La nouvelle vision stratégique des EU

GeopoloticsDepuis Obama, les EU jouent en solo en ignorant totalement les intérêts de leurs alliés traditionnels. Leur regard sur le monde et ses dangers a changé, la Russie n'est plus le danger mais la Chine. Dans cette nouvelle vision, l'Europe n'a plus de rôle à jouer.

Un coup bas comme les autres

 

La France est fière en 2016 de signer avec l'Australie le contrat du siècle. Des sous-marins, ce sont des milliards à recevoir, et des milliers d'heures de travail pour les construire.
Las! Voilà qu'en douce, américains et australiens, auxquels les anglais ont eu la malice de se joindre, signent en catimini un contrat destiné à remplacer le français, et qui concerne des sous-marins nucléaires, plus performants que les traditionnels.

C'est un coup bas pour notre industrie navale, mais pas une trahison. Les pratiques commerciales sont ainsi, l'Australie paiera des indemnités, qu'elle négociera âprement. Ce n'est pas loyal, mais la loyauté n'est pas la pratique dominante du monde des affaires, surtout sans doute dans le domaine de l'armement.

 

Une confiance trahie

 

Plus marquant encore, trois pays qui sont nos alliés, membres de l'OTAN, ont négocié en douce sur le dos de la France et de l'Europe. Cela pose évidemment la question de la confiance que l'on peut avoir dans ces trois-là, dont les EU, première puissance mondiale et allié en chef si l'on peut dire. Le président Macron parlait de la mort cérébrale de l'OTAN, elle est confirmée par les actions des trois.

Depuis Obama, l'Europe est le dernier des soucis des EU. Trump a poursuivi cette politique, seuls les mots ont changé, et Biden s'inscrit dans cette ligne, avec des mots plus aimables mais tout aussi méprisants. 

 

Une nouvelle vision du monde

 

Mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans le changement de vision stratégique des EU depuis Obama, et totalement confirmée par ses deux successeurs.

Les EU aiment voir le monde divisé en blocs qui s'opposent. Il a eu le bloc communiste, la guerre froide, la chasse aux sorcières à l'intérieur, les guères de Corée et du Vietnam, l'embargo cubain, le soutien aux républiques bananières sud-américaines, et l'URSS montré comme le grand méchant loup d'où doit venir le danger. Et la Chine dont ils ne reconnaissent pas le régime pendant des dizaines d'années.

Pour parer le risque soviétique, on crée l'OTAN et organise une présence militaire en Europe et au Proche-Orient. Les EU s'érigent en défenseur de l'Europe, qui par facilité et manque de moyens, laisse faire.

 

L'ennemi, c'est la Chine

 

Avec la fin du communisme et l'éclatement de l'URSS, le danger est ailleurs.

Aujourd'hui, les EU ciblent leur menace : la Chine. Pourquoi ? Parce que la Chine est la puissance montante de la planète, elle est la nation la plus peuplée, elle est l'usine du monde, elle a le deuxième PNB mondial, et bientôt le premier, elle développe innovations et technologie qui demain lui permettront d'être l'égal des nations les plus avancées.

La Chine est devenue l'obsession des EU au lieu et place de l'URSS. Tant pis si on imagine mal la Chine s'attaquer aux EU, mais ce dernier a besoin de cette vision d'un monde divisé en blocs qui s'opposent et représentent un danger l'un pour l'autre.

Dans cette vision, l'Europe est absente, parce que loin de la Chine, qui ne pourrait ni la menacer ni être un risque. Désormais Biden, comme Trump et Obama, ont les yeux fixés sur le Pacifique, et les futurs alliés sont l'Australie, le Japon, et tous les pays voisins qui choisiront cette nouvelle alliance pour se protéger de l'ogre chinois.

 

L'Europe à la croisée des chemins

 

L'Europe est désormais seule, et la France plus encore, qui est quasiment le seul pays à vouloir une défense européenne. Les américains n'interviendront plus au Proche-Orient, qui n'est plus leur zone de prédilection, et le monde ne s'en portera pas plus mal d'ailleurs.

L'Europe est à la croisée des chemins. Ou la France est suivie par ses partenaires pour prendre son destin en main, et construire les bases d'une défense européenne. Ou elle reste incapable de s'entendre. Et comme la France seule n'a pas les moyens de jouer ce rôle, l'Europe ne sera plus que spectateur d'une nouvelle guerre froide imposée aux chinois par les américains, espérant ainsi retarder le jour où la puissance chinoise dépassera celle des EU.

Le sujet n'est pas encore évoqué par les candidats à l'élection présidentielle, qui préfèrent dépenser les sous qu'ils n'ont pas pour plaire aux uns et aux autres. Il est pourtant essentiel, car c'est le rôle de l'Europe dans le monde de demain qui se joue là. 

 

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