L'inertie française

  • Le 04/01/2021
  • Dans Humeurs
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Cinq cents vaccinés en France, des centaines de milliers, voire des millions, dans beaucoup d'autres pays. Où le bât blesse-t-il ?

 

Quand le mieux est l'ennemi du bien

La France est un pays jacobin, qui a la centralisation dans ses gènes. Elle l'était déjà du temps même des rois, elle l'est restée avec la république qui a décapité les girondins.

En France, tout est attendu de l'Etat et de ses représentants politiques, même si en même temps les français ont peu d'estime pour leur personnel politique, et une confiance en lui mitigée. Ce n'est pas la moindre des contradictions.

Ajouté à cela le principe de précaution, qui légitime la peur des reponsabilités, et on a un environnement politique et administratif pyramidal, où les décisions viennent du sommet, avant de descendre lentement au travers d'organismes multiples, qu'ils soient de déconcentration des organismes nationaux (ARS, HP, préfectures ...), de décentralisation politique (région, villes ...), ou d'organes de consultation (nationaux, régionaux, départementaux).

Au final, le résultat voulu est là, mais le temps pour y parvenir est bien supérieur à celui des pays où souplesse et confiance sont encouragées.

Pour le vaccin anti-covid, nos technocrates visent à réaliser des plans rationnels de vaccination, en tentant de fixer des priorités qui tiennent compte de l'âge, du domicile, des métiers, de la localisation, des pathologies. Et d'instaurer un fichier exhaustif des vaccinés paur assurer études statistiques et suivis des vaccinés.
Et au final, trois cents vaccinés à fin 2020, contre plus d'un million en Israël ou Allemagne, ou des millions aux EU et GB, mauvais élèves dans la gestion de la crise. Ce qui n'est pas nécessairement inquiétant, saif si c'est contraire à la réelle volonté politique.

Le mieux peut être l'ennemi du bien, vouloir trop bien faire est générateur d'une inertie qui peut être inacceptable, et notre système administratif conçu pour qu'il n'y ait jamais de responsables montre là ses limites.

 

Et si aux causes évoquées ci-dessus de l'inertie française s'en ajoutait une autre ?

Les vaccins proposés aujourd'hui sur le marché font l'objet de pas mal de critiques :
- ils sont portés par une technologie nouvelle, l'ARN messager, sur laquelle on a peu de recul et dont beaucoup estiment, à tort ou à raison, qu'ils n'ont pas fait leurs preuves et que l'absence d'effets secondaires n'est pas démontrée 
- ils garantissent la protection contre l'évolution forte de la maladie, mais pas contre la contamination puisque les vaccinés continuent à être contagieux 
- et en plus ils ne sont pas français.

Et si dans différents endroits de la chaîne de "non décision" certains s'accomodaient à faire traîner la vaccination actuelle pour qu'il reste encore beaucoup de personnes à vacciner quand arriveront les vaccins PASTEUR/MERCK ou SANOFI/GSK ?

 

L'inefficacité est globale à l'économie française

A travers ces tergiversations à la française, notre faiblesse apparaît clairement : 
- inertie par recherche de la perfection
- multiplication des organes de décision et de consultation qui diluent les responsabilités et allongent démesurément les process
- inaptitude à la prise de risque, décisionelle ou financière. De grands laboratoires, parfois en association avec des petites structures, ont été capables de mettre au point un vaccin en quelques mois, sur la base de techniques nouvelles, alors qu'il faudra attendre plusieurs mois encore pour qu'arrivent sur le marché ceux des fleurons français, Sanofi et Pasteur, pionniers pourtant dans le domaine.

On se délecte partout de la faible réactivité de nos circuits administratifs, mais celle de l'industrie est  à tous égards identique.

Comment expliquer autrement que l'Allemagne dégage un excédent commercial de presque 300 milliards de dollars, alors que la France est structurellement débitrice, et présentait un déficit de 58 milliards en 2019 ? 

 

 

L'esprit d'entreprise, l'acceptation du risque, la confiance, ne sont pas le point fort de la France, et la faillite d'une part très importante de notre grande industrie et ses piètres résultats à l'exportation le montrent à l'envi.

Il n'y a pas d'un côté une administration lourde et peu efficace, et de l'autre un secteur entrepreneurial privé audacieux et souple. Les deux souffrent de ces mêmes travers français, qui peuvent être tantôt une force, tantôt une faiblesse. On aura ainsi mieux protégé le pays que tout autre au monde des conséquences de la covid, mais on aura été bien moins bon pour la mise au point des vaccins et la mise en oeuvre de la vaccination.

 

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