Choc pétrolier et trumpisme

On en parle peu ce matin, l'entente surprise au sein de l'OPEP entre la Russie et l'Arabie Saoudite a explosé. Le cours du pétrole est en chute libre, et les bourses mondiales accentuent leur dégringolade. Comme le coronavirus, ce nouveau choc pétrolier n'était prévu par personne, montant bien la fragilité des prévisions et le relatif pouvoir des dirigeants du monde.

Une entente atypique

Depuis plusieurs mois, une entente atypique entre la Russie et l'Arabie saoudite a stabilisé les cours du pétrole à un niveau élevé, favorable tant aux membres de l'OPEP qu'aux EU, qui n'en sont pas membres, mais qui par l'exploitation des gaz de schistes sont redevenus le premier fournisseur mondial. 

Le forage du poétrole de gaz de schiste a un coût de production élevé, aussi la complaisance de l'Arabie saoudite a t-elle permis aux compagnies pétrolières de poursuivre l'exploitation dans des conditions suffisantes de rentabilité. Cela a permis aussi à l'économie américaine les performances économiques qui font l'orgueil de Donald Trump, et sur lesquelles il compte s'appuyer pour sa réélection. 

C'était sans compter avec la Russie de Poutine, qui a choisi de faire exploser l'entente de l'OPEP, en lançant dans une guerre des prix brutale. L'Arabie saoudite suit, et c'est à une baisse de 25% du prix du brut à laquelle on a assisté en quelques minutes, entraînant la débandade des bourses asiatiques, et sans doute dans la foulée des bourses européennes et américaines.

L'objectif de Poutine est clair : mettre à bas les compagnies pétrolières américaines spécialisées dans le gaz de schiste, et peut-être au-delà, priver Trump d'une réélection. 

Depuis le chute du mur, les américains se croient les maîtres du monde. Même s'ils s'en désengagent en laissant place libre à la Russie et à la Chine, ils imposent leurs sanctions à tort et à travers, jugeant que la justice américaine a le monde entier comme pré carré. La Russie n'y échappe pas, la dernière en date concernant le pipe-line Nord Stream 2.

La réponse de Poutine est claire, elle peut entraîner la faillite des compagnies américaines, une récession aux EU, une panique financière mondiale. 

 

Une année aussi noire que 2008

Cela doit relativiser le pouvoir qu'on accorde à tel ou tel dirigeant. La vision et le volontarisme sont des conditions nécessaires au succès, mais ils sont loin d'être suffisants. Dans une économie mondialisée, et qui le restera encore longtemps, les grains de sable peuvent arriver n'importe quand et de n'importe où. 

Qui aurait pu prévoir que l'année 2020 serait marquée par la psychose du coronavirus et un nouveau choc pétrolier ? Alors que tous les experts s'attendaient à la poursuite de la croissance, un peu plus vive même en France qu'en 2019, avec continuation de la baisse du chômage, c'est à une croissance plus proche de zéro que de 1 à laquelle il faut s'attendre en 2020, avec faillites d'entreprises, montée du chômage, baisse des résultats et des cours de bourse.

2020 risque d'être une année aussi noire que 2008.

Un peu plus d'humilité

Les crises ne se prévoient pas. Beaucoup ont repéré des bulles spéculatives se former, immobiliéres ou technologiques. Personne n'en a prévu l'explosion, et encore moins la gravité. Personne n'a vu venir celle d'aujourd'hui, la seule remarque pertinante étant que l'économie connaît une crise grave tous les dix ans, on est donc dans le timing.

Toutes les prévisions vont être chamboulées, les objectifs dépassés pour certains, d'autres pas même approchés. Les dirrigeants de tous bords n'y peuvent rien, ils ne pourront que tenter de réparer les morceaux, limiter la casse, adoucir les plaies.

Populations et dirigeants doivent savoir faire preuve d'humilité.
Les premières doivent cesser de demander tout et son contraire à leurs dirigeants, cesser d'interpeler les hommes politiques à la première insatisfaction, comme si tout était dans la main d'un gouvernement ou d'un président.
Les deuxièmes doivent cesser de tout promettre, d'accepter toutes les demandes, tous les défis, de faire croire qu'ils ont le pouvoir, tout le pouvoir, pour répondre aux demandes des uns et des autres.
C'est vrai dans les démocraties, où pour conquerir les voix des électeurs, on leur fait croire qu'on a tous les pouvoirs. C'est vrai aussi dans les régimes autoritaires, où les populations ne peuvent plus être tenues dans l'isolement comme dans les siècles passés, parce que l'augmentation du niveau culturel des peuples, les voyages, les réseaux sociaux, augmentent le savoir et libèrent la parole.

 

Crise du coronavirus et choc pétrolier montrent aussi que la planète tout entière est notre territoire. Le coronavirus est sans doute né en Chine, il se balade partout parce que de partout on va en Chine, pour le travail ou pour le loisir. Son éradication sera mondiale, par une coordination des politiques.
Le choc pétrolier est la responsabilité première de Trump, même si les EU ne sont pas membres de l'OPEP. En refusant tout multilatéralisme, en se désengageant de partout en même temps qu'il accentue les sanctions à l'égard des pays qu'il n'aime pas, il crée un climant de guerre larvée, nouvelle guerre froide, où tout peut arriver. Même le pire.

Avec Trump, le monde a régressé de quelques décennies. Alors qu' on rêve que les dirrigeants du monde entier se donnent la main pour le bien de leurs peuples et pour sauver la planète, Trump crée un climat de défiance, d'hostilité, de vindicte, de volonté de revanche, de haine.

La crise du jour est un premier exemple de l'échec du trumpisme, et du péril dans lequel il risque d'emmener le monde.

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