Injustices, jusqu'à quand ?

Dans le monde entier, les excès du capitalisme font des ravages. Du trumpisme aux gilets jaunes, d'Italie au Chili, le sentiment d'injustice s'accroît et débouche sur des manifestations de révolte violente. 

Il n'y a plus de contre-pouvoir au capitalisme

Durant les trente glorieuses, deux contre-pouvoirs ont limité les excès du capitalisme : les syndicats d'une part, l'existence d'autre part d'un modèle alternatif, le communisme.

La mort de ce dernier a sonné le triomphe du capitalisme, qui s'est alors développé sans pudeur et sans limite. Il s'est d'abord mondialisé pour donner naissance à des oligopoles aux pouvoirs extra-nationaux. Il s'est financiarisé, en érigeant l'accroissement de valeur pour l'actionnaire comme la finalité première de l'activité de l'entreprise. Stock-options, bonus et parts variables ont motivé les dirigeants dans la direction voulue, dividendes et cours de bourse ont acheté le silence des actionnaires. Ainsi fermetures d'usines, délocalisations, plans sociaux, courses sans limite à la productivité dans tous les secteurs de l'entreprise, lutte contre les coûts par des "cost killers" qui ne sont rien moins que tueurs de vies, sont devenus les indicateurs de bonne gestion, ringardisant la recherche de l'amélioration des conditions de vie des salariés. La politique de la France ne se fait pas à la corbeille, disait de Gaulle. Il n'y a plus de corbeille, mais tous les dirigeants des grandes entreprises ont maintenant l'oeil fixé en permanence sur le cours de bourse.  

Car en même temps, la libération des marchés et la compétition mondiale qui s'en est suivie ont été mises à profit par les dirigeants pour réduire au silence les syndicats par le chantage à l'emploi. Seuls quelques syndicats de services publics conservent une capacité de contestation, ailleurs ils en sont réduits à entériner les choix des directions.

Quant aux Etats, ils ont mis du temps à comprendre les dégâts que le soulèvement du couvercle de la marmite a occasionné, quand ils l'ont compris. Ils se sont laissés aller à l'illusion des bons indicateurs économiques globaux, sans voir ou vouloir voir que la croissance ne bénéficiait qu'à une part non majoritaire des populations. Ajoutons l'existence de relations plus ou moins incestueuses entre les grands dirigeants des groupes privés et des politiques, et la foi dans le néo-libéralisme adopté par le monde entier, et on comprend que les Etats ne sont plus que les spectateurs impuissants du monde.

  

Pas de perspectives de changement

Depuis deux décennies, une part croissante de la population est en voie de paupérisation.

Alors ça ne se voit pas toujours, car la très grande pauvreté a disparu ou presque de nos sociétés d'assistance.

Mais les salariés non qualifiés, ou qualifiés comme tels, ne profitent pas de l'enrichissement global. Les salaires suivent à peine le pouvoir d'achat, et ne sont pas augmentés des stock-options, bonus et parts variables attribués aux cadres et aux dirigeants.
Bien au contraire, le smic ne bénéficie plus du coup de pouce traditionnel, et à 1300€ net, il n'est pas loin du salaire de subsistance évoqué par Marx. Comment se fait-il qu'on n'entend jamais ou presque d'indignations sur le niveau indigne de ce salaire qui ne permet pas de vivre ! Si on entend les chefs d'entreprises, économistes, politiques, s'ériger contre une hausse au motif qu'elle amènerait une perte de compétitivité, on entend jamais les cris d'indignation de ceux qui sont choqués que travailler 8h par jour rapporte si peu.
Comment un PDG d'une grande entreprise, dont il ne prend même pas le risque, arrive encore à se regarder en face quand il se verse plusieurs millions d'euros de rémunération annuelle (sous diverses formes), alors que les personnes qui bossent pour lui permettre ça ne gagnent qu'une quinzaine de milliers d'euros sur la même période ?

Peut-on seulement espérer un avenir meilleur ? Surtout pas, l'ubérisation et l'apparition de métiers logistiques nés des activités digitales gonfle si besoin en était les troupes de travailleurs dits qualifiés, donc mal rémunérés, et au statut "libéral" sans protection et sans sécurité de l'emploi.

C'est à une régression formidable à laquelle on assiste. Alors que les années 50 et 60 laissaient croire en une société plus égalitaire, où le travail permettrait à chacun de vivre selon ses besoins, c'est tout le contraire auquel on assiste, un monde où le plus fort impose sa loi, et s'approprie la part la plus grande possible du gâteau, sans état d'âme, sans considération sociale. 

 

Les Etats impuissants

Les Etats parviendront-ils à reprendre la main, et empêcher les dérives égoïstes du capitalisme ? Rien n'est moins sûr, quand on voit l'incapacité des états européens à adopter une ligne de conduite unique face aux oligopoles mondialisés.

Délocalisations, travail des enfants, pillage des matières premières, optimisation et évasion fiscale (pour 100 de dividende distribué, combien d'impôt société ?), ubérisation, précarisation, fermeture d'usines, pressurisation des salariés, constituent la face cachée des grandes entreprises.

L'injustice est au bout du compte, mais pas seulement. Le travail y perd son sens et le travailleur le respect.

L'étonnant n'est pas la révolte qu'on voit un peu partout, mais qu'il n'y en ait pas davantage.

Pour changer les mentalités des entreprises, pour intégrer dans leurs indicateurs de performance le bien-être de leurs salariés et la hausse de leur pouvoir d'achat, une entente des Etats est nécessaire. Quand les économies sont ouvertes et la compétition mondiale, il faut que toutes les équipes appliquent les mêmes règles. On en est loin, on s'en éloigne même.

L'Union européenne est tout sauf unie, America first est le cri national américain, et pas seulement depuis Trump, l'Asie a intérêt à ce que rien ne change, la Grande-Bretagne pourrait faire ses choux gras du dumping fiscal et social.

Alors si les dirrigeants politiques et économiques sont incapables de revoir leurs modèles, comme on doit le craindre, le populisme a de beaux jours devant lui, et, avec lui ou sans lui, les révoltes du grand nombre qui travaille et rame à la fois.

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