Les déséquilibrés du capitalisme

D'un côté les classes moyennes et populaires qui s'appauvrissent, la planète en grande difficulté avec son réchauffement inexorable et la disparition annoncée du monde animal, de l'autre des capitalistes de plus en plus riches, dans une immoralité consternante. Jusqu'à quand ?

La cupidité et l'arrogance au pouvoir

L'opération de rachat de Tiffany par LVMH est l'exemple type, jusqu'à la caricature, de l'absurdité et de l'injustice insupportable du capitalisme.

Fort de sa place de leader dans le monde, LVMH a décidé de devenir encore plus gros en rachetant le bijoutier américain Tiffany. L'action sur le marché valait 80§, LVMH fait une offre à 120§, et le prix négocié avec le conseil d'administration de Tiffany est fixé à 135§.

Ainsi en quelques coups de cuillers à peau, les actionnaires de Tiffany ont empoché quelques centaines de millions de dollars de plus-value, commes les banquiers-conseils JP Morgan et City. 
Comme LVMH n'a pas en trésorie les 14 milliards nécessaires pour boucler le rachat, il emprunte sur le marché des obligations à un taux pas bien éloigné de zéro. Voilà qui fait l'extase de ces messieurs des affaires, des plus-values à bon compte, et un financement de 9,3 milliards d'euros, qui rapportera sur onze ans un taux annuel de 0,45%, inférieur donc au taux du livret A. 

La classe moyenne flouée

Ainsi les particuliers qui voudront-ils soutenir notre belle industrie comme le souhaitent les dirigeants qui nous gouvernent, se verront-ils rémunérés par des clopinettes, qui ne permettront même pas de compenser l'inflation!

Ainsi les salariés de Tiffany qui vont entrer dans le giron de LVMH verront-ils leurs conditions de travail se dégrader, les pressions productivistes s'accroître encore et encore, les effectifs sans doute "dégraisser" pour le bonheur toujours plus grand de Bernard Arnault et de ses comparses capitalistes. 

A-t-il en vue de devenir bientôt l'homme le plus riche du monde ? Objectif sans aucun intérêt s'il en est, mais sans doute primordial pour ces messieurs d'un autre monde, obsédés par la richesse et la soumission qu'elle engendre dans leur entourage, professionnel comme familial.

Les qualités les plus connes du monde, cupidité et puissance, mènent le monde via ces chefs d'entreprises qui ne créent rien par eux-mêmes mais s'enrichissent comme des marchands de biens.

Une opération nuisible

Car si quelques franchouillards vont s'enorgueillir du leadership croissant de LVMH, sur le fond cette opération n'a d'autre intérêt qu'enrichir des actionnaires déjà riches, qu'ils soient acheteurs ou vendeurs de Tiffany.

Tiffany va bien avant LVMH, il ira sans doute bien après, l'effet LVMH sera quasi nul.

Ce capitalisme-là cher à Bernard Arnault et à d'autres est inutile et nuisible. Cette acquisition ne crée d'autre valeur que rendre encore plus riche une poignée de riches, et le "ruissellement" à en attendre est nul.

Alors que le travail est de moins en moins payant pour une part croissante des gens, le capital permet aux plus favorisés et aux moins scrupuleux d'amasser des fortunes.

Un silence assourdissant

Pourtant personne ne se révolte, les gilets jaunes et autres Mélanchon, syndicalistes et contestataires de tout poil, font comme s'ils n'avaient rien vu. Peut-être est-ce le cas d'ailleurs, centrés sur leur petit monde franco-français et démagogique.

Alors que le pouvoir politique en général, et Macron en particulier, sont cloués au pilori, même et surtout pour des choses qui ne sont pas de leur ressort, personne ne met jamais en cause ni le capitalisme qui broye les gens et la planète, ni ses plus hauts représentants qui le défigurent en l'utilisant aux seules fins de leur pouvoir et richesse personnels.

On a l'impression aujourd'hui de deux mondes qui s'ignorent totalement. Le premier, qui en est la plus grande partie, est sensible à l'environnement, à un meilleur partage des richesses, à l'amélioration du bien-être d'un plus grand nombre, mais est centré sur lui même et ne sait que faire appel au pouvoir politique pour résoudre ses problèmes.

Le second, constitué par les ténors du capitalisme, qui sont enfermés dans leur bulle financière, et s'obstinent à acheter et vendre en rond pour gagner toujours plus d'argent et être toujours plus puissants.

Le premier regarde sans voir, ne voulant pas comprendre que son malheur vient, non des politiques, mais du deuxième monde, totalement indifférent à la santé de la planète et du monde du travail, qui pourtant est à l'origine de leur richesse.

Sommes-nous condamnés à vivre encore longtemps dans un monde dirigé par les plus déséquilibrés d'entre nous ?

 

 

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