Et maintenant ?

Macron a écrasé Le Pen. Ou presque, si on considère les abstentions et les blancs et nuls. C'est une très bonne nouvelle. Mais il ne faut pas que cela se limite à ça, sinon on n'aura que reculé pour mieux sauter. La France a choisi le refus de l'extrême droite, on en est heureux et fier. Mais l'avenir promis par Macron va bien au-delà de ça, il faut, pour la France, souhaiter la réussite de ce jeune président.

Deux visions opposées du monde

On a tout dit sur le parcours d'Emmanuel, cet enfant surdoué, déterminé au point de bafouer les codes de son milieu social, philosophe et énarque, successivement haut-fonctionnaire, banquier dans le gratin des fusions-acquisitions, conseiller du président de la république puis ministre. Inconnu il y a trois ans, il démissionne de son ministère il y a un an, en délicatesse avec le Premier Ministre qui ne tolère pas une ambition concurrente à la sienne, et contre toute attente, crée un nouveau mouvement qui attire à lui des milliers de partisans, et l'amène à la présidence.
Le premier, il a compris que le vieux clivage gauche droite est périmé, personne n'aspire plus au socialisme et l'appropriation collective des moyens de production qu'il préconise. Le seul clivage est le rapport de la France au monde, à la mondialisation, à l'Europe. Le verre à moitié vide de ceux qui lui attribuent tous les maux, à savoir le chômage, l'immigration incontrôlée, la désertification des camapagnes, la destruction de l'environnement. Ou le verre à moitié plein de ceux qui pensent qu'on n'a pas le choix, que le progrès apporte du bonheur, et que le remède de la protection derrière des frontières est pire que le mal.

En ce sens, le débat Macron Le Pen incarne ce nouveau partage de la vie politique, et figure leurs visions opposées de l'avenir.

Tous n'ont pas compris ou ne veulent pas comprendre

Les partis traditionnels de la gauche et de la droite ont été balayés, exclus du premier tour, et sont en cours d'implosion. Voulant avant toute chose continuer à exister, ils s'acharnent à trouver une raison de vivre. Le plus pathétique était Baroin, qui n'a pas hésité le soir de l'élection à appeler les électeurs des législatives à porter une majorité qui empêchera le nouveau président élu par ces mêmes électeurs de mettre en oeuvre son programme! Pour certains, l'objectif est de rendre le pays ingouvernable, ce qui est révélateur de l'état d'esprit de bon nombre d'hommes politiques. Leur intérêt particulier prévaut sur l'intérêt général, justifiant la volonté d'Emmanuel Macron de renvoyer au vestiaire toutes ces vieilles badernes qui hantent depuis 30 ans et plus les palais dorés de la République. Depuis des années, les français sont de plus en plus nombreux à rejeter ces politiciens professionnels discrédités, qui sont si aveugles qu'ils sont incapables de voir ce rejet même en plein coeur de l'évènement.

Un président empêché ?

La France a une classe politique médiocre, partisane  et à la recherche exclusive de sa survie. Il en est de même trop souvent des instances dirigeantes des syndicats, des grandes entreprises, associations, qui créent un corporatisme hostile à toutes les réformes.
Macron n'est pas encore en exercice que des manifestations sont déjà organisées pour montrer l'opposition à laquelle il aura à faire face ! La France est ainsi non seulement coupée en deux par le clivage ci-dessus décrit, mais par l'opposition de tout un chacun dès qu'on amorce de toucher à son petit privilège.

Les défis de Macron sont immenses, comme il l'a dit dans ses discours. Même s'il obtient une majorité parlementaire, ce qui n'est pas garanti, les oppositions auxquelles il aura à faire face seront multiples, et viendront de tous bords. Un vote démocratique ne s'impose pas aux français, on le voit dans le cas de l'aéroport de Nantes, et les minorités agissantes l'emportent toujours ou presque quand il s'agit de s'opposer à des mesures qu'elles désapprouvent.

Macron a dit de Hollande qu'il a été un président "empêché". C'est vrai. Mais y a t-il place en France pour un président qui ne le serait pas, sauf à s'affranchir des règles de la démocratie comme pourrait être tenté de le faire une extrême droite au pouvoir? 

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