Verre d'eau et eau de boudin

Boudin
L'affaire d'état que devait être l'affaire Benalla si on devait en croire les médias et les politiques a bien été une tempête dans un verre d'eau, et a fini en eau de boudin. Le bon sens a prévalu, qui a tourné en ridicule tous ceux qui, pour des raisons plus mauvaises que bonnes, ont voulu en faire l'affaire de la décennie.

La ruée des médias

Une intervention musclée lors de la manifestation du 1er mai est filmée, et portée sur les réseaux sociaux. On y reconnaît un conseiller de l'Elysée, fidèle de la première heure du président Macron.

Il n'en faut pas plus pour que la curée commence, alléchée par l'odeur du sang et du scandale. Tant pis si ce n'est qu'un dérapage individuel d'une personne incontrôlée, que sa jeunesse et la proximité du pouvoir ont un peu grisé.

Les médias aiment les scandales, ça alimente les unes et ça fait vendre. Et ils ne sont pas mécontents non plus de viser à déstabiliser un pouvoir qui n'est pas aussi complaisant envers eux que le prédécesseur François Hollande. Ce dernier s'y est brulé les ailes, et a payé sa complaisance avec la presse d'une impopularité exceptionnelle. Alors Macron prend ses distances, ne se confie guère, construit une communication plus officielle et plus formelle.

Donc la bavure Benalla, c'est du pain bénit, et les médias à l'affût vont avoir de cesse de convaincre l'opinion qu'il y a lieu d'en faire une affaire d'état. Tous les journaux vont se précipiter dans ce gouffre de médiocrité, et les meilleurs comme Le Monde ou Libé ne seront pas les derniers, loin s'en faut.

Les politiques embrayent

Balayés par la vague Macron, la rancoeur et la haine ont fait suite à l'hébétude dans les rangs de l'opposition. 

Relativement populaire à l'intérieur, très populaire à l'international, tout semblait réussir à Macron l'iconoclaste et pourtant bon élève. Tout paraît réussir à ce plus jeune président de l'histoire de France, qui fait ce qu'il a dit, et qui réussit même à faire passer les réformes sociales qui ont fait chuter ou reculer tous les autres.

Survient un jeune gars, venu aussi de nulle part, c'est à dire qui n'est pas passé par les circuits traditionnels de l'élite, tout jeune, au nom bizarre, costaud et musclé, obligé de Macron et qui semble aimer la bagarre avec les poings plus qu'avec les mots. 

Alors haro sur le baudet, le voilà celui de qui vient tout le mal ! Et c'est toute la macronie qui est mise en cause, et au bout du bout, Macron lui-même. A toutes petites causes, très grands effets !!

Une commission d'enquête parlementaire est demandée à l'unisson par les oppositions réunies, qui espèrent enfin retrouver une raison d'espérer, à défaut d'exister. 

Le bon sens

Mais malgré une médiatisation inouie de l'affaire, qui fait la une de tous les quotidiens, télé y compris, la greffe ne prend pas. L'opinion publique a déjà signifié son ras-le-bol des politiciens de métier en 2017, ce n'est pas pour retomber dans les mêmes travers en 2018. Elle n'est pas dupe de la duplicité des médias et des politiques, et ne parvient pas à trouver dans cette bavure une affaire d'état.

Une tempête dans un verre d'eau dira Emmanuel Macron. C'est aussi l'avis des citoyens. L'opposition en prend acte, et c'est le sauve-qui-peut général pour ne pas trop perdre la face. Elle quitte les commissions d'enquête, et l'affaire d'état devient ce qu'elle aurait dû toujours être: un incident de parcours d'un individu, dont la sanction éventuelle est du seul ressort de sa hiérarchie.

L'eau du verre est devenue eau de boudin. Circulez, y a rien à voir !

Et pendant ce temps-la

- Le capitalisme financier qui impose sa loi au monde accroît sa puissance, les plus grosses entreprises de la planète annoncent des profits record, alors que le chômage reste fort, que les salaires et les retraites baissent en pouvoir d'achat, que le smic n'augmente pas et de plus en plus de travailleurs sont sous le seuil de pauvreté, que l'impôt sur les sociétés est hors de proportion avec le montant distribué aux actionnaires, que l'éthique et le respect de l'environnement restent des priorités très marginales. 

- L'Europe se délite, le populisme la pénètre petit à petit, avec ses relents de racisme, sous couvert d'identitarisme.

- L'environnement de la planète poursuit sa dégradation, à un rythme qui s'accélère même, montrant l'impuissance des Etats qui ont pourtant signé les accords de Paris. 

- Ce qui pouvait faire croire que l'umanité avait pris une bonne direction après le cataclysme de la seconde guerre mondiale se délite: la démocratie est de moins en moins une référence, s'effaçant devant les religions et leurs superstitions; l'ONU et l'idée d'une gouvernance mondiale sont aux oubliettes; le nationalisme renaît partout de ses cendres, avec sa course aux armements et à la guerre; la laïcité est battue en brèche; les inégalités s'accroissent partout, le travail est mal rémunéré, les lois sociales sont attaquées; le profit, partout, est au centre de l'activité humaine, l'homme n'y est que rarement.