La machine à déceptions est en route

Le 26/04/2017

Dans Humeurs

On ne pourra pas enlever à Macron l'énormité de son parcours. Inconnu il y a trois ans, il crée un mouvement politique il y a un an seulement, et se retrouve en tête du 1er tour des présidentielles et favori pour le podium. Son autre mérite, mettre en face à face deux projets de société, l'un ouvert sur le monde, l'autre fermé, l'un acceptant comme mal nécesaire les lois impitoyables de la mondialisation, l'autre rêvant de recréer la France d'autrefois où il faisait bon vivre dans nos villages. 

Vive le bon vieux temps

Le programme de Marine Le Pen est clair. C'est le retour à la France des années 50-60, une France qui se veut protégée derrière des frontières présumées protectrices, limitant et contrôlant les transferts des biens et services, des personnes et de l'argent. Une France protégée aussi par sa monnaie, qu'on pourra de nouveau dévaluer tous les trois ans pour redonner de la compétitivité à des entreprises qui la perdent régulièrement faute d'innovation, de dynamisme, de sens du client. Une France où il fait bon vivre dans les villages, qui retrouveraient leur école, leur Poste, et leurs petits commerces. Une France où on ferait ses courses dans les centre-villes, parce que c'est plus agréable de s'y promener que dans les centres commerciaux, et que le petit commerçant est naturellement plus sympathique que la grande surface. Une France enfin blanchie par l'arrêt des immigrés, qui viennent manger le pain des français, comme l'a si bien dit Fernand Raynaud.
C'est oublier que cette France-là est morte. On peut le regretter, surtout quand on commence à prendre de l'âge, mais cette société disparaît dans tous les coins du monde. A chaque époque, il se trouve des anciens pour regretter le bon vieux temps. La différence cette fois, c'est que cela constitue un programme présidentiel !

 

En marche! Vraiment?

Macron, lui, ne change rien. Si Marine regarde la France qui perd, lui voit la France qui gagne. Ou qui essaye de gagner. La France est plus forte dans l'Europe que seule, la mondialisation est là, elle ne disparaîtra pas par un décret présidentiel, et soit on reste dans la bataille, en essayant de gagner, et on survit, soit on fuit le combat en s'abritant deriière toutes les barrières protectrices possibles et en quittant l'Europe, et on meurt.
Il a sans doute raison. Il reste que son programme est terne, à se demander même s'il en existe un. Il n'apporte pas de réponse non plus aux accidentés de la mondialisation, qui ont vu disparaître les entreprises qui les employaient, et qui échouent à retrouver un emploi. Il ne répond pas non plus à la masse des salariés qui voient leur pouvoir d'achat baisser ou stagner, au profit des capitalistes et élites dirrigeantes, qui se sucrent au travers de dividendes, actions gratuites et autres stocks-options. Il ne répond pas à l'inégalité fiscale croissante, qui voit les riches, particuliers et entreprises, échapper à l'impôt par les moyens, légaux on non, que leur préconisent conseillers patrimoniaux, banques et avocats d'affaires. Il ne répond pas à la dérive radicale du capitalisme, boosté par la mort du communisme et la mondialisation, qui génère une injustice sociale croissante susceptible de faire tout exploser un jour.

 

La particularité française

Tous les cinq ans dans notre beau pays, des candidats au poste de président s'introduisent dans nos vies, forts de leur ego surdimensionné, et de leur conviction chevillée au corps qu'ils vont changer nos vies. Ils le clament sur les marchés, dans les entreprises, aux chômeurs, dans les maisons de retraite, et dans nos salons et salles-à-manger par la voie de la télévision. Ils veulent nous faire croire à l'yper-président, qui va empêcher toutes les guerres, donner un emploi à tout le monde, empêcher les fermetures d'entreprises et délocalisations, redonner de la joie aux agriculteurs, faire que l'école soit une même chance pour tous, rendre aimable capitalisme et mondialisation.

Comme si leurs prédécesseurs avaient été assez idiots pour ne pas voir les besoins des gens, et assez incapables pour ne pas avoir su trouver les solutions.

C'est la singularité des régimes présidentiels ou assimilés que de faire croire à l'homme providentiel, omniscient et omnipotent. 

 

Une machine à déceptions

Chirac déjà avait crié à la fracture sociale, à laquelle il se faisait fort de remédier. Sarkozy et Hollande, promis juré, allaient s'attaquer au chômage, et aussi à Mme Merkel pour humaniser l'Europe. On allait voir ce qu'on allait voir! On a tellement vu, qu'aujourd'hui un français sur deux est prêt à ce que la France quitte l'Europe !

A vouloir tout promettre, voulant oublier pour Marine que la France ne peut pas vivre en autarcie, et pour Macron que l'injustice ressentie par un nombre croissant de personnes a ses limites, on crée la déception. L'état de grace de Sarkozy a duré quelques mois, celui de Hollande n'a pas existé. Il n'existera pas plus avec Marine Le Pen, la chienlit sera là dès le premier jour avec des fuites de capitaux, la hausse des taux d'intérêts, une méfiance généralisée qui se propagera au monde à l'égard de tout ce qui est français. Face à ça, une équipe gouvernementale faite d'amateurs, sans expérience aucune de la chose publique. Il n'existera pas non plus avec Macron, qui ne s'attaquera pas aux problèmes des pauvres et de la classe moyenne, et qui très vite s'écroulera dans les sondages. Les délocalisations se poursuivront, les entreprises françaises continueront à perdre leur compétitivité, les gros yeux faits à Bruxelles ne changeront pas grand-chose, car on ne peut indéfiniment fermer les yeux sur les déficits.

On ne peut sortir ni de l'Europe ni de la mondialisation. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas en changer drastiquement les règles, et en limiter sévèrement les excès. Mais la France, partie au monde, ne peut pas le faire seule. La société capitaliste mondialisée est destructrice pour l'homme et la planète. Pas sûr que Macron en ait pleinement conscience.

La machine à déceptions est en route