Le monde dont rêve le Médef

C'est l'Université d'été du Médef. Une occasion de beaux gueuletons et aussi à Gattaz de rappeler sa vision du monde.

 

Un monde où l'entreprise serait sans contrainte, tel est le rêve du patron et grand chef du Médef de père en fils. Quand on dit entreprise, il faut comprendre patron, bien sûr.
Car le refrain du Médef ne change pas. Si la croissance n'est pas là et si les patrons n'embauchent pas, c'est parce qu'il y a trop de fonctionnaires, trop d'investissement public, trop de charges sociales et d'impôts, trop de réglementations de tous ordres.
Mettons un tiers des fonctionnaires à la porte, allégeons d'un tiers les charges sociales, et avec lui les remboursements de sécu, retraites ..., arrêtons de construire routes, hopitaux, bibliothèques, écoles, universités, permettons aux patrons de licencier à tout va, de généraliser les contrats précaires, de baisser le SMIC, libérons-les des contraintes des réglementations sociales, environnementales, hygiéniques, et tout deviendra pour le mieux dans le meilleur des mondes possible !
Pour les patrons, c'est sûr. Mais pour les entreprises ? Mais pour les citoyens ?
Toutes les mesures préconisées par le patron héritier vont dans le même sens : appauvrir les citoyens et l'Etat pour enrichir l'entreprise. Ce qu'il ne veut pas comprendre, c'est que des citoyens pauvres ne consomment pas, ne dépensent pas, et n'alimentent pas la demande qui seule permet aux entreprises de croître. L'appauvrissement relatif de 90% des salariés français ces dernières années n'est pas pour rien dans la stagnation actuelle.
Les millions que s'accordent l'héritier Gattaz et les élites dirigeantes servent à gonfler les fonds d'investissement dans les îles vierges, à acquérir des riches villas au Maroc ou St Martin, à rouler dans des 4/4 géants made in Germay ou ailleurs, à faire travailler l'imagination des gestionnaires de la banque privée en quête d'optimisation fiscale, à doper le dumping fiscal des Etats. Bien peu d'effet sur la croissance et l'emploi.

Gattaz adore mettre en exemple l'Angleterre et l'Allemagne. Mais sans se pencher sur les côtés inhumains de l'évolution de ces pays. La précarité s'y étend, les jeunes ne peuvent plus faire de projet de vie, les salaires ne permettent plus de vivre. Il lorgne sur la Chine. Pourtant on y tue des DRH à force d'égoïsme et de mépris des salariés, des usines explosent tous les mois par absence ou non repect des réglementations. 
Et si Gattaz se remettait un peu en question? En Allemagne, qu'il admire tant, les entreprises se sont tournées depuis des siècle vers l'exportation, pendant que les patrons français restaient centrés sur leur pré-carré. Quand la balance commerciale allemande est positive de 100 milliards d'euro, celle de la France perd la même somme (et de combien serait le déficit sans les ventes d'armes). Les produits allemands sont fiables, innovants, bien vendus. Ils sont chers, mais leur qualité le justifie. Quand une grande entreprise va à l'export, elle emmène avec elle ses sous-traitants, qu'elle perçoit comme des alliés et non des inférieurs taillables et corvéables à merci. L'écart de charges n'y est pour rien, si tant est qu'il soit défavorable à la France.
Non Monsieur Gattaz, tout n'est pas la faute de l'Etat. Les entreprises ont leur destin en main, si les entreprises françaises piétinent c'est dû surtout à la frilosité de nombre d'entre elles, leur manque d'ambition, la peur de l'étranger, le non respect des clients. Et remplacer des smicards par des précaires à 700€ par mois ne fera qu'agraver le problème.
Le riche Gattaz rêve d'un monde où tous seraient pauvres pour qu'il puisse être de plus en plus riche. Sauf qu'il aura coupé la branche sur laquelle la bonne fortune l'a assis!

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