ?

Alors dans l'état actuel du monde, l'avenir de l'écologie, et donc de la planète, est loin d'être assuré.

On s'occupera par çi par là des pics de pollution des capitales et des grandes villes, de la saleté des fleuves qui tue la vie, mais ce ne sera jamais qu'un cautère sur une jambe de bois.

Une vraie politique de l'environnement à même de sauver la planète est incompatible avec le sytème capitalisto-financier-mondialisé qui est celui du monde. La compétition permanente qui génère cette course à la productivité, vaine et nocive, et la recherche de profits, toujours plus hauts, toujours plus forts, continuera à faire fi des contraintes environnementales, d'autant que les entreprises maîtres du jeu sont multi-nationales, et échappent en grande partie, aux contrôles des Etats-nations.

Une gouvernance mondiale et un nouveau système économique assis sur des valeurs de solidarité et de respect de la planète ne sont malheureusement qu'une utopie.  

En attendant, le seul espoir du monde est la prise de conscience du danger par l'ensemble des citoyens du monde. Qu'ils cessent de bouffer la merde que l'agro-industrie leur fabrique, qu'ils cessent de s'embarquer dans des croisières imbéciles où le luxe remplace la découverte, qu'ils limitent leur consommation à l'utile et au respectueux de l'environnement, qu'ils votent pour des programmes où l'environnement a sa place, et qu'ils ne réélisent pas les menteurs, qu'ils cessent de se faire des guerres et que les pays riches cessent de s'enrichir en vendant des armes aux pays pauvres, ...

Le seul qui a le pouvoir d'imposer sa loi, c'est le consommateur, qui est aussi client. Il revient au consommateur, qui est citoyen, de s'organiser pour s'opposer. Est-ce rêver. 

Une amorce de mouvement est peut-être entamée. Est-ce utopique d'y croire ?

 

 

 

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